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«Le message n’est pas sain»Depuis 30 ans, Pierre Rey reçoit et soigne les drogués à la Fondation du Levant, à Lausanne. Le cannabis, il connaît. Vous continuez à refuser la libéralisation du haschich? Pierre Rey: Depuis 15 ans, l’Office fédéral de la santé publique prépare l’opinion et les politiciens à ce changement de mentalité. Nous, on reçoit les jeunes et on voit à quel point ils sont vulnérables face à tout produit qui modifie la conscience. Vous parlez d’une catégorie particulière de jeunes … Oui, et ma position est sans doute influencée par mon travail. Mais les plus fragiles ont aussi le droit d’être protégés. Pour les autres jeunes, le danger est donc moins élevé? Non, car la consommation de cannabis est loin d’être une chose banale. On ne connaît pas encore tous ses effets. Ruth Dreifuss affirme qu’il n’est pas plus dangereux que l’alcool ou la cigarette? Mme Dreifuss ment, tout simplement. Car elle sait très bien que d’autres experts, tout aussi respectables que les siens, disent le contraire. Elle devrait avoir au moins l’objectivité de reconnaître qu’elle cite un seul point de vue. Que craignez-vous, avec cette décision? Je reçois de plus en plus de parents paniqués parce que leur enfant fume de façon démesurée, que les résultats scolaires plongent. Et le message officiel dit que ce n’est pas grave! Le signal donné par la dépénalisation n’est pas sain: on supprime un des interdits qui permettent aux adultes de se situer et à l’adolescent d’évoluer. Pourquoi? L’adolescent grandit à travers les choix qu’il doit faire, et l’interdit est essentiel pour définir sa personnalité. L’adolescent peut le transgresser, mais il existe. Les parents peuvent aussi interdire, non? Quand le discours officiel dit: «laissez faire, ce n’est pas grave»? J’ai ici un jeune qui fumait avec son père depuis l’âge de 14 ans. Maintenant, il est aux drogues dures. La seule chose qu’il reproche à son père, c’est: «tu m’as tout laissé faire». Cela dit, des années d’interdiction n’ont rien réglé … Oui, mais on ne sait pas où on en serait s’il n’y avait pas eu d’interdits. Vous prévoyez une augmentation de la consommation? Un peu, mais plus encore l’augmentation du flou et du trouble de cette société un peu folle qui ne transmet plus de vrai message, plus de valeurs. Ce genre de décision va dans le sens du Dieu-fric, de la fuite à travers toutes sortes de produits. Vous lancerez le référendum? Je suis un peu fatigué … Dans quelques années, les quatre piliers de Ruth Dreifuss auront des effets dramatiques, avec la main-mise du pouvoir médical, la distribution des produits, l’essentiel étant que les drogués nous foutent la paix. Nous, on n’aura jamais les moyens qu’ils ont eu, à Berne, pour faire passer leur politique. C’est décourageant, mais je ne renonce pas à dire ce que je pense. Propos recueillis par Patrice Favre. Source: La Liberté du 13/12/2001 |