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Horizons et debats  >  archives  >  2010  >  N°3, 25 janvier 2010  >  Le Président islandais démasque le caractère antidémocratique de l’UE [Imprimer]

Le Président islandais démasque le caractère antidémocratique de l’UE

par William A. M. Buckler

A vrai dire l’Islande ne fait pas encore partie de l’Union européenne. Certes elle souhaite y entrer, mais une bagatelle, la crise bancaire de septembre/octobre 2008 a retardé son adhésion, qui maintenant est mise en un péril encore plus grand par la décision du président de donner à son peuple le droit de décider directement si et comment son système bancaire effondré doit être soutenu financièrement.

Les dessous de l’affaire

En septembre/octobre 2008 les trois plus grandes banques islandaises se sont littéralement effondrées, prises dans le blocage généralisé du crédit qui menaçait de jeter bas le système financier mondial. Ces banques étaient dans l’impossibilité de convertir leurs dettes à court terme et se trouvaient en même temps confrontées à des attaques bancaires massives contre leurs succursales étrangères, surtout au Royaume-Uni. La faillite qui menaçait les banques islandaises excédait les possibilités de couverture de l’économie et de la Banque centrale islandaises. La dette extérieure islan­daise, soit 50 milliards d’euros, représentait 80% du montant dont disposait le système bancaire. Le PIB islandais est de 8,5 milliards par an. L’Etat islandais était au bord de la faillite.
On nationalisa promptement les banques. Et le FMI intervint ainsi que l’Europe. Le FMI avança 2,1 milliards d’euros, les voisins scandinaves de l’Islande 2,5 milliards de plus et la Grande-Bretagne, l’Allemagne et la Hollande encore 5 milliards. Mais l’addition était extrêmement salée pour l’Islande. Les taux d’intérêt officiels passèrent immédiatement à 15%. L’avenir fut oblitéré car les agences de notation abaissèrent aussitôt la bonité des créances islandaises. La couronne islandaise s’effondra. Et la Bourse islandaise, qui dès le début d’octobre 2008 avait perdu 30%, fut fermée. Et lorsqu’elle rouvrit, le 14 octobre, elle chuta à nouveau massivement de 77%.
The Privateer avait mis en garde six mois auparavant, écrivant dans son numéro 600 du 30 mars 2008 qu’un effondrement était vraisemblablement à prévoir. Après avoir exposé la situation nous en arrivions à la conclusion suivante: «La situation aux USA ressemble tout à fait à celle de l’Islande.» Et il en va toujours de même aujourd’hui, la seule différence étant que les USA, comme les autres pays du G 20, sont encore en mesure de vendre leur dette, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur.

Le dernier revirement: «Laissez mon peuple décider»

Les prêts consentis à l’Islande, dont l’éché­ance avait été retardée lorsqu’en octobre 2008 la crise atteignait son point culminant, de­vaient être remboursés selon la procédure accoutumée. Mais le 5 janvier le Président islandais, Ólafur Grimmsson, plongea tout le système financier dans la stupéfaction en refusant de laisser le plan se dérouler sans autre forme de procès et de lui donner force de loi. Il choisit de laisser la décision par voie référendaire aux 243 000 électeurs islandais. Le choc et l’indignation que cette décision produisit au niveau international furent palpables. La Grande-Bretagne et la Hollande exigèrent aussitôt d’exclure l’Islande de l’UE, et Lord Myners, Secrétaire d’Etat aux services financiers du Ministère des Finances britannique, déclara que l’Islande risquait de s’attirer un «statut de paria». Les agences de notation déclarèrent incontinent que les créances islandaises ne valaient plus un clou. On entendait parler de suppression du plan de sauvetage mis en place par le FMI.
Deux jours plus tard, le 7 janvier, le Président islandais reprenait la parole. «L’Islande reconnaît de façon pleine et entière ses engagements et contraintes de remboursement. […] Le référendum ne porte que sur les formes et les conditions de ce remboursement.» Dans une interview accordée au «Financial Times», Grimmsson alla encore plus loin: «J’espère que les peuples de Grande-Bretagne et de Hollande ainsi que leurs dirigeants politiques, en accord avec la longue tradition démocratique de ces deux pays, reconnaîtront qu’un référendum est un moyen démocratique de prise de décision.» (Souligné par l’auteur)
C’est bien sûr la politique ouvertement pratiquée par la Fed américaine (Réserve fédérale), mais aussi de toute évidence par presque tous les gouvernements du monde, que de dénier au peuple tout droit à s’exprimer sur les mesures destinées à tirer leurs pays de la crise financière mondiale. Le Président islandais a fort bien démasqué cette attitude.    •

Source: The Privateer, Mid January Issue, Numéro 645, 2010, page 8. (Traduction Horizons et débats)

Déclaration du président islandais,Ólafur Ragnar Grímsson

L’effondrement de nos banques et les difficultés engendrées par la crise économique mondiale ont été à l’origine de graves problèmes. Bien que l’Etat islandais ait pris divers engagements plus importants que ceux qu’il a dans l’affaire Icesave, c’est sur ce cas que s’est focalisé le débat sur la manière de répondre aux défis légués par le passé et d’aborder l’avenir.
L’Althing [Parlement islandais] vient de voter une nouvelle loi à ce sujet. Cette dernière amende la loi en vigueur n° 96/2009, votée par l’Althing le 28 août dernier et basée sur des accords conclus avec le Royaume-Uni et les Pays-Bas. Le Président a validé cette décision le 2 septembre, en renvoyant à un traitement spécial.
Après le vote de la nouvelle loi à l’Althing, le 30 décembre, le Président a reçu une pétition signée par environ un quart des électeurs et réclamant que la loi soit soumise à référendum. Cela représente une fraction de l’électorat beaucoup plus élevée que celle sur laquelle se fondent les déclarations et propositions des partis.
Des sondages d’opinion indiquent qu’une majorité écrasante de la population partage cette manière de voir. En outre des déclarations faites à l’Althing et des appels que le Président a reçu de membres du Parlement à titre individuel montrent que la majorité de ces membres est en faveur de ce référendum.
Depuis le vote de la nouvelle loi à l’Althing, le Président a eu des discussions circonstanciées avec des ministres de son gouvernement: le Premier Ministre, le Ministre des Finances, ainsi que ceux des Affaires étrangères et de l’Economie.
En République d’Islande le peuple est le juge suprême de la validité d’une loi, c’est le fondement même de la Constitution islandaise. Cette Constitution, promulguée en 1944 et adoptée par voie référendaire avec 90% des suffrages, a remis aux mains du peuple le pouvoir exercé autrefois par le roi et l’Althing. La responsabilité de veiller à ce que le peuple puisse faire usage de ce droit incombe donc au Président.
En cet instant crucial, il est également important de souligner que le redressement de l’économie islandaise est une urgence vitale. Il est hors de doute que des accords avec d’autres pays et une collaboration avec les organisations internationales et autres parties prenantes sont indispensables à ce redressement. La solution du litige Icesave est un élément du bon déroulement de ce processus. Un autre prérequis est que le pays soit capable de retrouver dès que possible sa vigueur passée et de redémarrer en collaboration avec d’autres un programme de reconstruction assurant le bien et la prospérité du peuple islandais. La déclaration du Président en date du 2 septembre 2009 précisait que cette solution doit «prendre en compte les droits légitimes de la nation, ceux de l’Islande dans un proche avenir et un partage international des responsabilités.»
Il devient de plus en plus clair que le peuple doit avoir la certitude qu’il dé­cide lui-même de son avenir. L’implication de la nation tout entière dans la décision définitive est donc un prérequis pour une bonne solution, la réconciliation et le redressement du pays.
A la lumière de ce que j’ai dit plus haut, j’ai décidé conformément à l’article 26 de la Constitution de remettre cette nouvelle loi entre les mains du peuple. Ainsi qu’il est prévu par la Constitution, cette nouvelle loi entrera tout de même en vigueur et le référendum aura lieu «dès que possible».
Si cette loi est approuvée à l’issue du référendum, elle restera bien sûr en vigueur. S’il en va autrement, la loi 96/2009 acceptée par l’Althing le 28 août sur la base des accords avec les gouvernements hollandais et britannique reste en vigueur; elle reconnaît que le peuple islandais ne renie pas ses engagements. Cette loi a été approuvée par l’Althing avec la participation de quatre partis représentés au Parlement, ce que le Président a confirmé dans sa déclaration du 2 septembre.
Maintenant le pouvoir et la responsabilité sont entre les mains du peuple.
Je souhaite bien sincèrement que sa décision apporte au peuple islandais une réconciliation et une prospérité durables et en même temps jette les bases de relations cordiales avec les autres nations.

Fait le 5 janvier 2010 à Bessastaðir,

Ólafur Ragnar Grímsson

(Traduction Horizons et débats)

La responsabilité commune de l’Islande, de la Chine et de la Russie dans l’économie mondiale, la paix du monde et la sécurité internationale

A Madame Olöf Hrefna Kristjansdottir, chargée d’affaires par intérim, 1ère secrétaire d’ambassade de la République d’Islande.
A Son Excellence Hongbo Wu, ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la République de Chine,
A Son Excellence Vladimir Kotenev, ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la Fédération de Russie.

Madame la Chargée d’affaires Kristjansdottir, Votre Excellence Wu, Votre Excellence Kotenev,

J’ai l’honneur de vous faire part de ce qui suit:
Vos pays sont des nations pacifiques investies d’une responsabilité toute particulière dans la paix mondiale et la sécurité internationale.
Rien ne menace davantage la paix mondiale et la sécurité internationale que la fâcheuse situation économique globale, l’injuste répartition de la richesse et de la pauvreté et les efforts d’alliances contre nature sous la direction des USA pour s’approprier le pouvoir, l’hégémonie et la domination mondiale.
Les moyens mis en œuvre par les USA, l’OTAN et l’Union européenne sont les guerres économiques et militaires en vue d’opprimer les autres nations et de promouvoir leurs intérêts géostratégiques.
Nous nous trouvons ainsi face à une situation qui pourrait contribuer à une complète restructuration des intérêts antagonistes et du rapport de forces global.
Imaginez-vous s’il vous plaît que les points suivants ne sont plus une fiction, en passe de devenir réalité:
•    L’Islande déclare qu’elle se retire de l’OTAN et sera désormais un pays neutre;
•    L’Islande renonce donc à entrer dans l’Union européenne comme elle en avait fait la demande;
•    L’Islande se place sous la protection de deux puissances nucléaires, la Chine et la Russie;
•    La Chine et la Russie installent chacune une base militaire sur le sol islandais;
•    La Chine et la Russie acquittent en échange de l’usage de ces bases une redevance annuelle qui permet à l’Islande de rembourser rapidement toute la dette extérieure consécutive à la crise bancaire.
Les avantages politiques et stratégiques sont si évidents pour tous les pays concernés que je n’ai pas besoin de les exposer ici.
Aucun inconvénient direct ou indirect n’est à prévoir.
Il serait de la plus haute importance de faire une entorse à la structure de l’OTAN et de positionner une Islande neutre sous protection nucléaire internationale entre les USA et l’Europe.
C’est pourquoi j’espère que l’Islande n’attentera pas à son honneur, à sa fierté et à sa souveraineté en se prêtant aux compromis malsains et aux lâches propositions de médiation de l’ex-Ministre allemand des Affaires étrangères, Joseph Martin (alias Joschka) Fischer, dont les conceptions politiques n’avaient conduit, lorsqu’il était en fonction, qu’à ébranler la paix mondiale et avaient causé des dommages incommensurables.
Je profite de l’occasion pour assurer les ambassades de la République d’Islande, de la République populaire de Chine et de la Fédération de Russie de ma parfaite considération.
Le 9 janvier 2010, René Schneider

René Schneider est avocat à Münster
(Allemagne), www.schneider-institute.de
(Traduction Horizons et débats)

Article 26 de la Constitution islandaise

Lorsque l’Althing a adopté un projet de loi, celui-ci est soumis au président de la République pour promulgation dans un délai de deux semaines après son adoption. Cette promulgation lui donne force de loi. Si le président refuse de promulguer le projet de loi, celui-ci cependant entre en vigueur, mais il doit, dès que les circonstances le permettent, être soumis, par scrutin secret, au vote de tous les électeurs, pour approbation ou rejet. Si elle est rejetée, la loi est nulle et non avenue, autrement elle reste en vigueur.

Source: www.verfassungen.eu/is/index.htm

La pétition*

«Je demande au Président de l’Islande, Monsieur Ólafur Ragnar Grimsson de faire objection à la loi Icesave. Je considère que soumettre à un référendum national l’acceptation de la charge économique que représente pour les générations islandaises actuelles et futures une garantie étatique de paiements Icesave aux gouvernements hollandais et britannique est une exigence justifiée.»
*    Le 25 novembre 2009 l’association islandaise «In Defence of Iceland» a commencé à recueillir des signatures à cette pétition. Le 2 janvier 2010, 56 089 Islandais l’avaient déjà signée.
(Traductions Horizons et débats)