accès direct aux numéros

Journal favorisant la pensée indépendante,
l'éthique et la responsabilité

 

Intifada à Paris?

Il y a une année, Israël offrait ses conseils à Paris pour la lutte contre les émeutiers

hd. Que s’est-il passé en France en novembre 2005? Personne ne s’inquiète-t-il chez nous qu’un pays voisin ait pu être déstabilisé au point de devoir décréter l’état d’urgence pour trois mois? Admettons que les Français n’aient pas fait assez pour l’intégration, ils n’ont pourtant pas rien fait. Est-ce qu’un potentiel de révolte existant mais non virulent aurait été déclenché artificiellement? A-t-on introduit des germes (c’est-à-dire des agents provocateurs) dans ce biotope pour qu’éclatent tout à coup, à plusieurs endroits en même temps, des émeutes d’une telle ampleur que l’Etat en a été ébranlé? En tout cas, de l’autre côté de la frontière, les droits des citoyens ont été tellement restreints que l’on aurait jugé la chose impensable peu de temps avant.

Ce qui rend méfiant, c’est l’attitude d’Israël à propos des émeutes en France. Il estimait que Paris avait également son Intifada et offrait ses conseils aux autorités pour combattre l’insurrection. Il n’est pas étonnant qu’Israël, qui occupe des territoires en violation du droit international et se voit par conséquent confronté à une guérilla, ait essayé de propager cette information tendancieuse (il en fut de même lors de l’attentat tchétchène contre un théâtre de Moscou après le 11-Septembre). Ce qui surprend, en revanche, c’est l’«offre amicale» de l’Etat hébreux alors que quelques mois auparavant Sharon avait qualifié la France d’Etat anti-sémite et avait invité les juifs qui y vivaient à émigrer en Israël. S’agissait-il de propulser l’ambitieux ministre de l’Intérieur Sarkozy – qui, en traitant les émeutiers de «racaille» avait jeté de l’huile sur le feu et qui est aussi ami avec les néo-conservateurs américains qu’avec les likoudniks – de rompre le cou à Chirac et à de Villepin, c’est-à-dire aux deux hommes politiques qui étaient restés inflexibles au Conseil de sécurité à propos de la récente guerre en Irak et auxquels Condoleezza Rice avait dit: «We will punish you.»? Le moment était propice pour préparer cette «punition». Alors s’installerait en France, comme en Allemagne avec Angela Merkel, un gouvernement docile et l’Europe n’aurait plus rien à opposer, au niveau des gouvernements, à la prochaine guerre des néo-conservateurs contre la Syrie et l’Iran.

 

 

(Horizons et débats, numéro 41, novembre 2006)

mise à jour  le 19/11/06