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Horizons et debats  >  archives  >  2008  >  N°25, 23 juin 2008  >  Mesures de la radioactivité dans des échantillons de sol serbe [Imprimer]

Mesures de la radioactivité dans des échantillons de sol serbe

Les graves conséquences des bombardements de l’OTAN au printemps 1999 pèseront tout particulièrement sur les enfants serbes: depuis plusieurs années, on constate en Serbie une augmentation des cas de leucémies infantiles et d’autres cancers.
Mais il est encore plus répréhensible de condamner les enfants de demain, avenir du pays, à subir les maladies, mortelles ou non, dues à l’exposition à des armes radiologiquement et chimiquement toxiques. C’est l’OTAN qui en est responsable. «Horizons et débats» s’oppose à cette destruction des prochaines générations. Les inquiétudes de la population serbe au sujet de la santé de ses enfants nous a incités à commander une étude dont nous présentons ici le résultat.
Rédaction Horizons et débats

Ce qui importe, c’est reconnaître, tous ensemble, que nous sommes coupables d’inhumanité. L’horreur de cette expérience doit nous arracher à notre torpeur, pour que nous tendions nos volontés et nos espoirs vers l’avènement d’une ère dans laquelle la guerre ne sera plus. (…)
Que la paix vienne ou ne vienne pas, cet événement dépend de la direction dans laquelle se développera la mentalité des individus et par voie de conséquence, celle des peuples. Pour notre époque, cette vérité vaut encore plus que par le passé.
Albert Schweitzer, 1954
Source: http://nobelprize.org/nobel_prizes/peace/laureates/1952/schweitzer-lecture-f.html

En août 2007, «Horizons et débats» avait publié une analyse critique de l’étude du GSF1 concernant les effets sanitaires de l’utilisation de munitions à l’uranium sur des soldats allemands stationnés au Kosovo et sur la population de cette province.2
La critique portait sur le caractère incomplet des mesures de la radioactivité et sur l’absence de mesures de la répartition des éléments radioactifs dans le sol et la poussière.3 En outre, la discussion des résultats des mésures s’avérait insuffisante, notamment au sujet de l’incorporation d’uranium aiguë et différée.
En septembre 2007, «Horizons et débats» soumit à une équipe de scientifiques chevronnés deux échantillons de sol serbe (1 et 2) afin qu’elle en mesure la radioactivité.
Les résultats et leur commentaire sont disponibles depuis février 2008. En voici des extraits:
1)    Dans les échantillons bruts (d’environ 200 g chacun), la spectrométrie du rayonnement gamma a révélé des radioactivités allant jusqu’à 141 Bq/kg pour l’uranium 238 et des radioactivités allant jusqu’à 104 Bq/kg pour le thorium 232 (cf. tableau 1). La chaîne de désintégration de l'uranium 238 n’est pas à l’équilibre.
    Dans l’échantillon 1, les spécialistes ont mesuré, pour la chaîne de désintégration de l’uranium et du thorium, y compris le potassium 40, le césium 137 et le béryllium 7, une activité globale de 2430 Bq/kg avec un rapport bêta/alpha de 1 (pour autant qu’il n’y ait pas, outre celle des éléments mentionnés, d’autres radioactivités inconnues).
2)    En tamisant, lavant, segmentant et empilant 50 g de l’échantillon 1, les spécia­listes ont obtenu des fragments de masse, de densité et de taille des grains différents. Des études morphologiques ont été effectuées au microscope sur ces fragments et la radioactivité alpha et bêta a été mesurée.
    L’illustration montre un exemple de fragment de matériel empilé (cf. flèche) et de particules séparées.
    Le tableau 2 révèle la radioactivité extrêmement élevée (entre 7500 et 10 500 Bq/kg) et le rapport inattendu de l’activité bêta/alpha de 30 à 60.


3)    En résumé, on constate ce qui suit:
•    Les méthodes de mesure sont reproductibles et indispensables à une information concernant une protection radiologique adéquate. En l’absence de ces études fondamentales, les recher-ches de spectrométrie de masse n’ont de sens que si l’on identifie tous les nucléides.
•    Dans un échantillon de sol, nous avons constaté la présence d’une radioactivité répartie de manière non homogène et liée sous une forme hautement concentrée aux particules. Le taux élevé du rayonnement bêta ne peut en aucun cas provenir de l’uranium, du thorium ou d’autres sources naturelles.
•    En raison de la non homogénéité de la radioactivité, l’évaluation des risques biologiques ne peut pas être effectuée selon les règles limitées de la protection radiologique. Il convient de prendre en compte des «hot spots».
•    Nous recommandons d’effectuer, grâce à une collaboration entre plusieurs universités, un programme de mesures afin de déterminer le type de radioactivité et de concentrés, et cela en étudiant un nombre important d’échantillons de sol.
    C’est ainsi que l’on satisfera au devoir de précaution.

2 mai 2008
Dipl. Ing. H. W. Gabriel
Dr. D. Schalch

1 GSF – Forschungszentrum für Umwelt und Gesundheit (Centre de recherches sur l’environnement et la santé) de Neuherberg/Munich.
2 L’étude s’intitule Measurements of daily urinary uranium excretion in German peacekeeping personnel and residents of the Kosovo region to assess potential intakes of depleted uranium (DU), ce qui veut dire qu’on a procédé à différentes mesures du taux d’uranium dans l’urine des soldats et de la population. Auteurs: U. Oeh, N.D. Priest, P. Roth, K.V. Ragnarsdottir, W.B. Li, V. Höllriegl, M.F. Thirlwall, B. Michalke, A. Guissani, P. Schramel et H.G. Paretzke.
Source: ScienceDirect, 381 (2007) 77–87
3 «La nouvelle recherche sur les effets sanitaires de l’exposition à l’uranium appauvri prête le flanc à la critique», Horizons et débats no 31 du 13/8/07.

Le droit humanitaire interdit l’usage des armes qui ne font pas la distinction entre les combattants et les civils et causent des souffrances inutiles
L’article 78 de l’avis consultatif de la Cour internationale de justice sur la «licéité de la menace ou de l’usage de l’arme nucléaire» évoque les principes fondamentaux des ­textes du droit humanitaire.
Le premier consiste dans la protection de la population civile et des biens civils et distingue les combattants des non-combattants. Les forces armées ne doivent jamais attaquer les civils et en conséquence ne jamais utiliser d’armes qui ne font pas la distinction entre les cibles civiles et les cibles militaires.
Le second interdit de causer des souffrances inutiles aux combattants. Il est donc interdit d’utiliser des armes qui leur occasionnent de telles souffrances ou les aggravent inutilement. Les forces armées n’ont donc pas un droit illimité quant au choix des armes utilisées.
La Cour se réfère également à la «clause Martens» énoncée pour la première fois dans la Convention II de La Haye concernant les lois et coutumes de la guerre sur terre de 1899 et qui s’est avérée un moyen efficace d’aborder la question de l’évolution rapide de la technologie militaire. Une version moderne de cette clause se trouve à l’article 1-2 du Protocole additionnel I de 1977 qui stipule ceci:
«Dans les cas non prévus par le présent Protocole ou par d’autres accords internationaux, les personnes civiles et les combattants restent sous la sauvegarde et sous l’empire des principes du droit des gens tels qu’ils résultent des usages établis, des principes de l’humanité et des exigences de la conscience publique.»
L’article 78 conclut que, conformément aux principes mentionnés, le droit humanitaire, à ses débuts, a interdit l’usage de certaines armes soit parce qu’elles ne faisaient pas la distinction entre les combattants et les civils soit parce qu’elles causaient des souffrances inutiles aux combattants, c’est-à-dire des souffrances plus grandes que ­celles nécessaires pour atteindre des objectifs militaires inévi­­tables.
Source: Francis A. Boyle, The Criminality of Nuclear Deterrence, Atlanta 2002, p. 186s.
(Traduction Horizons et débats)


Les conséquences pour les générations futures: «Elles sont menacées par le plus grave danger qui soit.»
Pour juger du péril radioactif, il ne faut pas se borner à considérer l’effet du rayonnement qui agit de l’extérieur, il faut aussi tenir compte de celui produit par les particules radioactives qui s’accumulent sans cesse à l’intérieur de notre corps.
Quelle est l’origine de cette dernière radioactivité? Les particules radioactives en suspension dans l’air à la suite des explosions n’y restent pas, mais descendent, dans le courant des années, à la surface du sol sous forme de poussière, de pluie, de neige radioactives, et s’y déposent. Par les feuilles et les racines elles pénètrent dans les plantes et s’y accumulent. Des plantes, elles passent dans notre corps, que nous buvions le lait des vaches ou que nous mangions la chair d’animaux qui s’en sont nourris. Il peut même arriver qu’à la suite d’une pluie radioactive nous buvions de l’eau radioactive. [...]
Les particules radioactives absorbées au cours des années par notre corps ne se répartissent pas uniformément dans les tissus, mais se déposent et s’accumulent dans certains endroits bien localisés. A partir de ces lieux d’accumulation elles exercent un rayonnement interne qui a une action particulièrement nocive sur les organes qui y sont sensibles. Ce rayonnement compense sa faible intensité par sa continuité, car il se poursuit jour et nuit, pendant des années.
Nous sommes donc contraints de considérer comme un malheur pour l’humanité devant absolument être empêché toute aggravation du danger déjà existant dû à la poursuite de la production d’éléments radioactifs par l’explosion de bombes atomiques. Toute autre attitude ne saurait entrer en ligne de compte, ne serait-ce que parce que nous ne pouvons pas en assumer la responsabilité au régard aux conséquences que cela pourrait avoir pour les générations futures. Elles sont menacées par le plus grave danger qui soit. Le fait qu’il existe dans la nature des éléments radioactifs créés par nous est un événement inconcevable dans l’histoire de la terre et de l’humanité.
Ne pas se préoccuper de sa signification et de ses conséquences est une folie qui pourrait coûter terriblement cher à l’humanité. Nous nous y complaisons en toute inconscience. Il faut absolument que nous sortions de notre léthargie à temps, que nous renoncions à l’étourderie pour que nous ayons le courage de nous intéresser à la réalité.
Sources: 
Albert Schweitzer, «Paix ou guerre atomique», 1958, p. 15/ 16
Albert Schweitzer, Friede oder Atomkrieg, Munich 1984, page 47. (Traduction Horizons et débats d’après un texte d’Albert Schweitzer de 1957)

Effets létaux des munitions à l’uranium

Interview du cinéaste allemand Frieder Wagner à propos de son film «Poussières mortelles – documentaire sur un crime de guerre»

Le cinéaste, cameraman et écrivain de Cologne Frieder Wagner a reçu en 2004 le prix de télévision de l’Union européenne pour son film «Der Arzt und die Kinder von Basra» («Le médecin et les enfants de Bassora»). Hier, à l’initiative de l’Aktionskomitee gegen den Krieg et de Miteinander teilen, son film «Todesstaub» («Poussières mortelles»), version pour la télévision du film précité, a été présenté à la cure de Weywertz.
Ce documentaire porte sur le crime de guerre que constitue l’utilisation d’armes à l’uranium, armes qui précipitent les hommes dans l’abîme. Il s’agit là d’un des nombreux documentaires que le cinéaste a produits en collaboration avec les chaînes ARD, ZDF, WDR et ARTE. «Les armes à l’uranium appartiennent maintenant au quotidien de la guerre et les médias se taisent», déclare Frieder Wagner, lauréat également du prix Adolf-Grimme, qui récompense des films télévisés.
Frieder Wagner, 65 ans, a accompagné plusieurs fois le médecin et épidémiologiste Siegwart-Horst Günther en Irak et au Kosovo. Le quotidien belge d’expression allemande «Grenz-Echo» s’est entretenu avec le cinéaste sur son film.

Les habitants de la région s’inquiètent à propos des essais de munitions effectués par des sociétés d’armements privées comme la firme américano-belge Mecar. Ces inquiétudes sont-elle justifiées?

Bien entendu. Voici un exemple provenant des Etats-Unis. En 1979, dans l’usine d’armement National Leads Industries située dans les environs d’Albany (Etat de New York), de l’uranium appauvri s’est échappé lors d’une explosion. Cette usine fabriquait des munitions à l’uranium. Peu après, le physicien Lennard Dietz a découvert 386 grammes de poussière de cet uranium dans le filtre à air de son laboratoire situé à plus de 40 kilomètres. Cette découverte a conduit à la fermeture immédiate de l’usine et le gouvernement américain a fait décontaminer tous les bâtiments suspects, ce qui a coûté l’équivalent de 120 millions d’euros. Vous voyez qu’à l’époque, le gouvernement savait déjà que les poussières dégagées étaient mortelles.

La société Mecar et les militaires ne cessent d’assurer qu’aucune munition à l’uranium n’a été utilisée à Eisenborn, mais ils ont confirmé l’utilisation d’armes au tungstène. Peut-on les croire?

Mon expérience me porte à ne pas les croire. Lorsque les Américains ont utilisé pour la première fois ces munitions à l’uranium lors de la guerre du Golfe de 1991, ils ont nié qu’elles contenaient de l’uranium appauvri radioactif. Ils ont continué à le nier après que le professeur de médecine allemand Siegwart-Horst Günther eut fait examiner une de ces munitions en Allemagne et qu’un tribunal eut constaté qu’il s’agissait bien d’uranium appauvri, un métal lourd radioactif et hautement toxique. Ce n’est que lors de la guerre en Bosnie, en 1995, que les alliés ont reconnu que les munitions et les bombes utilisées contenaient de l’uranium appauvri, tout en ajoutant qu’elles étaient tout à fait inoffensives! Des scientifiques réputés, également des Américains, ont prouvé à plusieurs reprises que l’uranium appauvri et le tungstène peuvent provoquer des cancers et des leucémies lorsqu’ils sont inhalés ou ingérés.

L’association locale des médecins généralistes s’inquiète de ce que, dans la région, en particulier dans l’Eifel, le taux de cancers soit déjà plus élevé que la moyenne. Elle craint que le risque augmente encore à la suite des essais. Partagez-vous ces inquiétudes?

Elles sont tout à fait justifiées. Voici encore un exemple à ce sujet: Près de la localité bavaroise de Schrobenhausen, le groupe MBB a effectué depuis le début des années 1970 et pendant 17 ans, des essais de munitions à l’uranium. Au bout de quelques années déjà, une pédiatre de l’endroit a constaté une hausse rapide du taux de leucémies chez les enfants en bas âge et a tiré la sonnette d’alarme. Elle craignait, à juste titre, que cette augmentation ait un lien avec les essais. Pendant des années, il a eu protestations et procès. Finalement, le terrain d’essais fut fermé et MBB l’a fait décontaminer en excavant le sol jusqu’à une profondeur de 40 centimètres. Le taux de leucémie a tout de suite reculé.

Malgré les arguments solides et les analyses sérieuses des autorités et d’associations, la société Mecar a obtenu de la Direction wallonne d’aménagement du territoire un permis de construire et une licence d’exploitation. Le ministre concerné n’a pas encore donné son accord définitif. La population, un comité de défense ont-ils des chances face à une société d’armement privée? La cause n’est-elle pas perdue d’avance?

Non. Il faut que les citoyens cherchent à convaincre le ministre responsable avec de bons arguments scientifiques. Voici un argument de poids: Peu importe que Mecar utilise de l’uranium ou du tungstène, il est prouvé scientifiquement que ces deux métaux lourds peuvent provoquer des cancers. Quand ils atteignent une cible blindée, ils brûlent à des températures allant jusqu’à 5000 degrés Celsius. Ils dégagent des nanoparticules céramiques 100 fois plus petites qu’un globule rouge et peuvent, lorsqu’elles sont inhalées, pénétrer dans le sang et de là dans tout l’organisme, même dans le fœtus, le cerveau, le sperme et les ovules. Nous savons déjà ce que provoque l’uranium appauvri: effondrement du système immunitaire, cancers et leucémies, modifications du code génétique entraînant des malformations congénitales. Le tungstène provoque également des cancers et des leucémies. Selon le Pr Lengfelder, radiobiologiste réputé, l’organisme ne peut rien contre les nanoparticules qui provoquent cancers et leucémies. Lors de la création de l’homme, on n’a pas pensé que ces nanoparticules existeraient un jour. Aussi devons-nous, à cause de nos enfants et petits-enfants, empêcher ou interdire l’utilisation de ces armes, sinon nous nous anéantirons tôt ou tard. Lorsque, dans les années 1960-70, les grandes puissances se mirent d’accord pour mettre fin aux essais nucléaires dans l’atmosphère, les taux de leucémies infantiles baissèrent dans le monde entier. Or maintenant, après l’utilisation de munitions à l’uranium en Irak, en Bosnie, au Kosovo et en Afghanistan, ils augmentent à nouveau de façon inquiétante.

Les habitants de la région s’inquiètent de ce que personne ne connaisse ni la composition chimique ni les effets sur la santé et l’environnement des munitions testées. D’où vient le manque d’information de la part de la société d’armement et des militaires?

Ils ont raison de s’inquiéter. Le silence des sociétés d’armement et des militaires provient sans doute d’une information rendue publique il y a quelques mois par l’OMS mais qui n’a guère été répercutées par les grands médias. Lors d’une conférence de presse commune, l’OMS et l’AIEA ont fait savoir qu’en 2005, 7,6 millions de personnes dans le monde étaient mortes d’un cancer et que d’ici 2020, ce chiffre aurait doublé, passant à 15 millions. Par la suite, il pourrait atteindre 84 millions par année. Mais ils n’ont pas expliqué clairement à quoi était due cette augmentation. Et j’ajouterai ceci: Il a fallu attendre 60 ans pour que l’avertissement «Fumer peut tuer» soit obligatoire sur tous les paquets de cigarettes. Nous ne pouvons pas attendre aussi longtemps que soient reconnus les dangers des armes à l’uranium.

A la demande du ministère de la Défense, la firme AGECO Environmental Consulting a procédé en juillet 2007 à l’examen du sol de deux zones de tir utilisées par Mecar. L a spectrométrie gamma et l’analyse CIPR n’auraient révélé que de faibles concentrations d’uranium 238 (entre 18 et 35 Bq/kg) lesquelles n’auraient donc pas d’effets sur l’organisme humain. Etes-vous du même avis?

Pas du tout, et la plupart des scientifiques neutres non plus, car on cherche ici à tromper l’opinion. Les analyses telles que celles effectuées par la CIPR (Commission internationale de protection radiologique) reposent sur une mauvaise méthode. Elles mesurent la radioactivité qui reste sur le sol et sur les blindés touchés, qui est effectivement faible et presque sans danger parce que les radiations de l’uranium 238 peuvent être retenues par une simple feuille de papier. Mais il faut tenir compte des nanoparticules céramiques inhalées. En effet, au moment de l’impact d’une munition à l’uranium sur une cible, des millions et des millions de ces particules se répandent dans l’atmosphère. Lorsqu’elles sont inhalées et se fixent dans les poumons, par exemple, elles ne cessent plus d’irradier, comme un soleil, les cellules voisines, lesquelles ne sont pas protégées par une feuille de papier. Maintenant, la méthode CIPR utilisée par AGECO est considérée par l’OTAN et l’Institut [français] de protection et de sûreté nucléaire comme tout à fait inappropriée. C’est ce que vous devriez dire à votre ministre. S’il autorise Mercar, il portera la responsabilité de nombreux décès par cancer. Je ne voudrais pas être à sa place. S’il donne son accord, l’Etat belge devra un jour verser des milliards d’euros de dommages-intérêts aux victimes.

Source: www.netecho.info, 26/04/08  
(Traduction Horizons et débats)

Selon l’article 23 de l’Avis consultatif de la Cour internationale de justice sur la licéité de la menace ou de l’emploi de l’arme nucléaire, la conduite d’opérations militaires est soumise à un ensemble de prescriptions. En effet, l’article 22 de l’Annexe à la Convention de La Haye de 1907 concernant les lois et les coutumes de la guerre sur terre stipule que «les belligérants n’ont pas un droit illimité quant au choix des moyens de nuire à l’ennemi» et interdit d’employer «des armes, des projectiles ou des matières propres à causer des maux superflus». La Déclaration de Saint-Pétersbourg avait déjà condamné l’usage d’armes «qui aggraveraient inutilement les souffrances des hommes mis hors de combat ou rendraient leur mort inévitable». Il est par conséquent évident que le droit de la guerre s’applique aussi bien à la menace qu’à l’utilisation des armes nuclé­aires. Ces armes sont «illimitées» dans leurs effets. Elles aggravent inutilement les souffrances des hommes et des femmes «mis hors de combat» et rendent leur mort inévitable. Les armes nucléaires causent donc des souffrances inutiles. Par conséquent, leur utilisation viole chacun de ces trois principes fondamentaux du droit de la guerre.

D’après Francis A. Boyle, The Criminality of Nuclear Deterrence, Atlanta 2002 (Traduction Horizons et débats)