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Pourquoi je voterai Non

par Henri Houlmann, La Chaux-de-Fonds

Chaque votation est un pari sur l’avenir, une projection vers le futur, une décision qui engage le pays sur une voie. Or, il n’y a pas d’avenir sans appui sur le passé. Qui refuse de savoir d’où il vient, ne comprend pas où il va. C’est donc dans cet esprit que j’ai pris cette décision, et cela pour trois raisons:

1.         Notre pays existe du fait que nos ancêtres ont eu le courage et l’intelligence de se battre pour sauvegarder leur indépendance et l’imposer. Ils ont eu la sagesse de suivre la recommandation de Nicolas de Flue: ne vous mêlez pas des disputes des autres. C’est cette volonté de neutralité conséquente qui a valu à notre pays de conserver son indépendance, reconnue par tous les autres pays. C’est cette indépendance affirmée qui a permis le «Sonderfall» helvétique (ceux qui voudraient l’enterrer ne se rendent même pas compte qu’ils coupent la branche sur laquelle ils sont assis), notre pays ayant régulièrement pris le contre-pied du monde qui nous entoure (fédéraliste dans un entourage centralisateur – démocratique dans une atmosphère de dictature). Détruire ce bien acquis souvent dans la douleur, c’est trahir et le message et l’héritage transmis par les générations précédentes.

2.         L’ONU, comme la Société des Nations d’alors, est née de l’aspiration à la paix. Seulement entre l’aspiration et la réalité, il y a eu les années d’affrontements des blocs, les guerres non maîtrisées, les offensives économiques qui ont contribué à la dégradation de cet idéal. Il y a aujourd’hui tout le poids des Etats-Unis, seule grande puissance, la (re)naissance d’autres puissances (Union-européenne – Chine – Russie), bref les blocs n’ont pas disparu, ils changent. Or, nous n’avons rien à gagner et tout à perdre, à nous soumettre à quiconque, soit par adhésion, soit en coalition, soit par alliance. En revanche, nous rendons de grands services dans une série d’organismes de l’ONU, c’est cela notre mission, c’est elle qu’il faut développer.

3.         Le manque de confiance dans une bonne partie du monde politique et de l’information. On a tant menti, lors de la votation sur l’Espace économique européen, sur l’adhésion (cachée) à l’Union européenne, lors de l’attaque, en pleine illégalité, des 14 pays de cette union contre l’Autriche qu’il n’est plus possible d’accorder un crédit à leurs affirmations. Le plus gros, le plus effronté, le plus éhonté des mensonges, et ce n’est pas peu dire, est le prétendu isolement de notre pays, dont le rayonnement est et reste remarquable, malgré ses défauts, ses erreurs et les dénigrements venus de l’intérieur même du pays.

C’est donc pour ces raisons, et parce que préférant afficher une confiance dans mon pays tel qu’il fut et reste, plutôt que de donner dans une mentalité d’esclave par crainte de devoir se battre pour notre identité que je dis non à cette adhésion.            •