| Horizons et débats > 2009 > N°22, 8 juin 2009 > Pour un système de santé international honnête, transparent et équitable | [Imprimer] |
Pour un système de santé international honnête, transparent et équitableUne interview du Dr Siti Fadilah Supari, Ministre indonésienne de la Santéef. En 2007, le Ministère indonésien de la Santé annonçait publiquement qu’il ne fournirait plus au Réseau mondial de l’OMS pour la surveillance de la grippe (GISN) de virus de la grippe aviaire, parce que celui-ci ne prenait pas en compte les intérêts et les besoins des pays en développement. Le Dr Siti Fadilah Supari, Ministre indonésienne de la Santé, avait découvert que l’OMS, relativement à l’échange des virus, suivait ses propres règles et appliquait un double standard, puisque le GISN lui fournit des virus grippaux en provenance des pays atteints et les transmet ensuite à des firmes qui mettent au point des vaccins. Or ces vaccins sont beaucoup trop chers pour que les pays atteints par la grippe puissent les acheter, alors que les pays industrialisés font des réserves en vue d’une éventuelle pandémie. Le Dr Supari a eu le mérite de porter ce problème devant l’opinion publique mondiale dans son livre «It’s time for the world to change »(cf. Horizons et débats n° 16 du 27/04/09). Horizons et débats: Quelles réactions a suscitées votre livre «It’s time for the world to change»?Et qu’est-ce qui s’est fait depuis sa parution? Dr Supari: Mon livre a retenu l’attention dans le monde entier après la critique qui en a été faite dans un journal australien par un journaliste de Sidney. Il prétendait que j’accusais l’Organisation mondiale de la santé (OMS) de complot et de mettre au point une arme biologique, bien que une telle accusation n’apparaisse nulle part dans mon livre. Cette critique a fait beaucoup parler, directement et indirectement. Certains étaient d’accord, d’autres sceptiques. En outre, beaucoup me condamnèrent docilement sans avoir lu mon livre. A ce moment-là, j’étais très préoccupée que ces accusations ont été lancées contre moi bien qu’elles étaient tout à fait injustifiées au regard du contenu de mon livre. Quels sont cette année de votre point de vue, celui de l’Indonésie, les sujets les plus importants pour l’Assemblée mondiale de la Santé? Cette année, le sujet le plus important était les retombées de la crise économique et financière sur la santé publique. Mais de mon point de vue, le plus important était la pandémie de grippe H1N1 partie du Mexique, qui m’a montré clairement que les problèmes auraient pu être évités si l’on avait appliqué trois principes: honnêteté, transparence, équité. Et il faut soulever cette question? Oui, parce qu’il est très important d’avoir des droits sur le nom. Si la souche est indonésienne, l’Indonésie a des droits sur le virus. Si quelqu’un veut mettre au point un vaccin contre ce virus, il doit avoir l’accord de l’Indonésie. Certains prétendent que la grippe porcine est une grippe tout à fait ordinaire, une nouvelle forme qui vient d’apparaître. C’est évident. C’est tout simplement une grippe de type A. Cela avance-t-il, après votre grand succès de 2007? Dans le cadre des discussions IGM, nous avons atteint environ 85% des objectifs que je m’étais fixés relativement aux mécanismes internes de l’OMS. Mais alors que ce processus était en cours, le H1N1 est arrivé… Au cours de la séance de ce matin à l’Assemblée, la plupart des orateurs ont évoqué la nécessité de transparence et d’équité «pour tous les pays». C’est un nouveau langage, et je suis convaincue que ce sont les fruits de votre travail. Il était évident que tous les pays voulaient cela. Oui. Mais jusqu’à aujourd’hui l’OMS n’a pas pris de mesures de santé publique claires et intégrées pour affronter une future pandémie. On devrait disposer de mesures de santé publique cohérentes, par exemple la garantie d’accès, à des prix abordables, aux antiviraux, vaccins et autres moyens de protection nécessaires, tels que les masques etc. Quels sont les pays qui apportent leur soutien à l’Indonésie? La majorité des Etats membres participant à l’IGM-PIP sont derrière l’Indonésie, comme il s’est avéré en décembre 2008, puis les 14 et 15 mai durant la 62e Assemblée mondiale de la Santé. Les plus favorables sont les membres de la SEARO (Organisation régionale d’Asie du Sud-Est) et de l’ASEAN (Association des pays d’Asie du Sud-Est), ainsi que la plupart des pays non-alignés. C’est à dire la majorité des Etats membres. Selon la Charte de l’OMS «toute inégalité entre les pays dans les efforts pour améliorer l’état sanitaire et combattre les maladies, en particulier contagieuses, constitue un danger pour tout le monde». Et dans l’article 1 il est dit que «[…] l’objectif de l’Organisation mondiale de la santé […] est de permettre à tous les peuples d’accéder au meilleur état sanitaire possible.» A mon avis, que tous les membres de L’OMS, en particulier les pays développés, aient véritablement la volonté de s’engager pour créer un système équitable, transparent et égalitaire. Ces principes font certes partie des règles de l’OMS, mais ils ne sont pas mis en pratique. Que peuvent faire les Occidentaux de bonne volonté pour soutenir vos efforts? Appeler leurs gouvernements à soutenir ceux qui œuvrent à la conclusion du SMTA (Accord sur les standards de transfert de matériel, qui réglemente le transfert de matériel biologique) et à l’établissement d’un système équitable, transparent et honnête d’échange des virus, garantissant le «benefit sharing» au pays d’origine du virus – ceci est très important pour le Mexique – ainsi que la traçabilité des utilisations du virus et l’instauration de mécanismes de contrôle tels que forums, médias, pétitions. Quand l’Indonésie a cessé d’envoyer ses virus à l’OMS, il a été dit, entre autres, qu’il n’y avait pas de souveraineté sur les virus, que ceux-ci ne s’arrêtent pas aux frontières. Quand j’envoie la souche sans savoir où elle va atterrir, c’est plus dangereux que le virus lui-même. Dans mon pays on conserve la souche dans un endroit sûr, très sûr. L’Indonésie est un grand pays, avec de nombreux scientifiques qui conservent le virus. Mais si j’expédie cette souche sans savoir où elle va atterrir, c’est extrêmement dangereux. Nous conservons la souche chez nous parce qu’il peut se passer beaucoup de choses. Et mon combat dure maintenant depuis trois ans, comme vous le savez. A l’heure actuelle, la souche indonésienne du H5N1 se trouve dans mon pays, et nulle part ailleurs. Et nous avons désormais extrêmement peu de cas. Et nous sommes tout aussi capables que d’autres pays d’effectuer des recherches sur ce virus. Et jusqu’à présent nous n’avons pas constaté de mutation de la souche indonésienne du H5N1. Pourquoi les USA voudraient-ils tant avoir votre virus? Je ne le sais pas au juste. S’ils veulent notre souche, ils peuvent nous contacter, face à face – transparence. Qu’ils s’adressent à mon pays, nous discuterons, nous leur demanderons: Pourquoi avez-vous besoin de ce virus, que voulez-vous en faire? Cela sera-t-il profitable à mon pays et à mon peuple? Nous serons au même niveau – égalité. Merci beaucoup, Dr Supari, pour cette interview. • La prise de conscience des pays asiatiquesthk. Ce que Kishore Mahbubani expose de façon convaincante dans son livre «Le retour de l’Asie», l’impressionnante Ministre indonésienne de la Santé, le Dr Siti Fadilah Supari, ne fait que le confirmer. Les pays en développement, en ce cas asiatiques, en ont assez d’être tenus en lisières par les nations industrialisées, qui leur prescrivent dans toutes les instances internationales ce qu’ils doivent faire. |
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