accès direct aux numéros

impressum

Journal favorisant la pensée indépendante, l'éthique et la responsabilité
pour le respect et la promotion du droit international, du droit humanitaire et des droits humains

Forum mondial sur la souveraineté alimentaire au Mali

Le droit des peuples à définir eux-mêmes leur politique agricole et alimentaire

Le premier Forum mondial sur la souveraineté alimentaire Nyéléni 2007 s’est tenu du 23 au 27 février à Sélingué au Mali, organisé par Via Campesina, le ROPPA (organisations paysannes de l’Afrique de l’ouest), les forums des pêcheurs, les Amis de la terre, Food and Water Watch (organisation des consommateurs) et la Marche mondiale des femmes. Ce sont plus de 500 participants qui s’y sont retrouvés, provenant de 80 pays différents. Après leur retour de Mali, les trois délégués de la Suisse (Uniterre, les projets d’agriculture de proximité et Swissaid) auront comme objectif de provoquer le débat sur la souveraineté alimentaire en Suisse. (Communiqué de presse Uniterre)

Les participants au Forum ont analysé la politique alimentaire actuelle et développé des stratégies collectives pour une souve-raineté alimentaire. Cette souveraineté est le droit des peuples à une alimentation saine, dans le respect des cultures, produite à l’aide de méthodes durables et respectueuses de l’environnement. Chaque pays a le droit à définir son propre système alimentaire et agricole.

Elle défend les intérêts et l’intégration de la prochaine génération et garantit que les droits d’utiliser et de gérer nos terres, territoires, eaux, semences, bétail et biodiversité soient aux mains de ceux et celles qui produisent les aliments.

Par la suite nous publions le texte intégral de la Déclaration finale du Forum mondiale pour la souveraineté alimentaire:

Pourquoi nous battons-nous?

Un monde …

•   où tous les peuples, nations et Etats puissent définir leurs propres systèmes et politiques de production alimentaire, garantissant à chacun d’entre nous une alimentation de qualité, appropriée, abordable, saine et respectueuse de la culture;

•   où le rôle et les droits des femmes dans la production alimentaire ainsi que la représentation des femmes au sein de tous les organes directeurs soient reconnus et respectés;

•   où tous les peuples de tous nos pays puissent vivre dignement, obtenir une rémunération décente pour leur labeur et aient la possibilité de rester chez eux;

•   où la souveraineté alimentaire est considérée comme un droit humain fondamental, reconnu et respecté par les communautés, les peuples, les Etats et les organes internationaux;

•   où nous puissions préserver et réhabiliter les milieux ruraux, les réserves halieutiques, le paysage et les traditions alimentaires reposant sur une gestion durable et respectueuse de l’environnement, des terres, sols, eaux, mers, semences, bétail et autre biodiversité;

•   où nous reconnaissons, apprécions à sa juste valeur et respectons notre diversité de savoirs, d’aliments, de langues et de cultures traditionnelles et la façon dont nous nous organisons et faisons entendre notre voix;

•   où existe une véritable réforme agraire intégrale qui garantisse aux paysans tous les droits sur leurs terres, qui défende et récupère les territoires des peuples autochtones, assure aux communautés de pêcheurs l’accès et le contrôle de leurs zones de pêche et écosystèmes, honore l’accès et le contrôle des pâturages et des voies migratoires, garantisse un travail décent pour une rémunération juste ainsi que les droits de tous les travailleurs et un avenir à la jeunesse dans les campagnes;

•   où la réforme agraire revitalise l’interdépendance entre producteurs et consommateurs, assure la survie de la communauté, la justice économique et sociale, la pérennité écologique ainsi que l’autonomie et la gouvernance locales, dans le respect des droits égaux entre les hommes et les femmes;

•   où le droit au territoire et à l’autodétermination des peuples est garanti;

•   où nous partageons pacifiquement et équitablement nos territoires entre nos peuples, que nous soyons paysans, communautés autochtones, pêcheurs traditionnels, pastoralistes, etc.;

•   où, dans le cas de catastrophes naturelles et provoquées par l’homme et de situations post-conflit, la souveraineté alimentaire soit une «assurance» qui renforce les initiatives de reconstruction locale et atténue les répercussions négatives. Où nous gardons à l’esprit que les communautés touchées ne sont pas désespérées et où les organisations locales et fortes d’aide à l’entraide sont au cœur de la reconstruction;

•   où le pouvoir des peuples à prendre des décisions relatives à leurs patrimoines matériels, naturels et spirituels soit défendu.

Contre quoi nous battons-nous?

•   L’impérialisme, le néolibéralisme, le néocolonialisme et le patriarcat ainsi que tous les systèmes qui appauvrissent la vie, les ressources et les écosystèmes mais aussi leurs promoteurs, tels que les institutions financières internationales, l’Organisation Mondiale du Commerce, les accords de libre échange, les multinationales et les gouvernements ennemis des peuples.

•   Le dumping d’aliments à des prix inférieurs aux coûts de production dans l’économie mondiale.

•   La domination de nos systèmes alimentaires et agricoles par les multinationales qui font prévaloir les profits sur les peuples, la santé et l’environnement.

•   Les technologies et les pratiques qui minent nos capacités futures de production alimentaire, nuisent à l’environnement et mettent en péril notre santé. Entendons par là les cultures et les animaux transgéniques, la technologie terminator, l’aquaculture industrielle et les pratiques halieutiques destructives, la soi-disant révolution blanche des pratiques laitières industrielles, l’«ancienne» et la «nouvelle» révolution verte et les «déserts verts» des monocultures industrielles d’agro-carburants et autres plantations.

•   La privatisation et marchandisation des aliments, des services publics et de base, du savoir, de la terre, de l’eau, des semences, du bétail et de notre patrimoine naturel.

•   Les modèles et projets de développement et l’industrie d’extraction qui déplacent les peuples et détruisent l’environnement et notre patrimoine naturel.

•   Les guerres, les conflits, les occupations, les embargos économiques, les famines, les déplacements forcés des peuples et la confiscation de leurs terres, ainsi que toutes les forces et gouvernements qui sont à leur origine et les appuient; les programmes de reconstruction à la suite de conflits et de catastrophes naturelles qui détruisent nos environnements et nos capacités La criminalisation de tous ceux qui luttent pour protéger et défendre nos droits.

L’aide alimentaire qui cache le dumping, introduit des OGM dans notre environnement et systèmes alimentaires locaux et crée un nouveau colonialisme, l’internationalisation et mondialisation des valeurs paternalistes et patriarcales marginalisant les femmes, les diverses communautés agricoles, autochtones, pastorales et de pêcheurs dans le monde.

Que pouvons-nous faire?

Tout en travaillant avec la communauté locale à Sélingué pour créer un espace de rencontre à Nyéléni, nous nous engageons à développer notre mouvement collectif pour la souveraineté alimentaire en passant des alliances, en appuyant nos luttes respectives et en offrant notre solidarité, force et créativité aux peuples du monde entier qui -luttent pour la souveraineté alimentaire. Toute lutte, en tout lieu du monde, pour la souveraineté alimentaire, est notre lutte.

Nous avons abouti a plusieurs actions collectives afin de partager notre vision de la souveraineté alimentaire avec tous les peuples de cette terre, actions qui sont reprises dans notre document de synthèse. Nous mettrons ces actions en œuvre dans nos zones locales et régions respectives, au sein de nos mouvements et conjointement avec les autres, de façon solidaire. Nous partagerons notre vision et plan d’action pour la souveraineté alimentaire avec ceux qui peuvent être ici avec nous à Nyeleni, de sorte que l’esprit de Nyeleni se répande dans le monde et devienne la force puissante qui fera de la souveraineté alimentaire une réalité pour tous les peuples du monde.

Enfin, nous apportons notre soutien inconditionnel et inébranlable aux mouvements paysans du Mali et au ROPPA pour répondre à leur souhait que la souve-raineté alimentaire devienne une réalité au Mali et par extension dans toute l’Afrique. L’heure de la souveraineté alimentaire est venue!

Source: www.nyeleni2007.org

 

(Horizons et débats, 23 avril 2007, 7e année, N°15)

mise à jour  le 24/04/07