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La dernière guerre «légitime» (parce que déclarée par le Congrès, bien qu’on ait manœuvré celui-ci) menée par les Américains fut la Seconde Guerre mondiale. Lorsque le pays est entré en guerre à la fin de 1941, la dette publique consolidée était d’environ 42 milliards de dollars. La dette non consolidée était encore relativement minuscule, les grands programmes sociaux institués par le gouvernement Roosevelt n’existant alors que depuis dix ans. En 1946, une année après la fin de la Seconde Guerre mondiale, la dette consolidée avait augmenté considérablement, s’établissant à 260 milliards. 25 ans plus tard, en 1971, elle était de 400 milliards. Cette année-là, Nixon rompit le lien ténu qui existait entre l’or et le dollar.
Aujourd’hui (20 juillet), la dette consolidée du Trésor américain est de 8415 milliards. Avant 1971, il avait fallu deux guerres mondiales et un important programme social (programme de la «Grande société» de Johnson au milieu des années 1960) pour faire monter la dette à 400 milliards. Après 1971 et la suspension de la convertibilité en or du dollar, la dette a été multipliée par 21. 95,2% de la dette consolidée du Trésor public se sont accumulés depuis 1971.
Et remarquez ceci: lorsque la Fed fut créée à la fin de 1913, la dette totale du Trésor public (il n’y avait pas de dette non consolidée à cette époque) était de 2,9 milliards. Cela représente moins de 5% de l’actuel déficit mensuel de la balance des paiements. La population des Etats-Unis était alors le tiers de ce qu’elle est aujourd’hui. La dette était de 29 dollars par habitant. La dette consolidée est aujourd’hui de 28 050 dollars par habitant. Elle a presque été multipliée par 1000.
Pendant plus d’un demi-siècle, depuis que l’Europe a fini de se relever des ruines de la Seconde Guerre mondiale, les Etats-Unis ont enregistré un déficit chronique. En 1961 déjà, un thème important du discours d’investiture du Président Kennedy était le déficit commercial dont le pays avait souffert pendant la précédente décennie. Comment une nation, quelle que soit sa puissance, peut-elle aussi longtemps importer plus de marchandises qu’elle n’en exporte?
La réponse est que toutes les nations ne le peuvent pas. Seul un Etat qui contrôle la monnaie clé ou monnaie de réserve peut le faire. Les Etats-Unis sont, évidemment, cette nation, et cela depuis 1944. Une autre monnaie est utile dans la mesure où elle peut être utilisée dans le pays d’émission et/ou pour acheter des marchandises à ce pays. Une monnaie de réserve peut également être utilisée à ces fins, mais elle peut aussi être utilisée par la Banque centrale de n’importe quel pays en tant que réserve sur laquelle elle édifie son propre système financier. C’est là l’avantage inestimable dont jouit le dollar depuis la Seconde Guerre mondiale et qui, plus que tout, a permis au gouvernement américain d’acquérir une telle puissance dans le monde. C’est cet avantage que le gouvernement Bush et l’establishment politique américain défendent à l’aide de mesures de plus en plus désespérées à l’intérieur comme à l’extérieur du pays.
Le pouvoir d’un gouvernement, quel que soit le rang qu’occupe le pays dans le monde, repose en fin de compte sur la viabilité de sa monnaie. L’acquisition du pouvoir politique est un processus très coûteux et son maintien l’est encore plus. Et comme tous ceux qui aspiraient à dominer le monde dans l’histoire l’ont appris, il arrive toujours un moment où la fin dépasse les moyens pour l’atteindre. Comme l’augmentation de la dette et les gaffes commises sur la scène internationale par le gouvernement Bush sont des évidences, le gouvernement américain est arrivé à ce moment ou est très près d’y arriver.
Tout ce que nous voyons actuellement dans le monde, attitudes tyranniques de Bush et de son gouvernement aux Etats-Unis, désastre du Moyen-Orient, soutien des marchés dans le but de sauver le «prix» de l’or au cours des dernières semaines, tout cela vise le même objectif: préserver la statut du dollar en tant que monnaie de réserve mondiale. Si cela échoue, la puissance de Washington et de Wall Street s’écroulera car la «prospérité» de l’Amérique apparaîtra comme une des plus grandes arnaques de l’histoire.
L’existence du gouvernement américain dépend de la viabilité et de l’acceptabilité du dollar. Et il le sait.
Comme on peut le lire sur notre site Internet dans les Gold Pages, «le pouvoir politique naît de l’aptitude à s’immiscer dans les interactions volontaires entre les individus. Dans une société, à n’importe quel stade de son développement avancé, le moyen d’y parvenir a toujours été de prendre le contrôle de ce qu’elle utilisait comme monnaie.»
Comme ce fut le cas dans tous les empires, la source du pouvoir est dans le contrôle de ce que le monde, ou de grandes parties de celui-ci, utilise comme monnaie. Depuis la Seconde Guerre mondiale, c’est la situation dont jouissait le gouvernement des Etats-Unis. Et maintenant que les rideaux de fumée, les miroirs aux alouettes, les embrouilles, les hypocrisies et les mensonges sont balayés, c’est cette position que l’Administration Bush et le Congrès sont fermement déterminés à «sauvegarder, protéger et défendre». Leur problème est celui – ancien – de tous ceux qui sont avides de pouvoir. En gagnant le pouvoir et en s’efforçant de le conserver, ils sapent les instruments qui leur ont permis d’y parvenir. Le système financier et la monnaie de l’Amérique sont vraiment en faillite. Maintenant, la grande lutte consiste à empêcher ceux qui l’ignorent de l’apprendre et ceux qui le savent d’agir en fonction de cette connaissance. Mais cette tentative échouera, comme cela a toujours été le cas. Ce qui est tragique, c’est le coût de cet échec.
Une fois de plus, l’invasion du Liban par Israël a balayé tout débat sur le caractère de plus en plus chancelant du dollar, sur les «déséquilibres mondiaux» que constituent le déficit du commerce extérieur et celui de la balance des paiements des Etats-Unis.
Le sommet du G-8 à Saint-Pétersbourg est devenu un événement mineur. La réintroduction d’un taux d’intérêt officiel par la Banque du Japon après 6 ans de taux zéro a subi un sort analogue, de même que le débat des fonctionnaires de la Réserve fédérale sur l’imminente banqueroute américaine. •
Source: The Privateer (No 557) www.the-privateer.com, (Traduction Horizons et débats)
(Horizons et débats, numéro 38, août 2006)
mise à jour le 18.08.06