Un espoir de sécurité alimentaire pour tous
par Eva-Maria Föllmer et Henriette Hanke Güttinger
Une manifestation organisée par SWISSAID, Pain pour le prochain, Greenpeace et l’Union suisse des paysans a eu lieu à Berne le 21 octobre dernier. Elle était consacrée à la présentation du Rapport sur l’agriculture mondiale (Evaluation internationale des connaissances, des sciences et des technologies agricoles pour le développement / IAASTD) commandé par l’ONU et la Banque mondiale et élaboré par quelque 400 scientifiques et experts internationaux, rapport déjà rendu public en avril à Johannesburg. Ce texte de 2000 pages a été adopté par 60 gouvernements dont la Suisse. La question générale était la suivante: Comment pouvons-nous réduire la faim et la pauvreté, améliorer la vie des paysans, encourager un développement durable social et économique qui soit équitable et écologique en recourant au savoir agricole, à la science et à la technologie? Ce qui est remarquable, c’est que les experts du Nord prospère y aient collaboré de manière bénévole. La Suisse, à travers la Direction du développement et de la coopération (DDC), a apporté une contribution importante à ce travail grâce à un soutien financier important et à la mise à disposition de quatre collaborateurs. Les résultats du Rapport sont littéralement révolutionnaires. En effet, les auteurs proposent des moyens réalistes de vaincre la faim dans le monde. Ils demandent d’abandonner l’agriculture industrielle orientée vers le profit et fondée sur les pesticides, les engrais chimiques à haut rendement et le génie génétique au profit d’une agriculture centrée sur le renforcement des petites structures de production agricole et des modes de culture écologiques. Le professeur Hans Hurni, de l’Université de Berne, un des principaux auteurs du Rapport, a fait un exposé sur l’importance des petites exploitations pour l’alimentation de l’humanité. Selon lui, la production mondiale de denrées alimentaires est réalisée aujourd’hui déjà à 40% par des petits paysans. Si l’on créait pour eux des conditions cadres appropriées, ils pourraient multiplier leur production par deux, voire par trois et fournir ainsi les marchés locaux et régionaux de manière suffisante. Cela contribuerait de manière importante à la solution du problème de la faim dans le monde. Hans Herren, co-président suisse du Conseil mondial de l’agriculture, a résumé le Rapport de la manière suivante: «La production industrielle, qui consomme énormément d’énergie et utilise une abondance de produits chimiques, n’est plus d’actualité. L’agriculture doit devenir plus humaine et plus durable. […] La bonne nouvelle est que des techniques de culture adaptées, des recherches orientées vers la pratique et le savoir des familles paysannes permettent de sortir de la crise.» Il a ajouté que les paysans doivent être appréciés à leur juste valeur et rémunérés de manière appropriée pour leur contribution agricole, écologique, sociale et culturelle («multifonctionnalité»). En outre, il faut enfin investir davantage dans l’agriculture: Un franc investi en rapportera quatre si l’on s’y prend correctement. Ensuite, des représentants de l’Office fédéral de l’agriculture (OFAG), de l’Office fédéral de l’environnement (OFEV), de la DDC et du Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco) on discuté avec les quelque 200 participants de la contribution de la Suisse au Rapport qu’ils approuvent. Mais, selon SWISSAID, «il s’est bientôt avéré que l’unanimité n’allait pas au-delà de l’estrade. Les paysannes et paysans suisses présents montrèrent, par leurs nombreuses questions critiques, que la politique agricole réelle correspondait encore trop peu aux idées du Rapport. Il s’agit maintenant, en Suisse et dans le monde, de manifester la volonté politique d’appliquer à l’échelle des pays les propositions du Rapport. Dans son article, Benedikt Haerlin, membre du Bureau de l’IAASTD, résume le Rapport. •
ef. C’est en 2002 que l’International Assessment of Agricultural Knowledge, Science and Technology of Development (IAASTD) [Evaluation internationale des sciences et technologies agricoles au service du développement (EISTAD)], ou «Conseil mondial de l’agriculture» a été fondé lors du Sommet mondial sur le développement durable de Johannesburg. Le travail de l’IAASTD avait été demandé par la Banque mondiale, l’ONU et différents représentants de gouvernements, de la société civile, du secteur privé et d’institutions de recherche du monde entier. Le Secrétaire général de l’ONU de l’époque, Kofi Annan, y avait apporté son soutien en décembre 2003. Outre l’ONU et la Banque mondiale, les pays suivants y ont participé financièrement: USA, Australie, Canada, France, Grande-Bretagne, Irlande, Suède et Suisse ainsi que l’UE. Les firmes agrochimiques Monsanto, Syngenta et BASF se sont retirées avant la fin des travaux en raison des critiques formulées à l’encontre du génie génétique. Les Etats-Unis, le Canada et l’Australie n’ont pas signé le rapport final à cause de la critique de l’ouverture trop rapide des marchés.
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