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Dans le dos du peuple
En y entraînant régulièrement son armée de l’air, l’Allemagne utilise le territoire suisse pour ses propres préparatifs de guerre. C’est ce que le crash d’un Tornado allemand dans les Alpes bernoises a fait apparaître clairement. Des entraînements d’avions de combat allemands et d’hélicoptères militaires en haute montagne ne sont pas inhabituels en Suisse, a déclaré le DDPS après le récent accident mortel. Avec ces vols d’entraînement, la Bundeswehr se prépare à des opérations militaires dans des territoires accidentés. Elle suit en cela l’exemple de troupes spéciales anglaises qui se sont déjà entraînées en Suisse il y a quelques années pour des engagements spéciaux en Hindu-Kuch. L’appropriation de ce pays autrefois neutre par plusieurs Etats de l’OTAN est vivement critiqué. Il ne faudrait pas que la Suisse devienne un «camp d’entraînement à la guerre» des puissances d’intervention occidentales, peut-on lire dans les commentaires de la presse suisse. L’unité de l’armée de l’air allemande à laquelle appartenait l’avion qui s’est écrasé dernièrement près de Lauterbrunnen – le Jagdbombengeschwader 32, a participé en 1999 à l’attaque de la Yougoslavie et se tient actuellement prête pour la lutte contre d’éventuelles émeutes en Serbie. «Nous avons l’habitude des missions suicides», a déclaré un pilote de Tornado allemand dans un entretien accordé à gfp. «Peu importe que ce soit au dessus de la Serbie, de la Suisse ou en Afghanistan … nos pertes sont dues à des conditions de guerre. Elles sont prises en compte.»
gfp. Le Tornado ECR allemand, spécialisé dans les vols à basse altitude, s’est écrasé pendant un vol d’entraînement régulier au-dessus du territoire suisse. D’après les informations de la Bundeswehr, l’équipage avait décollé jeudi dernier de la base de l’Armée de l’air française de Solenzara (Corse) et rentrait à Lechfeld en Allemagne. Après une escale, l’avion de combat a changé de direction et a amorcé une manœuvre à travers les Alpes suisses. Les vols à basse altitude dans les vallées de haute montagne sont un défi en raison du terrain très accidenté et de la difficulté à évaluer les courants thermiques. Ils constituent un aspect prestigieux d’une excellente formation. «C’est nécessaire», déclare un pilote de Tornado allemand sous couvert d’anonymat car il craint des mesures disciplinaires. «L’entraînement prépare aux opérations militaires. Nous sommes là pour ça. Tout le reste, c’est des déclarations lénifiantes destinées à l’opinion publique.»
Des campagnes d’entraînement
Le Tornado ECR allemand s’est écrasé quelques minutes seulement après une escale. Le pilote, venant de la vallée, n’a pas réussi à faire remonter son appareil au-dessus des rochers abrupts. Selon le DDPS, les vols d’entraînement de l’armée de l’air allemande en Suisse ne sont pas inhabituels. Tandis que les avions de combat étranger n’effectuent que des entraînements «ponctuels» dans les vallées suisses de haute montagne, (apparemment 20 par an environ), des unités d’hélicoptères de la Bundeswehr y effectuent des exercices d’une semaine pour apprendre les manoeuvres dans des vallées et le long des versants de montagne.1 Les vols risqués à basse altitude jusqu’à 300 mètres et à 100 mètres au-dessus des sommets sont permis, bien qu’ils gênent et mettent en danger la population. On ne peut contrôler les vols militaires car le contact radar est impossible en montagne, explique-t-on au DDPS.2 Cette carte blanche donnée pour des manœuvres dangereuses est utilisée non seulement pas l’armée de l’air allemande mais aussi par les armées de l’air de la France, de l’Italie, de l’Autriche, de la Belgique et des Pays-Bas.
Interdépendance
Comme on le dit à Berne, l’ouverture des montagnes suisses – intéressantes pour l’aviation – aux armées de l’OTAN fait partie d’un système de coopération étendue qui entraîne le pays, autrefois neutre, dans les guerres de l’occident.3 L’interdépendance s’étend maintenant aussi à des opérations d’occupation: Environ 200 soldats suisses sont stationnés en Serbie dans le cadre de l’OTAN, d’autres sont envoyés en Afghanistan et subordonnés là-bas à l’alliance militaire occidentale. De plus, la Suisse met du personnel et des hélicoptères à la disposition des troupes de l’UE en Bosnie-Herzégovine.
Camps d’entraînement
Après le crash de l’avion de combat allemand, les opérations d’entraînement de l’OTAN sur le territoire de la Suisse autrefois neutre ont entraîné des tensions de politique intérieure. «On dirait qu’il s’agit d’une formation en vue d’opérations en Afghanistan» a estimé un expert en sécurité du Conseil national lorsque la pratique allemande d’entraînements de vols à basse altitude dans des vallées de haute montagne a été révélée.4 Il ne faut pas que la Suisse devienne un camp d’entraînement pour la guerre en Afghanistan», écrivent certains journalistes.5 En réalité,, les exercices d’aviation dans des conditions difficiles ne servent pas uniquement aux opérations de la Bundeswehr dans les montagnes de l’Hindu-Kuch; les activités militaires allemandes dans d’autres Etats profitent également de la coopération germano-suisse. C’est ainsi que la 32e escadrille de chasseurs-bombardiers dont faisait partie l’avion accidenté est engagée depuis presque deux ans en ex-Yougoslavie. Là-bas, les bombardiers allemands ont participé aux opérations contre Belgrade qui ont fait de nombreux morts.6
Répartition du travail
En juin 1995, l’Allemagne a transféré ses Tornados ECR de la 32e escadrille vers la base aérienne italienne de Piacenza, d’où, le 7 août 1995, des avions sont partis pour le premier engagement à l’étranger depuis la Seconde Guerre mondiale: Ils ont escorté des appareils américains dans l’espace aérien au-dessus de Sarajevo et ont ainsi rendu possible l’anéantissement de la défense aérienne yougoslave. L’escadrille a rempli la même mission du 24 mars au 11 juin 1999 lors de l’attaque suivante contre la Yougoslavie. La Bundeswehr reconnaît qu’en 2100 heures de vol 450 frappes ont été effectuées et que plus de 230 missiles Harm ont été tirés sur des positions yougoslaves – «pour protéger les avions de l’OTAN contre les missiles sol-air». «Effectivement, tant qu’une escadrille ECR patrouillait au-dessus du Kosovo, aucun avion allié n’a été attaqué», se félicite la Bundeswehr à propos de son rôle dans la guerre d’agression contre Belgrade contraire au droit international.6
«Elément constitutif»
Tandis que les Tornados RECCE de la 51e escadrille de reconnaissance (Immelmann) qui ont participé avec les Tornados ECR à l’engagement en Yougoslavie de 1995 à 1999, vont effectuer ces prochains jours leurs premiers vols réguliers en Afghanistan, la 32e escadrille reste, selon un communiqué de l’armée de l’air, «un élément constitutif des plans de l’OTAN pour le maintien de la paix» en Europe du sud-est.7 Cette formulation trompeuse veut dire que les appareils de l’escadrille se tiennent prêts à intervenir en cas d’émeutes en Serbie. Les pilotes sont préparés à des conditions de vol difficiles. Comme en 1999 déjà, les Tornados ECR sont capables de repérer des radars dans des vallées de montagne accidentées et de les neutraliser lors de vols à basse altitude.
Logique globale
«Ce n’est pas le premier accident de Tornado, a confié à notre rédaction le pilote de la Bundeswehr. Jusqu’ici, 50 avions ont été détruits ou gravement endommagés et le nombre d’accidents ne fait qu’augmenter. L’attention a été attirée davantage cette fois-ci parce que cela ne s’est pas passé aux USA ou au Canada mais en Suisse … Il en tombera d’autres. C’est dans la logique des engagements à l’échelle mondiale.» •
Source: www.german-foreign-policy.com du 15/4/2007
1 Factsheet Vols de navigation, DDPS, 13/4/2007
2 ibid.
3 Les forces aériennes suisses au Nordic Air Meet 2006 en Norvège, DDPS, 25/09/2006
4 Fragen nach Nato-Einsätzen und der Zuständigkeit; Jungfrau-Zeitung 13/04/2007
5 Verkommt die Schweiz zum Kriegstrainingslager für Afghanistan? oraclesyndicate.today.net/stories/3569888/
6 Geschichte der 1./JaboG 32; www.321tigers.de/
7 Das Jagdbombengeschwader 32; www.luftwaffe.de
Selon un pilote de Tornado allemand, «l’entraînement prépare aux opérations militaires. Nous sommes là pour ça. Tout le reste, c’est des déclarations lénifiantes destinées à l’opinion publique.»
(Horizons et débats, 23 avril 2007, 7e année, N°15)
mise à jour le 24/04/07