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Guerre, croyances et mode de pensée

par Markus Sanz, St-Cergue

«Notre mode de pensée crée des problèmes que le même mode ne peut résoudre.» Cette phrase d’Einstein m’accompagne depuis des années. Elle est pour moi d’une infinie pertinence.

On peut le vérifier constamment: lorsque surgit un problème, au plan personnel aussi bien que collectif, il est en général accompagné d’une logique qui maintient l’impasse. On pourrait même dire que nous avons un talent inouï pour rendre tout compliqué et créer en permanence des problèmes que nous essayons ensuite de régler vainement avec la même logique qui a créé le problème!

Richard Bandler a eu cette jolie boutade: «Nous avons observé les êtres humains et leur avons découvert une caractéristique étrange: lorsqu’ils se rendent compte qu’ils font quelque chose qui ne leur apporte rien (de positif), ils continuent quand même à le faire!»

Pourquoi? Parce qu’ils ne parviennent pas à avoir un autre point de vue sur leur actes et leur contexte, un point de vue nouveau qui leur permettrait d’envisager des solutions autres.

Prenez la peine d’imaginer votre chat ou un oiseau en train de nous observer. Ils doivent à coup sûr nous prendre pour des fous, car de leur point de vue, à peu près tout ce que nous faisons est absurde, incohérent et inquiétant. On pourrait se dire, bien sûr: Après tout, quelle importance? Les croyances des gens les poussent à courir comme des fous? À s’entasser dans des machines polluantes sur des autoroutes encombrées? À bêler comme des moutons, tous le même credo? Eh bien laissons-les et cultivons notre bonheur à nous, loin de la folie du monde.

Il est tentant d’en rester là. C’est hélas impossible. Car la somme des croyances négatives des hommes génère un mode de pensée généralisé qui enfle comme le fleuve se gonfle de l’apport des ruisseaux. Et cette pensée dominante, résultante des errances, des absurdités, des contradictions, des doutes et des peurs est un vecteur d’une brutalité incontrôlable, dont nous subissons en permanence les effets sans que nous puissions nous y soustraire.

Le pire, c’est que ce mode de pensée qui crée des problèmes qu’il ne peut résoudre enfle ces impasses jusqu’à un paroxysme où il se résout, depuis la nuit des temps, dans une explosion de violence, dans la guerre. Car cette pensée voit une seule issue possible: la tabula rasa post bellum, ce nouvel état des choses que le vainqueur peut réorganiser à sa guise, en assujettissant ses vaincus.

Nous nous rapprochons actuellement du prochain paroxysme. Tous les indicateurs sont au rouge. Il n’y a qu’à ouvrir les yeux. On pourrait énumérer des centaines d’exemples rien qu’en prenant le cas de notre pays. La pensée dominante en est déjà au stade où elle devient pensée unique. Et celle-ci veut que la seule loi du monde soit celle du plus fort. «Que le plus fort gagne!» Tous les coups sont permis. Winners take all. Et les époux se dressent l’un contre l’autre, les enfants contre les parents, le frères contre le frère. Les systèmes politiques s’effondrent sous les coups de la corruption et du mensonge. Les politiciens se construisent leurs carrières éphémères en écrasant les peuples qu’ils prétendent gouverner, les syndicats s’effacent dans le doute sur la validité de ce qui fut leur combat, Le droit et les conventions internationales volent en éclats. Les plus forts triomphent sur tous les plans. Et les plus faibles sont exploités et éliminés sans le moindre scrupule.

Rester en marge de tout cela est impossible. Il faut participer!

Comment? En changeant de mode de pensée, de point de vue sur les choses. Et en contribuant à faire aborder les problèmes sous un angle différent. Car la violence n’est pas inévitable, la guerre pas la meilleure solution, la collaboration et le partage tout à fait possibles et les solutions à portée de main pour peu que l’on veuille bien changer de point de vue.

C’est une utopie? Peut-être, mais pas certain. Ce qui est sûr, c’est que l’on n’a pas encore essayé vraiment de changer d’approche! Prenons le cas de ces guerres que les Puissants veulent absolument faire, dans la logique de leur mode de pensée. Du point de vue des populations, la guerre  est une opération qui profite à une poignée de gens qui ne la font pas et plonge dans la misère et le malheur des millions d’autres qui se sont laissés piéger. De ce point de vue, aucun peuple ne veut la guerre! Du point de vue des travailleurs, la guerre, c’est la destruction des moyens de production et le brutal effondrement de tous les acquis sociaux. De ce point de vue, aucun travailleur ne désire la guerre, au contraire: un monde meilleur, pour lui, passe par une paix consensuelle permettant une construction collective. Du point des femmes, la guerre, c’est la mort de leurs maris et de leurs fils, une douleur qu’aucun homme ne pourra ressentir pareillement. Pour les femmes, la paix construite sur la justice est le seul objectif véritable pour une société.

On pourrait continuer et développer la chose.* Mais j’aimerais en rester à ce dernier point de vue, pour montrer combien la prétendue utopie n’en est pas une: les femmes représentent la moitié de l’humanité; elles sont les mères ou les compagnes de tous les hommes du monde, de tous ces hommes enrôlés dans les armées qu’on envoie tuer ou se faire tuer. Si les femmes constituaient un mouvement universel pour empêcher leurs fils et maris d’aller faire la guerre et les obligeaient à négocier et à développer de nouveaux points de vue sur les problèmes qu’on veut leur faire régler par la guerre, cette dernière pourrait s’arrêter comme par enchantement.

L’essentiel est, en tout cas, de ne jamais oublier que c’est notre mode de pensée qui est la vraie cause des problèmes.           

         Il y a en effet énormément à faire dans ce domaine et Horizons et débats espère pouvoir jeter prochainement les bases d’un travail de recherche sur cette question.