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«Une situation insoutenable»

Entretien avec Walter Baumgartner, délégué de la CRS à Quetta, Pakistan

W. Baumgartner travaille depuis plusieurs années comme ingénieur hydrologue pour la Croix-Rouge. Jusqu’à ce que la guerre éclate, il était responsable de l’apprivoisement en eau du Sud de l’Afghanistan. Depuis la mi-septembre, il est en opération à Quetta, au Pakistan, à la frontière avec l’Afghanistan.

Combien de réfugiés afghans sont arrivés au Pakistan au cours des deux dernières semaines?

W. Baumgartner: Nous ne disposons pas de chiffres précis sur le nombre de réfugiés afghans arrivés au Pakistan depuis le début de la crise. Selon une estimation grossière, environ 200000 personnes auraient franchi la frontière de manière illégale.

Dans quel état ces personnes arrivent-elles?

La plupart des réfugiés sont sous-alimentés, sans moyen, et leur sort dépend de l’aide humanitaire. Les carences alimentaires sont particulièrement graves pour les enfants de moins de cinq ans. Des maladies comme la rougeole ou une simple diarrhée peuvent avoir des conséquences fatales. J’ai rencontré par exemple une famille qui avait fui le nord du pays pour gagner la frontière pakistanaise en passant par Kaboul et Kandahar. Ce périple lui a coûté la somme de 120 dollars, ce qui correspond à plusieurs mois de salaire en Afghanistan. La fillette est tombée malade, et les parents, totalement démunis, ne savent à présent plus quoi faire.

Certains réfugiés m’ont reconnu. J’ai travaillé jusqu’au 14 septembre dans la région de Kandahar, réputée pour être le fief des Talibans. Avant le début de la guerre, nous arrivions encore à prêter un semblant d’assistance aux réfugiés, alors que leur situation nous paraissait déjà des plus critiques et que nous ne savions pas s’ils arriveraient à passer l’hiver.

L’aide humanitaire parvient-elle du Pakistan en Afghanistan?

La Fédération internationale de la Croix-Rouge soutient les sociétés du Croissant-Rouge pakistanaise et afghane afin de soulager la détresse des réfugiés au Pakistan et celle de la population afghane qui est restée au pays. En Afghanistan, les bénévoles du Croissant-Rouge poursuivent les programmes d’assistance. On peut citer en particulier l’approvisionnement en eau de la ville de Kandahar et le soutien apporté à la vingtaine de postes sanitaires encore en fonction. La Croix-Rouge a encore réussi il y a peu à les fournir en médicaments.

Quelles sont vos impressions personnelles?

Cette mission est très difficile, car nous avons en partie les mains liées. Nous savons que la situation risque de devenir dramatique avec l’approche de l’hiver. Notre accès aux personnes les plus démunies est toutefois limité. Pour des raisons de sécurité, la liberté d’action des délégués étrangers est très restreinte. Les Pachtounes, qui constituent l’une des ethnies majoritaires au Pakistan, ne comprennent pas pourquoi leurs frères afghans sont victimes de bombardements. Il est possible que la presse locale déforme un peu les faits, mais il est vrai que cette guerre a déjà fait plusieurs victimes parmi les civils.

Pour moi personnellement, c’est encore plus dur du fait que j’ai de bons amis à Kandahar et que leur sort ne me laisse pas indifférent.

J’essaye toutefois de rester optimiste et j’espère que le contexte politique évoluera de manière positive afin que nous soyons en mesure de déployer pleinement nos activités en faveur de cette population profondément meurtrie. 

 

Interview: Karl Schuler,

Coopération internationale CRS

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Pour de plus amples informations: CRS, Coopération internationale, iz@redcross.ch