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Manifestation pour la paix du 29 juillet à Berne
«Ce qu’il y a de moins normal dans la guerre, dans chaque guerre, c’est qu’on l’accepte comme une chose normale.»
Mesdames, Messieurs,
Vous le savez, la situation au Proche-Orient, surtout au Liban, n’est pas grave, elle est extrêmement grave. Car pendant que nous parlons ici, il y a des innocents qui meurent: ce sont des gens comme vous et moi, des enfants, des hommes et des femmes, des jeunes et des vieux, des gens en bonne santé et des malades. Il y a également des espoirs et des projets de vie qui meurent. Ils meurent tous chaque jour, en ce moment. […]
Des amis à moi sont en contact quotidien avec des hommes et des femmes de la ville de Tyr, au Liban sud. Il s’agit de personnes dont l’éducation, les idées, la profession, les rêves, les valeurs ne se distinguent guère des nôtres. Des gens qui vaquent à leurs occupations pendant la journée et qui, le soir, veulent profiter de leurs loisirs exactement comme nous. Des gens qui aimeraient bien vivre. Ce ne sont pas des diables, ni des terroristes, ni des fanatiques d’aucune sorte. Ce ne sont que des gens normaux.
Il y a deux ans, j’ai fait la connaissance de quelques-uns d’entre eux: le pharmacien vendait ses aspirines, le boucher sa viande, le coiffeur coupait les cheveux, la serveuse servait. […]
Actuellement, certains téléphonent chaque jour à des amis de Berne et disent que leur ville est la proie des bombes, que leurs maisons, leurs rues, leurs ponts, leur magasins, leurs espoirs sont détruits et que beaucoup de leurs concitoyens sont tués, que peut-être bientôt ils seront tués eux-mêmes, aujourd’hui, demain, dans une semaine.
Ils ne peuvent se réfugier nulle part. Ils n’ont pas d’armes. Ils n’ont pas d’abris antiaériens. Il n’y a pas de ponts aériens, pas de navires qui pourraient leur permettre de sortir du pays, pas de routes pour s’enfuir, rien. Ils n’ont rien que la peur de la prochaine bombe. Et après, c’est la peur de la suivante et ainsi de suite. […]
La plus grande peur de ces hommes, outre celle de la bombe, celle du bruit des avions qui approchent, celle de perdre leurs enfants, leurs parents ou d’autres êtres chers, celle de perdre la vie… la plus grande peur de ces gens, c’est que le monde les oublie tout simplement, qu’on les laisse crever, qu’on les efface de la carte, de la mémoire, des journaux, des carnets d’adresses. […]
Les victimes, les morts, les mutilés, ceux qui sont psychiquement et physiquement détruits, déchirés sont des gens comme nous, des gens sans armes, sans défense, des gens normaux, peut-être des livreurs de pizzas, des concierges ou des infirmières.
Et ils meurent de désespoir sous les décombres des maisons qu’ils ont habitées, qu’ils ont aménagées, dont ils payaient le loyer, les charges et la redevance télé.
Que pouvons-nous faire? demandent les amis de Berne à leurs amis du Liban sud.
Parlez, répondent ceux-ci, nous vous en supplions, parlez, n’arrêtez pas de parler, n’arrêtez pas de vous indigner.
Chères opposantes à la guerre, chers amis de la paix,
Il y a une semaine, aux Etats-Unis, dans un discours contre la guerre au Proche-Orient, le militant israélien pour la paix Jonathan Shapira a lancé l’appel suivant:
«Maintenant, c’est notre devoir de crier au monde entier: Si vous vous souciez de mon peuple de même que des peuples palestiniens et libanais, il vous faut exercer des pressions massives sur le gouvernement israélien. Et cela veut dire faire pression sur votre propre gouvernement.»
Shapira, ancien officier de l’armée de l’air, visait surtout le gouvernement Bush. Mais son appel visait aussi les laquais dociles de Bush au sein du gouvernement suisse et du commandement de l’armée.
Mercredi dernier, le Conseil fédéral n’a pas seulement mis un coup d’arrêt à la diplomatie de paix de Micheline Calmy-Rey. Il a également désapprouvé sa critique de la façon dont Israël mène la guerre, critique partagée par 90% de la population.
Il a trahi le rôle de la Suisse en tant que gardienne des Conventions de Genève.
Et il s’est ridiculisé en prétendant qu’il n’y avait pas de guerre au Proche-Orient, que ce n’était qu’un conflit entre Israël et le Hezbollah.
Comment un Conseil fédéral qui ne sait même pas ce qu’est la guerre veut-il servir la paix?
Les conseillers fédéraux de droite poursuivent l’étroite coopération militaire avec Israël comme si rien ne s’était passé ces deux dernières semaines, comme si l’armée israélienne n’avait pas tué plus de 400 hommes et femmes libanais et beaucoup de Palestiniens en même temps.
Nos «Sages» maintiennent la coopération dans le domaine de l’armement bien qu’ils doivent savoir que les drones d’observation qui ont été développés en collaboration avec la Suisse sont utilisés pour des exécutions extrajudiciaires dans la bande de Gaza et pour les bombardements au Liban sud. Bien qu’on soupçonne l’armée israélienne d’utiliser des munitions à fragmentation, également développées en collaboration avec la Suisse, mais bannies par le droit international humanitaire.
Si jamais ce Conseil fédéral osait prononcer à nouveau l’expression de «promotion de la paix», par exemple en se référant à l’engagement de troupes au Liban exigé hier par Bush et Blair, ce serait plus grave que la «nov-langue» de George Orwell, ce serait un blasphème.
Aussi demandons-nous à tous les conseillers et conseillères nationaux qui souhaitent sincèrement la paix au Proche-Orient de faire annuler en septembre la commande d’appareils IFASS partiellement fabriqués par Israël. Il y a un an, beaucoup d’entre eux avaient accepté en croyant à une détente au Proche-Orient. Comme on pouvait le craindre, c’est le contraire qui s’est produit.
Le Groupe pour une Suisse sans armée ainsi que les Verts se solidarisent avec toutes les victimes civiles de cette guerre. Nous condamnons toutes les opérations militaires de chaque partie contre les populations civiles quelles qu’elles soient. Mais en disant cela, nous n’oublions pas que plus de 90% des victimes le sont de l’armée israélienne. Et nous savons en même temps qu’Israël, en tant qu’unique grande puissance de la région est soutenu par la seule superpuissance mondiale. Ce lien entre ces deux puissances est une calamité aussi bien pour le Proche-Orient tout entier que pour tous les citoyens israéliens. Cette double supériorité est un des plus importants obstacles à une juste paix.
Je termine par deux phrases de Jonathan Shapira, déjà cité: «Nous savons que la situation au Proche-Orient est très précaire. Le gouvernement des Etats-Unis n’a pas besoin de beaucoup d’incidents pour nous embarquer dans une guerre régionale.»
C’est également pour cela que cette manifestation contre la guerre est une suite du mouvement contre la guerre du printemps 2003.
Peace now! •
(Traduction Horizons et débats)
L’escalade de la violence provoque des angoisses existentielles chez les habitants du Proche-Orient. Les attaques de l’armée israélienne au Liban et dans la bande de Gaza ont déjà fait des centaines de victimes civiles. Les infrastructures civiles sont massivement endommagées, des centaines de milliers de personnes sont en fuite. Nous approuvons les déclarations du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) qui condamne les attaques de toutes les parties au conflit contre les populations civiles et a indiqué clairement que les attaques militaires israéliennes n’étaient rien d’autre qu’une punition collective de la population civile et qu’elles violaient gravement les Conventions de Genève.
La politique de force imposée de façon unilatérale par les Etats-Unis et Israël augmente la violence au Proche-Orient et affaiblit le droit international au profit du droit du plus fort.
Le conflit du Proche-Orient ne pourra être résolu par des négociations que si les droits de l’homme sont respectés, le droit international appliqué et la violence contre les populations civiles au Liban, dans les territoires palestiniens occupés et en Israël stoppée.
Depuis trop longtemps, Israël refuse de se plier aux résolutions de l’ONU, aux Conventions de Genève et à l’avis de la Cour Internationale de justice concernant le tracé illégal du mur. Pour faire respecter le droit international et mettre fin aux attaques militaires et à l’occupation, il faut exercer sur Israël des pressions politiques, juridiques et économiques concrètes et ciblées.
La collaboration militaire et le commerce d’armes entre Israël et la Suisse compromettent la crédibilité et l’efficacité des efforts de notre pays pour faire dominer le droit international sur le droit du plus fort et amener une solution non-militaire du conflit du Proche-Orient.
Nous exprimons notre solidarité avec toutes les victimes civiles de ce conflit et exigeons:
– l’arrêt immédiat de toutes les opérations militaires au Liban que dans les territoires occupés, surtout dans la bande de Gaza, de même qu’en Israël.
– le retrait d’Israël des territoires occupés de Palestine et du Liban.
– La suspension par la Suisse de sa coopération militaire avec Israël et avec tous les autres pays du Proche-Orient.
– Le renoncement par la Suisse au système IFASS, qui est en partie fabriqué en Israël.
(Traduction Horizons et débats)
(Horizons et débats, numéro 38, août 2006)
mise à jour le 18.08.06