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Communiqué de presse commun de Swissaid, Pain pour le prochain, Greenpeace et de l’Union suisse des paysans Un changement radical est nécessaire – et possible ! Des organisations paysannes, environnementales et de coopération au développement demandent à la Suisse de réagir Berne/Lausanne, le 21 octobre 2008. L’agriculture mondiale doit devenir écologique et mettre davantage les petits paysans au centre de ses préoccupations. Car l’agriculture industrielle a déjà détruit un tiers des terres cultivables. Ce n’est qu’ainsi qu’on pourra remédier à l’actuelle crise alimentaire et à la faim. Ces recommandations, contenues dans le rapport sur l’agriculture mondiale, doivent être mises rapidement en œuvre par la Suisse par des mesures concrètes. C’est ce que demandent Swissaid, l’Union suisse des paysans, Pain pour le Prochain et Greenpeace. Avec un accent particulier sur l’approvisionnement des marchés régionaux, le renoncement à la technologie génétique ainsi qu’un moratoire sur les agrocarburants. «L’agriculture industrielle qui nécessite une grande quantité d’énergie et de produits chimiques est dépassée. L’agriculture doit devenir plus humaine et durable ». C’est ainsi que Hans Herren, co-président suisse du Conseil mondial de l’agriculture, a résumé mardi, au cours d’une conférence de presse, les résultats du rapport sur l’agriculture mondiale IAASTD1 présenté en avril. «La bonne nouvelle est qu’il est possible de trouver des voies pour sortir de la crise grâce à des techniques agricoles adaptées, une recherche orientée vers la pratique et en tenant compte des savoirs existant au sein des communautés paysannes. » A l’invitation de Swissaid, Pain pour le Prochain, Greenpeace et l’Union suisse des paysans, Hans Herren a présenté les principales recommandations du rapport devant le directeur de l’Office fédéral de l’agriculture (OFAG) Manfred Bötsch et des représentants de la DDC, de l’Office fédéral de l’environ-nement et du SECO. Les faits sont clairs: la libéralisation du commerce, le fait d’avoir négligé l’agriculture et la crise alimentaire qui en a résulté ont dramatiquement porté à quelque 925 millions le nombre de personnes victimes de la faim dans le monde. Il faut maintenant une véritable volonté politique pour s’engager à mettre en œuvre les recommandations du rapport sur l’agriculture mondiale – en Suisse aussi! Ce rapport qui est le fruit du travail mené durant quatre ans par quelque 400 scientifiques et experts internationaux recommande un changement radical de la production agricole mondiale. L’accent ne doit plus être mis en priorité sur une production de masse industrielle, laquelle a déjà détruit un tiers des terres agricoles. On doit désormais se recentrer sur une production agricole paysanne, des méthodes de culture écologiques, orientée vers les marchés régionaux. Pour Swissaid, Pain pour le prochain, Greenpeace et l’Union suisse des paysans, le rapport confirme ce que ces organisations recommandent depuis des années: à savoir une agriculture écologique, durable et paysanne, destinée avant tout à une consommation locale et régionale. Acheter local, de saison et équitable: c’est de cette manière que les consommatrices et les consommateurs suisses peuvent apporter leur contribution pour résoudre la crise alimentaire. Les quatre organisations demandent aux autorités suisses de prendre les mesures concrètes suivantes: • La mise en œuvre du droit à l’alimentation dans le monde entier doit avoir la priorité sur le libre-échange. La Suisse doit apporter une attention toute particulière à cet aspect dans le cadre des accords de libre-échange. • Les accords de libre-échange ne doivent pas nuire au droit de la Suisse à une politique agricole propre, décidée démocratiquement ainsi qu’à sa souveraineté alimentaire. Dans l’autre sens, la Suisse doit également accorder ce droit aux autres Etats. • Par un moratoire de cinq ans sur les importations d'agrocarburants, la Suisse doit tirer les conséquences de la dramatique situation actuelle: le boom des agrocarburants fait de la concurrence à la production de denrées alimentaires, aggrave la faim dans le monde, la dégradation de l’environnement et conduit à des violations des droits humains ainsi qu’à l’expulsion de petits paysans de leurs terres. • Par une prolongation du moratoire sur les OGM, la Suisse doit assurer une production durable, écologique et variée de denrées alimentaires qui soient bonnes pour la santé. •
par Josef Dissler, vice-président de l’Union suisse des paysans, Wolhusen
Les experts du Conseil mondial de l’agriculture demandent une agriculture paysanne multifonctionnelle orientée vers la production durable en lieu et place d’une production de masse industrielle fondée sur les monocultures. N’avez-vous pas aussi le sentiment que ces petits malins considèrent notre agriculture suisse comme un idéal? Pour moi, en tant qu’agriculteur, le Rapport sur l’agriculture mondiale montre surtout une chose: l’agriculture suisse est sur la bonne voie. 98% de nos exploitations remplissent au moins les «prestations écologiques requises» et un bon 10% obéissent aux directives de la production biologique. Certes, dans le domaine de l’écologie, des améliorations sont possibles, mais dans l’ensemble, nous faisons bonne figure. Nos exploitations familiales fournissent, outre des denrées alimentaires durables, des prestations multifonctionnelles pour la communauté. Je songe ici à nos paysages variés et aux régions de montagne de grande valeur touristique. Les familles paysannes contribuent également aux activités économiques et sociales dans les régions rurales. Enfin notre production est adaptée à cent pour cent aux besoins des populations locales. Nous ne produisons pas de marchandises en masse bon marché, mais de la bonne qualité à des prix équitables. Nous produisons aussi des spécialités pour les consommateurs exigeants. Notre marché local demande les deux. Toutefois, notre gouvernement n’est pas satisfait. Il prévoit une autre stratégie pour l’agriculture suisse, notamment dans le cadre du libre-échange agricole planifié avec l’UE. La souveraineté alimentaire et l’approvisionnement de la population passent à l’arrière-plan. L’agriculture suisse doit plutôt satisfaire les envies de luxe des marchés étrangers à fort pouvoir d’achat et en contrepartie la population suisse se voit offrir davantage de produits alimentaires bon marché provenant de l’étranger. Nous voulons que notre agriculture produise pour l’exportation dans des conditions sociales et écologiques strictes, en respectant les animaux, et nous importons souvent des produits étrangers fabriqués dans des conditions de travail discutables et selon des normes laissant à désirer. Ce n’est pas ce que veulent les paysans suisses. Et, il est évident que ce n’est pas la voie proposée par le Rapport du Conseil mondial de l’agriculture. Nous demandons au gouvernement et à l’Administration suisses de lire attentivement ce Rapport et de remettre en question leurs projets concernant l’avenir de notre agriculture. La Suisse, comme tous les autres pays, doit avoir le droit de mener une politique agricole à elle et de produire de la nourriture saine et sûre pour sa population, selon la devise «penser globalement et agir localement».
par Miges Baumann, chef de la politique de développement au sein de «Pain pour le prochain»
Le droit à l’alimentation est un droit humain internationalement reconnu. Mais pour plus de 900 millions d’hommes ce n’est pas plus qu’un vœu pieux. Au début de l’année, les augmentations de prix des aliments de base ont fait descendre dans les rues surtout les pauvres des villes. Les dessous de cette crise ne sont pas nouveaux et ont leur origine dans les décennies de déréglementation des politiques économiques, un délaissement de l’agriculture nationale dans le Sud et le manque de recherches sur le plan de l’agriculture paysanne. Le FMI et la Banque mondiale ont imposé depuis les années 70 des réformes rigoureuses en faveur de la libéralisation et d’une adaptation structurelle, renforcées par les règles de l’OMC et des accords de libre-échange et d’investissements. Beaucoup de pays en développement ont dû par conséquent abandonner d’importants instruments de protection de leur agriculture et de stabilisation des prix. Ils ont été forcés à ouvrir leurs marchés, à permettre aux investisseurs étrangers l’accès au pays et à dissoudre les stocks stratégiques de denrées alimentaires. Cela a ouvert toute grande la porte à l’industrie agroalimentaire mondialisée et aux affaires spéculatives dans les matières premières et les finances. Les marchés locaux sont submergés par des produits agricoles subventionnés en provenance des pays industrialisés. Au lieu de produire des denrées alimentaires pour les marchés locaux, on produit des produits agricoles et des matières premières pour les pays industrialisés. Ainsi environ 70% de tous les pays en voie de développement sont devenus des importateurs net de denrées alimentaires et sont absolument à la merci des prix du marché mondial. Ensemble avec beaucoup d’autres organisations, «Pain pour le prochain» se porte garant que le droit de l’homme à l’alimentation ait la priorité devant le libre-échange. Les pays particuliers doivent être en mesure de garantir la sécurité alimentaire et l’autosuffisance par des mesures appropriées. • La Suisse reconnaît l’universalité et l’impartialité des droits humains. Par conséquent, elle doit déployer toutes ses forces – sur le plan national et international – afin que les droits humains économiques, sociaux et culturels et en particulier le droit à l’alimentation puissent être imposés. • Les traités de libre-échange ne doivent pas miner le droit à une politique agricole démocratique et propre au pays. Ce droit vaut pour tous les pays (aussi pour la Suisse). Par conséquent la Suisse doit également respecter ce droit envers les autres Etats – par exemple lors des négociations de traités de commerce bilatéraux, qui se font en ce moment avec l’Inde. La Suisse doit faire valoir son influence et son droit de vote dans les organisations financières internationales et dans l’OMC en faveur du droit à l’alimentation.
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