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Le monde est témoin d’une des plus anciennes et des plus cruelles tactiques de guerre. Elle est utilisée sous nos yeux, au Liban.
Cette tactique a été utilisée au cours de toute l’histoire. Durant la guerre du Péloponnèse, Sparte envoya son armée jusqu’aux remparts d’Athènes et l’utilisa pour détruire complètement l’agriculture, les constructions, les ponts et les puits. Ensuite, on arracha ou abattit tous les arbres, laissant derrière soi un désert.
C’est ce que firent également les tribus germaniques avant de passer le Rhin pour pénétrer en territoire romain. Pendant la guerre civile américaine, le général Sherman laissa derrière lui un pays complètement dévasté en avançant vers Atlanta et la mer. L’armée allemande procéda de même lors de la retraite de Stalingrad: les Russes avançaient dans un désert.
Ici, les destructions proviennent des bombardements. L’attaque israélienne des infrastructures libanaises a détruit ponts, routes, centrales et réseaux électriques, aéroports, silos, maisons et immeubles d’habitation, mosquées, centres sociaux, plusieurs hôpitaux importants, stations-service, ports et la plupart des équipements vitaux de ce petit pays.
On observe un exode des habitants du sud qui essaient de trouver refuge au nord. Mais ils se heurtent chaque fois à des rivières et les ponts étant détruits, ils abandonnent leur voiture et traversent à pied. Les nations occidentales tentent d’évacuer leurs ressortissants et une armada quitte les ports du Liban. Et les attaques aériennes se poursuivent.
Les infrastructures de l’Irak sont déjà complètement détruites. Il va bientôt en être de même de celles du Liban. Il faudra une décennie, ou même plus pour réparer, même partiellement, les dégâts. Mais la Syrie est le dernier pays indemne aux frontières d’Israël. Et officiellement, la Syrie et l’Iran sont des alliés.
Israël s’attend à ce que les Etats-Unis soient forcés de capituler en Irak et qu’ils retirent leurs troupes au plus tard cette année ou l’année prochaine. Si cela se produit, Israël sera placé devant un problème stratégique insoluble. Il est en train de combattre sur deux fronts, celui de la bande de Gaza et celui du Liban. Pour lui, la seule «solution» stratégique est la destruction de la Syrie et la création d’une troisième terre brûlée.
Depuis sa fondation en 1948, Israël a un problème stratégique fondamental: il ne peut pas se permettre de perdre une bataille sur ses propres frontières parce que son territoire n’est pas suffisamment important pour lui permettre une retraite et un regroupement de forces. C’est ce qui explique qu’il ait toujours été obligé d’attaquer le premier, de manière préventive ou autre, lorsqu’il s’est vu menacé par les Etats musulmans qui l’environnaient. Après avoir attaqué, il devait avancer et rapidement, afin d’avoir une marge de manœuvre décisionnelle. Et il ne peut pas se permettre une guerre longue et lente.
Quand apparurent les premiers canons, ils rendirent obsolètes toutes les forteresses édifiées jusque-là. Dans toute l’Europe, des châteaux forts réputés tombèrent en quelques heures ou un ou deux jours alors qu’ils avaient résisté auparavant à des sièges de plusieurs mois, voire de plusieurs années. Mais de nouvelles formes de fortifications apparurent qui, à nouveau, firent des sièges des affaires de longue durée. Le point commun de ces fortifications était qu’en plus des murs et des fossés, elles comportaient, devant, une zone qu’elles pouvaient balayer avec leurs propres canons depuis une position élevée. Cette zone avait souvent été préparée des années à l’avance de sorte que lorsque les canons faisaient feu, la trajectoire naturelle des boulets suivait un terrain incliné si bien qu’ils volaient bas et pouvaient atteindre leur cible avec précision.
Israël constitue une version moderne de ce genre de forteresse. Mais maintenant, on assiste à une nouvelle stratégie consistant à détruire un vaste espace logistique et d’infrastructures au-delà des frontières: aujourd’hui l’Irak et le Liban. Maintenant le seul de ces espaces qui soit indemne est la Syrie. Si elle est dévastée, Israël aura, pour la première fois de son histoire, un «désert» autour de lui.
La Syrie une fois détruite, le «désert» s’étendra de la Méditerranée au golfe persique et aux frontières de l’Arabie saoudite. Cela étant réalisé, Israël pourra balayer cette vaste zone avec ses Forces de l’air comme les canons des fortifications autrefois. Les Etats-Unis ont fait à peu près la même chose avec leurs «zones de non-vol» au-dessus du pays pendant les deux guerres d’Irak. L’Irak de Saddam Hussein ne pouvait pas bouger d’un pouce, en termes militaires, sans que les Etats-Unis ne puissent voir ce qu’il faisait. Les forces aériennes américaines réagissaient immédiatement.
Si la Syrie est militairement détruite l’année prochaine ou plus tard, Israël sera, d’un point de vue géostratégique, «en sécurité» pour la première fois de son histoire. L’Iran qui est, selon ses propres termes, l’ennemi juré d’Israël, devra affronter une marche d’approche de plusieurs milliers de kilomètres à travers un Irak dévasté. Israël le verra venir – et agira.
Si cet objectif stratégique impliquant la destruction de la Syrie peut être réalisé cette année ou l’année prochaine, les Forces armées américaines pourront se retirer en déclarant «Mission accomplie».
Mais cette stratégie suppose que l’on empêche l’Irak, le Liban et la Syrie de jamais se relever de leurs ruines, ce qui nécessiterait qu’Israël procède à des frappes aériennes périodiques dans le «désert», ce qui entraînerait un désastre économique pour des millions de musulmans.
Ainsi, le seul moyen de défier Israël militairement consiste pour l’Iran à attaquer l’Etat hébreu avec des missiles nucléaires et c’est pourquoi Israël est – et a toujours été – l’adversaire le plus acharné au monde du programme nucléaire iranien.
Tandis que les graves affrontements intercommunautaires en Irak frisent la guerre civile et que l’occupation américaine du pays a disparu en grande partie dans un grondement confus et lointain, les événements actuels du Liban ont explosé dans les gros titres des médias mondiaux.
La «diversion» libanaise est la raison pour laquelle personne n’a prêté attention à une étude de la Réserve fédérale américaine de St Louis. Elle montre sans détours que les Etats-Unis vont droit à la faillite.
Selon une étude de Laurence Kotlikoff réalisée pour le compte de la Réserve fédérale de St Louis, le déficit budgétaire qui croît démesurément et la bombe à retardement des retraites et de la sécurité sociale ont conduit la superpuissance économique à l’insolvabilité. Selon certains critères, le pays est déjà en faillite. «L’Amérique est-elle ruinée, anéantie, sans ressources, à bout? Oui, c’est effectivement le cas dans la mesure où elle n’est pas en mesure de rembourser ses créanciers qui sont, en l’occurrence les générations actuelle et futures auxquelles elle a explicitement ou implicitement promis des paiements nets de différentes sortes.»
Dans une situation plus «normale», un tel rapport émanant d’une des banques importantes de la Réserve fédérale aurait fait la une de Barrons et du Wall Street Journal.
La même semaine que l’étude précédente, deux autres professeurs d’économie américains sont arrivés aux mêmes conclusions dans une étude parallèle. Ils ont découvert que le «fossé budgétaire» entre toutes les dépenses futures du gouvernement et les futures recettes va considérablement s’élargir lorsque les gens de la génération du baby boom prendront leur retraite et que la somme que le gouvernement devra dépenser pour la santé et les retraites grimpera en flèche. Selon les professeurs Gokhale et Smetters, ce trou incroyable est actuellement de 65,9 billions de dollars.
Ayant cherché à savoir ce qu’il en coûterait de combler ce trou, Kotlikoff est arrivé aux mêmes conclusions que Gokhale et Smetters. Il écrit: «Ce chiffre représente plus de 5 fois le PIB et presque deux fois la richesse nationale.» Un moyen de comprendre ce que représente ces 65,9 billions consiste à se demander quels changements fiscaux seraient nécessaires pour éliminer ce déficit. Une solution serait de doubler immédiatement et de manière durable les impôts sur le revenu des particuliers et des sociétés. Une autre serait de réduire de deux tiers les prestations de la sécurité sociale et de l’assistance médicale aux personnes âgées.
Une étude de Ned Davis sur la dette du marché du crédit en pourcentage du PIB a paru dans le numéro du 3 juillet de Barrons. L’article est intitulé «Payer». Selon Davis, cette dette dépasse actuellement 40 billions de dollars, soit 315% du PIB de 12,8 billions. Cependant les 40 billions ne concernent que les dettes consolidées au sein des Etats-Unis. Ce sont les dettes du Trésor public américain, des Etats et de tous les autres petits gouvernements locaux qui ont emprunté de l’argent, de même que tous les emprunts commerciaux, les hypothèques, les emprunts personnels, les sommes dues sur les cartes de crédit, etc. Si l’on ajoute cela au trou budgétaire évoqué ci-dessus, on arrive à un total de 105,9 billions de dollars, c’est-à-dire au moins 830% du PIB actuel.
Certes, The Privateer a déjà souvent parlé de la non viabilité de la dette américaine. Il faut vraiment que cela se sache. Mais, quand nous voyons d’autres personnes, en particulier des Américains, faire toutes ces recherches ardues, il faut les en féliciter.
Si l’on examine maintenant la situation de l’économie américaine dans le monde au cours de cette année, on découvre que le déficit commercial s’élève actuellement à 763 milliards de dollars. Cela représente 6,5% de plus que celui de 2005, qui était de 716,7 milliards, record historique.
Les destinataires de ces dollars sont les pays étrangers, comme on peut le constater à l’augmentation de leurs réserves de devises étrangères. Les nations émergeantes en détiennent pour la somme record de 3,07 billions tandis que les pays développés en possèdent 1,33 billions, ce qui fait un total de 4,4 billions.
En mai dernier, l’importation de marchandises avait augmenté de 13,4% par rapport à l’année dernière pour s’établir à 154,3 milliards de dollars. Les exportations, quant à elles, avait augmenté de 12,6% et s’établissaient à 63,8 milliards. Ainsi, en mai 2006, le déficit commercial était le plus élevé depuis janvier. En juin, les prix à l’importation ont augmenté de 7,2% par rapport à l’année dernière. Le déficit commercial avec la Chine a augmenté de 4% d’avril à mai, passant de 17,0 milliards à 17,7 milliards. Pendant la même période, le déficit commercial avec l’Union européenne est passé de 9,4 milliards à 10,8 milliards. Celui avec le Japon a diminué, passant de 7,8 à 7,1 milliards. Le résultat final est que les Etats-Unis exportent leurs dollars en échange de marchandises venant de l’étranger.
Le lundi 10 juin, la Réserve fédérale a annoncé que les emprunteurs américains avaient fait progresser l’encours total des crédits à la consommation de 2,4%, soit 4,4 milliards pour s’établir à 2173 billions. Les cartes de crédit et les autres formes de crédit renouvelable s’ajoutaient à la somme totale. En mai, les consommateurs américains ont augmenté leur dette renouvelable de 6,7 milliards, c’est-à-dire de 10% par rapport au mois précédent! Cela revient à faire comme si demain n’allait pas venir. Autrement dit, des millions d’Américains, désespérés de ne pouvoir payer leurs dépenses courantes, s’en remettent pour cela à leurs cartes de crédit. Et le déficit explose.
Citons le vice-président de la Réserve fédérale Donald Kohn: «La première chose à retenir à propos du déséquilibre global, c’est son ampleur. L’actuel déficit américain de la balance des paiements est énorme, de l’ordre de 800 milliards, soit 6,5% du produit intérieur brut et il est peu probable qu’il diminue de manière importante dans l’immédiat, étant donné la configuration actuelle de l’activité économique et des prix dans le monde.»
Aujourd’hui, le système financier américain est tellement submergé de dettes non consolidées présentes et à venir qu’il n’y a pas de solution si ce n’est une récession économique véritable et prolongée qui fasse le ménage. Donald Kohn ne voit pas de solution à l’énorme déficit de la balance des paiements américaine, ce qui signifie qu’on ne peut espérer un redressement de l’économie. Cela revient à dire que les Etats-Unis vont s’enfoncer encore plus dans les dettes, aussi bien intérieures qu’extérieures, car l’augmentation de la dette intérieure s’étend au reste du monde à travers son déficit commercial et celui de la balance des paiements. Cela signifie également que la somme totale des dettes extérieures de l’Amérique ne cessera d’augmenter de même que la quantité de dollars circulant hors des Etats-Unis. D’un point de vue historique, il vaut la peine de se souvenir que la dernière fois que les Etats-Unis se sont mis dans une situation à peu près semblable remonte à la deuxième moitié des années 1920. Alors, leurs dettes consolidées avaient atteint 260% du PIB. Le résultat final fut, en octobre 1929, le krach boursier, suivi de la clôture, en 1933, de tout le système bancaire américain.
Les chefs du G-8, représentant l’Allemagne, le Canada, les Etats-Unis, la France, la Grande-Bretagne, l’Italie, le Japon et la Russie, se sont réunis à Saint-Pétersbourg. Ils avaient invité à déjeuner avec eux les représentants de l’Inde, de la Chine, du Congo, de l’Afrique du Sud, du Brésil, du Mexique et du Kazakhstan. C’est alors que l’attaque aérienne du Liban par Israël a entièrement éclipsé le sommet.
Un des microphones était ouvert sur leur table, mais ils l’ignoraient, si bien que le monde fut témoin de leur entretien. Bush résolut le problème du Moyen-Orient immédiatement: «Vous voyez, ce qu’il y a d’ironique, c’est qu’ils ont besoin d’amener la Syrie à amener le Hezbollah à arrêter cette merde, et le tour sera joué. J’avais envie de dire à Kofi de téléphoner à Assad pour qu’il fasse quelque chose.» Aucune mention du fait qu’il y a deux ou trois ans, l’armée syrienne occupait tout le Liban. Les chrétiens lui avaient demandé de venir maintenir l’ordre après 15 ans d’une longue et tragique guerre civile. Alors, l’armée syrienne contrôlait fermement le Hezbollah jusqu’à ce que le gouvernement Bush la force à quitter le Liban. Dès lors, le nouveau et fragile gouvernement libanais et sa petite armée de 50 000 homme furent seuls à faire face à l’armée du Hezbollah plus nombreuse et plus forte. Ainsi, selon le président Bush, les Syriens, qui ne sont plus au Liban, sont supposés rester en Syrie pour stopper le Hezbollah! Lors de cet entretien «public» entre Bush et Blair, il ne fut pas question des impitoyables attaques dévastatrices infligées au Liban par Israël. Plus tard, les porte-parole officiels de la Maison Blanche entonnèrent l’antienne du droit d’Israël à se défendre.
Le vendredi 14 juillet, la veille du sommet du G-8, on apprit que le président iranien Mahmoud Ahmadinejad avait, lors d’un entretien téléphonique, dit ceci au président syrien Bashar al-Assad: «Si le régime sioniste entreprend une autre démarche stupide et attaque la Syrie, ce sera considéré comme une attaque contre le monde islamique dans son entier et ce régime recevra une réponse très féroce.»
Israël a fait savoir qu’il «ne cessera pas ses opérations militaires avant qu’une nouvelle situation soit créée qui empêche la Syrie et l’Iran d’utiliser des organisations terroristes comme le Hamas et le Hezbollah pour menacer sa sécurité.» Il n’est pas fait mention du fait, bien connu maintenant, que l’armée de l’air israélienne avait bombardé des boulangeries après avoir détruit la veille des silos à céréales. Cette campagne aérienne est vraiment en train de créer un désert.
Selon le Jerusalem Post, les Forces de défense israéliennes ont mobilisé une division d’infanterie de réserve en prévision d’une éventuelle incursion au Sud-Liban. C’est le début de nouveaux efforts en vue d’éloigner les sites de lancement de roquettes Katyusha de la frontière avec le Liban. Cette division a installé des postes de commande sur la frontière nord tandis que tous ses chars et ses blindés de transport de troupes se déplaçaient vers le nord. Israël mobilise ses réservistes comme il le fait toujours avant une guerre terrestre.
Damas (AFP) – Lors de sa première réaction à l’offensive d’Israël contre le Liban voisin, la Syrie a prévenu qu’elle répondrait directement et par tous les moyens nécessaires à une attaque israélienne de son territoire. •
Source: The Privateer (no 557, juillet 2006) (Traduction Horizons et débats)
La Russie est de retour. Ses devises et ses réserves d’or sont maintenant les quatrièmes du monde. Grâce à l’augmentation des prix du pétrole et du gaz, elles ont atteint un montant record de 250,6 milliards de dollars. Au cours de la dernière semaine de juin, ces réserves ont progressé de 3,4 milliards de dollars. Les nouveaux investissements étrangers affluent en Russie. D’après la Banque centrale, l’entrée de capitaux était au second trimestre de 16,1 milliards. Le chiffre corrigé des sorties de capitaux était de 4,7 milliards pendant le premier semestre et de 5,3 milliards durant la même période de l’année précédente.
«Je crois que l’avenir de notre pays ne pourra être assuré que si nous sentons que nous sommes un membre à part entière de la communauté internationale et de la famille européenne, que nous avons les mêmes droits que les autres», a déclaré Vladimir Poutine lors d’une apparition télévisée de deux heures pendant le sommet. Les Russes avaient le ferme espoir que le sommet signifierait leur adhésion à l’OMC. Après tout, la Chine en fait bien partie. Mais le gouvernement Bush s’y est opposé, laissant les Russes furieux et les Européens abasourdis. Alors Israël a déclenché son attaque du Liban et le sommet était terminé.
Source: The Privateer (No 557) www.the-privateer.com
(Horizons et débats, numéro 38, août 2006)
mise à jour le 18.08.06