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2 septembre 2010
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Horizons et débats  >  2009  >  N°24, 22 juin 2009  >  Les terres agricoles des pays pauvres sont très convoitées [Imprimer]

Les terres agricoles des pays pauvres sont très convoitées

par Stephen Leahy, InfoSüd/IPS

Selon Joachim von Braun, directeur de l’Institut international de recherche sur les politiques alimentaires» (IFPRI),* en Afrique et en Amérique latine, plus de 20 millions d’hectares de terres agricoles ont été acquises par des sociétés et des gouvernements étrangers. Il s’agit là d’un «accaparement de terres» qui est monté en flèche depuis la crise alimentaire de l’année dernière. Les pays riches à court de terres agricoles ou d’eau cherchent à se procurer des terres agricoles ailleurs afin d’assurer la sécurité alimentaire de leur population. Ces marchés manquent considérablement de transparence.
Selon l’étude de l’IFPRI intitulée «Land Grabbing by Foreign Investors in Developing Countries», de Joachim von Braun et Ruth Meinzen-Dick, présentée la semaine dernière, entre 15 et 20 millions d’hectares ont été achetés ou sont sur le point de l’être, ce qui, représente 25% de la totalité des terres agricoles d’Europe. Comme il est difficile d’obtenir des chiffres précis – l’étude se fonde essentiellement sur des communiqués de presse – l’IFPRI estime prudemment que ces marchés représentent entre 20 et 30 milliards de dollars investis essentiellement en Afrique par la Chine, la Corée du Sud, l’Inde et les Etats du Golfe. Environ un quart de ces terres sont consacrées à la culture de végétaux destinés à la production d’agrocarburants.
Il y a 10 ans que la Chine loue des terres cultivables pour la production d’aliments à Cuba et au Mexique et elle possède en Afrique d’importantes holdings qui négocient des contrats portant sur des millions d’hectares en République démocratique du Congo, en Zambie, au Zimbabwe, en Ouganda et en Tanzanie. Des milliers d’ouvriers chinois y ont été envoyés pour exploiter ces terres.

Acquisitions et concessions dans des régions en crise

A Madagascar, le géant coréen Daewoo Logistics Corporation a signé un contrat de bail de 1,3 million d’hectares destinés à la culture de maïs et d’éléis (dont on tire l’huile de palme) qui a joué un rôle déterminant dans les conflits politiques ayant conduit au récent renversement du gouvernement.
Au Malawi, un pays extrêmement pauvre, l’investisseur britannique Cru Investment Management s’est procuré de vastes superficies cultivables dans la perspective de profits juteux.
Dans le sud du Soudan, le banquier d’investissement américain Philippe Heilberg s’est procuré 4000 km2 de terres avec l’aide d’un seigneur de la guerre de triste réputation.
Le gouvernement du Congo-Brazzaville va céder à des fermiers blancs d’origine sud-africaine 10 millions d’hectares.
L’an dernier, l’Arabie saoudite a signé de nombreux contrats avec le Pakistan. Le Qatar possède des terres agricoles en Indonésie, aux Philippines, au Bahreïn, au Koweït et en Birmanie.

Un grand marché gris et des transactions non contrôlées

En raison du manque de transparence des marchés privés, le chiffre actuel des contrats dépasse de loin les estimations de l’IFPRI, déclare Devlin Kuyek, chercheur de GRAIN, une ONG vouée aux questions agricoles et basée à Barcelone. Il accuse les pays riches de pratiquer le néocolonialisme en exploitant les terres, le soleil et l’eau des pays pauvres, pour assurer l’approvisionnement de leur population. Derrière cette délocalisation de la production alimentaire vers les pays pauvres se cache la volonté de plusieurs pays de ne plus être tributaires des grandes multinationales agroalimentaires.
Le problème est cependant que, depuis la crise financière mondiale et la dégringolade des prix internationaux du pétrole et des matières premières, les terres agricoles sont utilisées comme des placements de capitaux. Le fait qu’actuellement les deux plus grandes entreprises chinoises d’élevage de porcs appartiennent à l’investisseur Goldman Sachs rend dépendants les éleveurs et les paysans.

Danger pour les petits paysans, les bergers et les autochtones

Mais le sort de centaines de milliers de petits paysans, de bergers et d’autochtones est encore pire, car ils ne possèdent pas de titres de propriété et risquent de se faire expulser de leurs terres. Selon Ruth Meinzen-Dick, chercheuse à l’IFPRI, les étrangers ne recon­naissent pas le droit coutumier. La communauté internationale devrait mettre en place un code de conduite qui reconnaisse les droits de propriété des autochtones, garantisse la transparence, partage les bénéfices, encourage une production respectueuse de l’environnement et assure la sécurité alimentaire de la population locale.
Pour Joachim von Braun, les investissements étrangers dans les pays pauvres peuvent avoir des aspects positifs. Ils pourraient leur procurer les capitaux dont ils ont un besoin urgent pour développer leurs infrastructures et la recherche agricole. En Afrique, la Chine a déjà mis en place plusieurs centres de recherches pour trouver des moyens d’augmenter la productivité de la culture du riz et des céréales.

Les terres agricoles: un placement de capitaux

Devlin Kuyek, expert de GRAIN, est d’un autre avis: «Ces investissements n’ont pas pour objectif de développer l’agriculture mais de faire des profits et d’approvisionner les marchés». C’est aussi l’avis de Janice Jiggins, de l’Institut international pour l’environnement et le développement (IIED): Des établissements financiers tels que la Rabobank néerlandaise participent à ce commerce de terres agricoles.    •
(Traduction Horizons et débats)

*    IFPRI: Interantional Food Policy Research Institute, www.ifpri.org/pubs/pb/bp013.pdf