Education aux valeurs dans la famille et les écoles, contrepoids aux effets destructeurs de la violence médiatique
par Rudi et Renate Hänsel
Exposé présenté au congrès «Werteerziehung, Lebenserfolg, audiovisuelle Medien. Zum Problem der Mediatisierung der Kindheit» (Education aux valeurs, réussite dans la vie, médias audiovisuels et médiatisation de l’enfance), Berlin, 19 octobre 2009*
Nous montrerons que la formation du caractère est toujours liée à la formation de valeurs. Il n’y a ni développement ni éducation sans valeurs. Ensuite nous attirerons l’attention sur les conséquences psychosociales désastreuses des représentations de la violence dans les médias audiovisuels qui transmettent à nos enfants et adolescents une série de non-valeurs amorales et asociales, incompatibles avec les valeurs d’un monde civilisé. Ces non-valeurs transmises au moyen de l’image, du langage et de l’interactivité, par exemple l’hostilité et le pouvoir, représentent pour un nombre de plus en plus grand d’enfants et d’adolescents des repères pour leurs attitudes et leurs comportements, c’est-à-dire pour leurs émotions, leurs pensées et leurs actions, pour la formation de leur caractère. L’ampleur actuelle de la délinquance infantile et juvénile dans beaucoup de pays européens représente une catastrophe pour la société: des émeutes de jeunes qui ressemblent à des guerres civiles en Grande-Bretagne, aux Pays-Bas, au Danemark, en Suède, en Grèce en France et en Allemagne. D’après une étude de l’Institut de criminologie de l’Université de Zurich du mois d’août 2009 («Jugenddelinquenz im Kanton St.Gallen»), en Suisse également, à peu près un adolescent de 15 à 16 ans sur trois a subi des violences et environ 25% ont commis eux-mêmes des actes de violence. L’étude a été commandée par le canton de Saint-Gall pour améliorer les mesures de prévention. L’ampleur de ces expériences d’auteurs et de victimes de violences a surpris tout le monde. Afin que les médias électroniques ne renforcent pas leur propension à la violence, les adolescents doivent apprendre à distinguer entre ce qui est raisonnable et ce qui ne l’est pas, apprendre à utiliser les médias de manière raisonnable. Comment les parents et les enseignants peuvent-ils initier ce processus? De nos jours, les adolescents n’acceptent guère que les adultes leur interdisent quelque chose et pour leur future profession, ils doivent savoir se servir d’un ordinateur. Notre idée de départ est la suivante: Si de tels processus d’apprentissage ont lieu sur un fond de valeurs éthiques, les adolescents sauront utiliser les médias de façon constructive. Et ces valeurs doivent être apportées par la famille tout d’abord, puis renforcées et imposées systématiquement par les institutions telles que le jardin d’enfants et l’école. Notre longue expérience de parents et d’enseignants nous a appris que ces efforts ne servent à rien si nous ne réussissons pas à détourner la jeunesse des comportements destructeurs et à les amener à coopérer avec leurs semblables. Nous consacrerons une grande partie de notre exposé à aborder cette question sous l’angle de la pratique.
1. Les valeurs s’apprennent au travers des rapports humains
L’être humain est capable de discerner entre le bien et le mal, de déterminer des valeurs, de créer de la culture et de développer une éthique. Le principe fondamental auquel toutes les valeurs doivent répondre est que «toute activité doit servir l’humanité (c’est-à-dire le développement de l’être humain, la protection et la dignité de l’individu et de l’humanité)». (Werner Wiater)
Les valeurs s’apprennent
Le développement affectif et intellectuel de l’enfant se fait dès la naissance dans les échanges au sein de la famille et plus tard avec les personnes de son entourage plus ou moins large. C’est là que commence la formation de la conscience morale et du comportement éthique. Ces processus d’apprentissage se basent sur quelques prédispositions (Nous nous référons ici au pédagogue Werner Wiater qui a décrit le processus de développement des valeurs de façon très claire.): «L’être humain est capable de manière innée de ressentir ses actions comme agréables ou douloureuses.» De plus, la nature l’a doté de la faculté d’«évaluer si ses actions sont couronnées de succès ou non. C’est une nécessité vitale, car sans cela il ne pourrait atteindre aucun objectif.» Le petit enfant montre déjà dans ses réactions des formes élémentaires de pensée logique. Ainsi les conditions sont données pour qu’il développe l’appréciation de ce qui est sensé ou dépourvu de sens, de ce qui lui est nuisible ou favorable, de ce qui est bien ou mal. Au cours de sa vie, chaque être humain acquiert au travers des interactions avec son entourage spécifique «une organisation tout à fait personnelle de comportements, de traits de caractère, de compétences et d’images de soi ainsi que des valeurs». «Ce sont surtout les expériences personnelles en matière de socialisation qui permettent à l’enfant de savoir quelles normes et valeurs se révèlent décisives pour le comportement et quelles aptitudes sont utiles et nécessaires.» Dans ce processus de développement de la personnalité, nous éducateurs jouons un rôle primordial car nous sommes les partenaires d’interaction des enfants et des adolescents et nous formons leur contexte d’apprentissage. Nous sommes donc non seulement responsables des valeurs que nous leur enseignons mais aussi de leur assimilation pour qu’elles déterminent leur pensée, leurs émotions et leurs actions.
Transmission des valeurs éthiques dans le processus éducatif
Nous avons une idée de ce que nos enfants doivent devenir pour qu’une vie en société constructive soit possible. Nous souhaitons que le jeune être humain se comporte convenablement, qu’il se réjouisse de contribuer à la réussite de la vie familiale. Il devrait pouvoir se rendre utile quand c’est nécessaire, mettre la main à la pâte et apporter son aide. Il devrait accepter notre aide et nos conseils. Il devrait participer aux discussions des adultes à propos de la famille, de la commune et du monde en écoutant, en réfléchissant, en s’intéressant, en posant des questions et en faisant lui-même des propositions. Nous voudrions qu’il résolve les conflits de manière pacifique, c’est-à-dire sans violence. Et il devrait s’engager en faveur de la justice. En un mot, nous voulons qu’il devienne quelqu’un qui, avec son prochain, participe de manière constructive à la vie communautaire, qu’il adhère de tout son être aux valeurs telles que la paix, la non-violence, la fraternité et la responsabilité. C’est pourquoi nous lui inculquons des comportements désirables et les renforçons, que nous sanctionnons les comportements socialement indésirables. Nous lui faisons clairement comprendre que tel ou tel comportement est nuisible pour lui-même et pour les autres. Plus l’enfant grandit et est capable de les comprendre, plus nous justifions nos sanctions. Comme tous les comportements de l’enfant, même ses émotions et ses pensées, sont dirigés vers un but, nous éducateurs avons en main un instrument avec lequel nous pouvons l’aider à développer son caractère et lui donner des repères. L’enfant cherche à être reconnu et approuvé et évite les réactions négatives de l’éducateur. Les recherches sur les styles éducatifs (Diana Baumrind) ont montré que les enfants développent plutôt des comportements prosociaux lorsqu’ils sont guidés de cette manière, qu’on a des exigences correspondant à leur âge et que le contrôle est réfléchi et conséquent. Baumrind appelle cela le «style éducatif démocratique».
2. Comment les médias audiovisuels interviennent-ils dans ce processus de formation de valeurs et du caractère?
Nous savons tous que les médias électroniques sont les éducateurs secrets et inquiétants qui agissent dans nos familles et dans nos écoles, voire dans toute notre société. Leur influence sur la formation des valeurs et du caractère est puissante et elle n’est pas sans conséquences. Ils apprennent aux enfants et aux adolescents – et d’ailleurs aussi à beaucoup d’adultes – une série de non-valeurs amorales et asociales diamétralement opposées à celles transmises par les parents et les enseignants et incompatibles avec les convictions de base d’un monde humain et civilisé.
Les tâches de la vie demandent des efforts considérables aux adolescents
Les enfants et surtout les adolescents se trouvent dans chaque phase de leur vie face à de multiples exigences: L’enfant, au jardin d’enfants, quitte le cadre familial pour une demi-journée afin de s’intégrer à une nouvelle communauté faite de camarades pour la plupart inconnus et d’obéir aux exigences d’une autre personne que les parents. Cela vaut aussi pour l’écolier. Pour lui, l’entrée dans une nouvelle communauté d’enfants du même âge, l’apprentissage des lettres et des chiffres etc. représentent des tâches affectives et comportementales. Lorsque la puberté arrive et que l’adolescence s’installe, les jeunes se trouvent face à de nouveaux défis qui devraient cependant être faciles à surmonter. Ils veulent prouver qu’ils ne sont plus des enfants, mais ils ne sont pas encore à l’aise dans le monde des adultes. Les uns manquent d’assurance dans leur relation avec l’autre sexe, d’autres pas. Les exigences du travail scolaire donnent aussi du fil à retordre à certains. Il y en a qui rêvent de mettre leur cahier de mots latins sous leur oreiller dans l’espoir de savoir tous les mots le lendemain. Lorsque l’un d’eux ne s’entend pas avec un de ses camarades de classe, que celui-ci l’énerve parce qu’il a de meilleures notes ou qu’il lui a soufflé sa petite amie, il peut éprouver une blessure narcissique. Dans sa classe ou dans sa bande de jeunes, il voudrait être un autre, le plus grand, le meilleur élève, le meilleur sportif, ou celui que les filles préfèrent. Souvent il suffirait d’un peu de prudence et de persévérance pour développer peu à peu ces compétences. Cependant beaucoup de jeunes hypersensibles se butent face aux critiques et aux mesures restrictives des adultes.
Le rôle destructeur des médias électroniques
Lors d’un échec de l’adolescent face à un problème de la vie, une perte d’estime de soi peut provoquer chez lui une déviance, un fort désir de pouvoir et de reconnaissance qui peut être apparemment assouvi grâce aux médias électroniques. L’«american way of life» nous a apporté tout un éventail de jeux électroniques dont nous avons tardé à analyser le contenu. Ils n’enseignent pas de valeurs constructives aux adolescents mais renforcent leur manque d’assurance ou de courage et leurs angoisses. Ils les isolent du monde qui les entoure tout en leur faisant miroiter une «communauté de joueurs» des clans, une pseudo-communauté dans laquelle ne peuvent pas naître de vraies relations humaines de confiance, d’amitié, d’entraide mais où règne une concurrence sans merci et où prédominent des traits masculins tels que les attitudes «cool», l’agressivité, le sadisme, la puissance. L’adolescent croit avoir une centaine de nouveaux amis et ne comprend pas pourquoi il éprouve une telle solitude et un tel vide affectif. Les sentiments de faiblesse et d’infériorité qui le tracassent le matin à l’école, l’après-midi devant son ordinateur, ont apparemment disparu. Dans son monde virtuel, tous ses problèmes trouvent leur solution en un clic de souris. Alors, toutes les critiques de ses parents et de ses enseignants cessent d’être vraies. Il est bien un Superman, un «nationbuilder», un antiterroriste, un général qui peut doter des armées entières d’armes nucléaires, il se croit Dieu, il peut décider de la vie et de la mort. En réalité, il cesse de développer son caractère, comme le toxicomane, il reste prisonnier de ses sentiments d’infériorité, il régresse et s’entraîne à la violence. Il s’agit toujours de tuer, de massacrer, de poursuivre les méchants, de les torturer, de les tuer par traîtrise, de les faire rôtir sur le gril et de les anéantir au lance-flammes. Dans des jeux moins brutaux, il se voit dominer tous les hommes. Deus ex machina, il déplace des peuples, il fait faire des guerres. Le jeune qui n’accepte pas les défis de la vie réelle, qui les évite, trouve dans les jeux en ligne une échappatoire idéale, une compensation à ses sentiments d’insuffisance, une satisfaction rapide de ses besoins. Ses besoins sexuels sont gravement pervertis par la pornographie et il s’habitue à vivre ses fantasmes sur Internet comme l’a fait par exemple le forcené de Winnenden. En réalité, la «pornographisation de la vie quotidienne» (L. Kusano) prive les jeunes de ce qu’il y a de plus beau: l’amour et la tendresse. C’est un crime envers la jeunesse. Le médiologue Werner Glogauer a écrit à ce sujet un chapitre de notre livre: «Comment la pornographie fait des enfants et des adolescents des délinquants sexuels.» La musique des jeunes également – surtout le hip-hop – n’évoque dans ses textes que la violence, le crime, la drogue, la pornographie, la haine et l’intolérance. Les textes du gangsta-rap tournent autour de la violence, des armes, du trafic de drogue et de la vie brutale dans les banlieues des grandes villes où l’on n’a pas d’égards pour les autres et où l’on ne protège que sa propre bande. L’Autorité fédérale [allemande] de surveillance des médias représentant un danger pour la jeunesse les a jugés «dangereux pour la jeunesse» parce qu’ils sont sexistes, homophobes et qu’ils font l’apologie de la violence. (Udo Ulfkotte) Selon les recherches de spécialistes sérieux des médias audiovisuels, plus les images, le langage et les actions de ces médias sont violents et plus les enfants les consomment tôt et souvent, plus dévastatrices en sont les conséquences pour le développement du caractère des jeunes. (En ce qui concerne les études longitudinales allemandes sur les effets d’une consommation excessive de violence médiatique sur la délinquance juvénile et la criminalité adulte, cf. notamment Hopf et al.: Media Violence and Youth Violence, A 2-Year Longitudinal Study In: Journal of Media Psychology, 2008, Vol. 20 (3): 79–96)
En résumé
La grande majorité des chercheurs internationaux sur les effets des médias et des criminologues concluent que la violence médiatique – et la majeure partie des jeux vidéos auxquels se livrent les adolescents aujourd’hui, qui contiennent de la violence à différents degrés – contribuent puissamment à la genèse de la délinquance juvénile et de la criminalité des adultes par leur influence sur les émotions, les pensées, les attitudes à l’égard de l’hostilité, des fantasmes de pouvoir, de l’esprit de vengeance et de la violence. Cela veut dire que ces contenus transmis par les médias électroniques ont une influence extrêmement néfaste sur la formation du caractère et les valeurs des adolescents. Ainsi, la plupart des contenus des médias audiovisuels consommés par les jeunes sont diamétralement opposés à l’engagement en faveur de la paix, objectif éthique de l’éducation et de la société et le relèguent à l’arrière-plan. Ils font que la violence est utilisée de plus en plus facilement par les individus et les peuples. De là à supposer que c’est un moyen de préparer les jeunes aux guerres de plus en plus fréquentes dans le monde, il n’y a qu’un pas.
3. Que peuvent faire les parents, les éducateurs, les enseignants, etc?
Nous éducateurs ne laisserons pas les grandes puissances décider des valeurs à inculquer à notre jeunesse si nous voulons en faire des citoyens responsables. La trop grande importance que nous avons, ces dernières décennies, accordée à l’«épanouissement personnel», au plaisir comme seul objectif dans la vie, et notre silence à propos des comportements destructeurs et égoïstes ont fait de beaucoup d’adolescents des égocentriques indifférents aux problèmes de leurs semblables. Dans l’éducation, aujourd’hui, l’accent doit être mis sur d’autres objectifs, c’est-à-dire l’altruisme, le sens des responsabilités et l’engagement en faveur du bien commun.
C’est en agissant que l’on développe les valeurs sociales
Pour que les adolescents affermissent leurs valeurs sociales, il faut qu’ils agissent positivement et éprouvent une satisfaction que leur procure la gratitude d’autrui. Les leçons de morale ont peu d’effet. Les tout petits enfants peuvent déjà apporter leur contribution au bien commun si nous leur faisons confiance et si nous considérons cela comme une évidence, que ce soit au sein de la famille, en classe ou à l’échelle de la commune. L’estime de soi de l’enfant sera renforcée par l’aide qu’il apporte aux travaux ménagers. («Notre famille fonctionne et j’y contribue.») La petite fille de quatre ans d’un collègue sait déjà par exemple préparer une très bonne vinaigrette et elle en est très fière. Dans un autre ménage ami, les filles ont l’habitude d’apporter à leur grand-mère très âgée qui habite chez eux un bol de compote après le dîner et une fois par semaine elles rendent visite à une voisine malade, lui font un gâteau ou lui apportent un bouquet de fleurs qu’elles ont cueillies. Nous devons apprendre à nos enfants que la famille ne se limite pas au père et à la mère. Il va de soi que nous ne devons pas leur faciliter chaque effort en les couvant. Dans une famille africaine que nous connaissons, chaque enfant a sa tâche dans le ménage: L’un est responsable de la lessive, un autre de la cuisine, un autre des courses et deux s’occupent des plus petits. Dans notre commune, les écoliers récoltent régulièrement, avec un agriculteur retraité possédant un tracteur et une remorque, le vieux papier dont nous déposons les paquets devant nos portes. Cela leur plaît beaucoup, et pas seulement parce qu’ils n’ont pas école pendant ce temps. Grâce à leur travail, le village est propre et cela épargne aux personnes âgées le déplacement vers le conteneur à papier. Ces activités d’entraide donnent aux enfants fierté et assurance de manière réaliste, elles consolident les aspects positifs de leur personnalité. Dans la vie de l’adolescent, des valeurs positives peuvent également être développées et consolidées aux travers des échanges avec les parents et les enseignants. Nous connaissons des adolescents, dans notre commune, qui apprennent dans des cours de premiers secours des valeurs telles que la fiabilité, l’entraide, la solidarité, l’attention à autrui, le travail bien fait. Ils participent à ces cours de leur plein gré et ne reçoivent pas d’argent, mais ils rendent service. Ils sont motivés par un sentiment de compassion, par l’idée qu’ils s’engagent en faveur de valeurs éthiques importantes. Le sentiment d’être utiles les rend plus forts. Un garçon de 14 ans a déclaré, après avoir pelleté de la boue pendant trois semaines dans une région inondée: «Ça a été la plus belle période de ma vie!» L’engagement en tant que secouriste auprès de la Croix-Rouge Jeunesse ou comme pompier bénévole signifient aventure et fierté de faire quelque chose de constructif. Si un père dit à son fils: «Je voudrais faire quelque chose pour la commune, je vais m’engager comme sapeur-pompier volontaire; est-ce que tu aimerais venir avec moi?», il rencontrera sûrement un écho positif. Beaucoup de jeunes s’engagent dans des projets en faveur de la paix dans le monde ou contribuent à l’amélioration des conditions de vie des gens dans les pays en voie de développement. Récemment la Direction du développement et de la coopération a primé des projets dans le cadre de la campagne «We care – you too?». Un des projets récompensés consistait à développer avec des adolescents du Burkina Faso un système de crédit pour leur communauté villageoise. Des ordinateurs et Internet constituaient dans ce projet des outils indispensables. Lorsque ces jeunes s’occupent de médias électroniques, ils font un autre choix que les amateurs de jeux violents. Leur activité est ancrée dans les valeurs. Ils n’acquièrent pas une compétence médiatique mais une formation aux médias (Ostbomk-Fischer), et celle-ci comprend l’intelligence du cœur.
L’école doit initier à l’usage des médias
L’école a le devoir de développer l’aptitude des jeunes à reconnaître et à évaluer les possibilités, mais aussi les risques des médias modernes et leurs effets sur le développement des enfants et des adolescents. A notre avis, on ne saurait sensibiliser assez tôt les enfants aux mécanismes de manipulation. Dans les années 1970/80, cette sensibilisation faisait partie intégrante de l’enseignement. Aujourd’hui les jeunes s’intéressent également à cette question parce qu’ils n’aiment pas se laisser faire. Lorsque nous les informons sur ces mécanismes, ils nous suivent et développent une défense intérieure.
Quelques suggestions
Récemment, la «Neue Zürcher Zeitung» a offert un classeur pédagogique avec des leçons toutes faites sur le sujet «Zeitung in der Schule – Lesen macht gross» pour les enfants de l’école primaire. Grâce à ce matériel, l’enseignant peut développer une unité de cours en trois étapes: 1. Quelles sortes de médias existe-t-il? 2. Comment les médias peuvent-ils manipuler les gens et que fait-on lorsqu’on est manipulé? 3. Quel est l’impact des médias électroniques sur les gens?
Les valeurs doivent figurer dans toutes les matières scolaires
Une culture scolaire prosociale renforce l’estime de soi des élèves et constitue ainsi la base nécessaire des décisions morales. Vu l’incertitude générale sur les valeurs, leur pluralisme et leur dégradation aujourd’hui, l’école a le devoir de s’y consacrer plus intensément. C’est certainement pour cette raison que la Bavière a lancé dès la fin 2006, dans toutes les écoles du land, sous la devise «Les valeurs rendent fort», l’initiative «Education aux valeurs» qui se poursuit aujourd’hui. En référence à Wolfgang Brezinka, il s’agit d’une «éducation aux valeurs» qui a pour but une «transmission de normes supraindividuelles». On trouvera de plus amples informations à propos de cette initiative sur le site www.werte.bayern.de.
Contributions d’autres forces de la société
Pour finir, signalons d’autres initiatives intéressantes. Ainsi le ministère bavarois de l’Education a, dès 2003, interdit des «LAN-parties» [sessions de jeux vidéo en réseau local] et les jeux vidéo violents dans les locaux scolaires à cause de leur nocivité pour les élèves et de leurs effets négatifs sur la mission éducative de l’école. D’autres länder, p.ex. la Sarre, ont introduit dans les programmes des cours de savoir-vivre. En 2006, suite à des événements liés à des films violents sur les portables des élèves, la police cantonale de Zurich et les polices des villes de Zurich et de Winterthur, en collaboration avec le Service cantonal des écoles, ont lancé une campagne de prévention qui a trouvé un écho très positif auprès du public. Le slogan des affiches était «La violence, c’est lâche! Aide-nous à rompre la spirale de la violence. Parles-en. Aide à protéger les autres de la violence. Agis sans violence. Il ne faut pas te taire. Les enseignants, les parents et la police t’aideront. Pas de violence sur ton ordinateur et ton portable.» Récemment, un collègue de Berlin nous a appris que des policiers emmènent avec eux dans leurs patrouilles des adolescents difficiles de Spandau qui les aident à établir le contact avec les autres jeunes qui glandent dans les rues. Les policiers organisent également des matches de football avec ces jeunes. Autre bel exemple: Le Verband der Berliner Kaufleute (Association des commerçants de Berlin) a fondé une «Aide à la lecture» pour les écoles primaires de Berlin et qui sera prochainement étendue aux collèges. Des centaines de retraités soutiennent les enseignants dans leur travail pédagogique. Grâce à la relation de confiance qu’ils établissent avec les enfants, ceux-ci font montre de courtoisie envers ceux qui les aident et améliorent leurs résultats scolaires. Une idée à imiter pour d’autres villes. Ce qui manque encore, ce sont des politiques qui se préoccupent du bien de la jeunesse. Les signataires de l’accord de coalition du 11 novembre 2005, au point 6.3. «Grandir sans violence», ont promis d’améliorer de façon durable la protection de la jeunesse, car les règlementations actuelles ne sont pas suffisantes, au vu du développement rapide des nouveaux médias, pour contrer efficacement les dangers croissants auxquels les jeunes sont exposés dans les médias». Mais il ne s’est pas passé grand-chose. Pas d’interdiction de la production et de la commercialisation des jeux vidéo de tir, pas de protection suffisante de notre jeunesse. Il semble qu’on nous laisse le soin de contrecarrer cette évolution.
4. Comment conclure une alliance avec nos enfants et adolescents?
Pour finir, précisons brièvement quelle attitude est nécessaire de la part des adultes pour amener nos enfants et nos adolescents à se montrer humains. – Nous devons les accepter comme des égaux, et non les traiter comme des enfants, sinon ils n’ont pas confiance en nous, se sentent sous-estimés et sont vexés. – Notre relation doit être honnête, de part et d’autre. – Nous devons exiger des adolescents une attitude responsable. Il sentira ainsi que nous avons confiance en lui. – Nous devons exiger une vraie contribution au bien commun. Elle renforcera l’estime de soi des adolescents. Ce ne doit être ni un jeu ni une «ruse pédagogique». – Nous devons leur montrer l’exemple et les inviter à agir avec nous. – Nous devons exiger qu’ils nous écoutent lorsqu’il est question de leur bien et du bien commun. – Nous ne pouvons pas leur interdire l’ordinateur. Ils en ont besoin pour l’école et pour leur profession, plus tard. – Nous pouvons essayer de faire appel à leur fierté et à leur sens de l’honneur: «Tu ne vas pas sacrifier ton temps précieux à l’industrie des jeux riche à milliards. Tu as mieux à faire.» De toute façon, nous devons trouver un moyen d’amener les jeunes à coopérer: «Celui qui na pas été amené par son éducation familiale à coopérer en vue du bien commun deviendra asocial. Si l’école n’arrive pas non plus à le délivrer, sciemment ou non, elle lui rend la coopération, encore plus difficile et elle prépare sa déchéance. Elle se rend coupable si elle permet à l’enfant de se détourner de la coopération. L’enfant n’aura plus que très peu de voies possibles. Parmi celles-ci, la déchéance est la plus accessible et la plus attirante.» (Alfred Adler) Pendant les 9 décennies qui nous séparent de ces propos du pionnier de la promotion de la jeunesse, nous devrions avoir appris quelque chose.•
Bibliographie
Baumrind, D. (1987), A Developmental Perspective on Adolescent Risk Taking in Contemporary America, in: Irwin, C. E. (ed.), Adolescent Social Behaviour and Health. New Directions for Child Development, San Francisco, pp. 93-121 Glogauer, W. (2006), Wie Kinder und Jugendliche durch Sexmedien und Pornographie zu Sexualtätern werden, in Hänsel, R. u. R. (Hrsg.) (2006-2) Hänsel R. R. (Hrsg.) (2006-2), Da spiel ich nicht mehr mit! Auswirkungen von «Unterhaltungsgewalt» in: Fernsehen, Video- und Computerspielen – und was man dagegen tun kann. Eine Handreichung für Lehrer und Eltern, Donauwörth. Hentig, H. v. (1999), Ach diese Werte - Über eine Erziehung für das 21. Jahrhundert, München/Wien. Kusano, L. (2009), Sexuelle mediale Gewalt. «Der Arschfickersong» (www.vgmg.ch) «Medienbildung» (www.gwg-ev.org) Ostbomk-Fischer, E. (2008), Menschenbild und Medienbildungi, in: gwg.ev. 1/08 Schneider, H. (2002), Vorbeugung gegen tödliche Schulgewalt, in: Forum Kriminalprävention 4/2000, pp. 26-28. Staub, E. (1979), Positive Social Behaviour ans Morality. Vol. 2. Socialisation and Development, New York. Ulfkotte, Udo (2009), Vorsicht Bürgerkrieg, Kopp Verlag. Wiater, W. (2003), Wertorientiert denken und handeln lernen, in: Katholische Erziehergemeinschaft (Hrsg.). Christ und Bildung 04/2003, pp. 4–9.
*Version légèrement remaniée de l’exposé présenté lors du congrès organisé par l’association «Verein Sichtwechsel e.V. für gewaltfreie Medien» et soutenu par le ministère allemand de la Famille, des Personnes âgées, des Femmes et de la Jeunesse. Il était intitulé «L’impact des médias audiovisuels sur la formation du caractère des adolescents».
Thèse 1: Il n’y a pas d’éducation sans transmission de valeurs. Le développement du caractère et l’éducation aux valeurs vont de pair. Thèse 2: Beaucoup de contenus des médias électroniques transmettent des non-valeurs diamétralement opposées à nos valeurs éthiques. Thèse 3: Les parents et l’école doivent déterminer et renforcer des valeurs éthiques favorisant le bien commun. Thèse 4: Nous n’amèneront les jeunes à coopérer qu’en créant une alliance pour l’humanité et en les traitant sur un pied d’égalité.
rt. En Suisse, de plus en plus d’équipes de secours sont l’objet d’attaques quand elles interviennent. Lors d’une conférence de presse, le 20 octobre dernier, la police municipale de Zurich a déploré l’augmentation des cas de manque de respect et de violences non seulement à l’égard de la police mais également des services de secours. «Les agressions contre des policiers et policières et également contre des membres de Schutz und Rettung Zürich se sont considérablement aggravées.» (www.polizeinews.ch) Ces attaques gênent les secours et retardent des interventions destinées à sauver des vies. C’est avec une grande inquiétude que, depuis un certain temps, on observe cette évolution dans différents pays européens. A Malmö, en Suède, notamment, les secours ont refusé de se rendre dans certains quartiers après y avoir été caillassés par des bandes de voyous. Ce phénomène touche maintenant aussi les grandes villes suisses. Aussi la police municipale de Zurich a-t-elle l’intention, grâce à une présence accrue et des actions préventives précoces, de rétablir le respect et de faire en sorte que l’on comprenne mieux que les agressions contre les services de secours ne sont pas anodines mais constituent des délits. *** La police ne peut pas à elle seule venir à bout de l’insécurité qui règne dans l’espace public. Il faut impérativement que les citoyens s’investissent, comme le montre l’exemple de Francfort. La dégradation du sens civique, caractéristique des grandes villes, commence à se faire sentir également en Suisse. Dans les petites communes, les citoyens se sentent encore responsables de ce qui se passe autour d’eux et réagissent plus rapidement.
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