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2 septembre 2010
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Horizons et débats  >  2007  >  N°24, 25 juin 2007  >  Mieux protéger les enfants et les adolescents [Imprimer]

Mieux protéger les enfants et les adolescents

ou: comment des journalistes «incorporés» font la polémique contre des projets de loi visant à endiguer la violence sur le petit écran et la pornographie sur Internet

par Rudi Hänsel, pédagogue et psychologue, Wallenwil

En Allemagne, en Suisse et au niveau européen plusieurs projets de loi contre les films brutaux et pornographiques ont été mis en route ces derniers mois avec la volonté de mieux protéger les enfants et les adolescents des conséquences psychosociales graves de la violence des médias. Mais les producteurs des logiciels de divertissement pervers luttent avec becs et ongles contre toute restriction par la loi de leur commerce qui vaut des milliards. Des journalistes «incorporés» sont leurs complices déférents.

Des découvertes scientifiques alarmantes …

De nos jours, nos enfants sont confrontés déjà très tôt à des représentations de pornographie, d’horreur, et de violence, parce que l’accès aux films, aux émissions de télévision, aux jeux vidéo interactifs et sur ordinateur, ainsi qu’aux offres sur Internet est possible sans restriction et parce que sur la base de tech­niques nouvelles, des films ainsi que des jeux peuvent être transférés en courtes séquences vidéo sur leurs portables.
Des scientifiques des médias, des pédiatres, ses psychiatres et des psychologues scolaires mettent en garde depuis longtemps contre les conséquences psychosociales dévastatrices de cette violence des médias.1 D’après l’opinion de psychologues en criminologie internationaux, la violence des médias «contribue en puissance à la genèse de la délinquance enfantine et juvénile, ainsi qu’à la criminalité d’adultes» et «à un climat de violence dans la société».2
Malheureusement ce sont aussi des parents bienveillants mais mal informés qui contribuent sans le vouloir à ce développement: «Cela semble être un paradoxe, mais si on rassemble les résultats d’études actuelles, ce sont justement les parents qui d’une manière post-pubertaire de ‹gentillesse avec les enfants› et selon une pseudo-pédagogie des classes moyennes abêtissent leurs enfants en les submergeant d’électronique de communication.»3

… ont conduit à des projets de loi

Les résultats scientifiques clairs ont finalement amené des hommes politiques en Allemagne, en Suisse et aussi au niveau européen à déposer auprès de leurs parlements des projets de loi pour endiguer et interdire la violence du petit écran et la pornographie sur Internet.
L’Etat fédéré de Bavière a proposé, il y a quelque mois, un projet de loi à la Deutsche Länderkammer pour l’amélioration de la protection de la jeunesse avec l’exigence d’une interdiction des jeux de violence virtuels et réels.4 Avec un changement du code pénal et de la loi sur la protection de la jeunesse et une interdiction de production, de distribution et de consommation de films et de jeux qui sont de manière évidente fortement dangereux pour la jeunesse, on veut protéger le droit des enfants et des adolescents à un développement physique, spirituel et moral positif et aider à éviter la production et le renforcement d’une attitude à l’encontre de la dignité humaine de la jeunesse.5
Fin mai, les ministres allemands de l’Intérieur s’y sont joints et le projet de loi bavarois qui avait d’abord été refusé par beaucoup de journalistes et politiciens d’autres Länder comme «un coup précoce», ou «une interdiction qui ne résout pas le problème»,6 a heureusement été repris et lié à l’exigence d’un renforcement de la protection de la jeunesse et d’une interdiction expresse de production et de distribution des «Killerspiele» (jeux de tueurs) virtuels.
Six mois auparavant déjà, dans les écoles bavaroises, une interdiction générale d’utiliser des portables a été prononcée, parce que les parents avaient déjà trouvé sur les portables d’élèves de primaire des séquences vidéos montrant entre autre de la pornographie avec des animaux ainsi que des exécutions. Ce qui a joué un rôle décisif dans ce contexte a été la sentence d’une juge de Karlsruhe qui avait jugé que de telles violences brutales et des pratiques sexuelles déviantes étaient propre à «porter gravement préjudice à l’équilibre psychique et à la sensibilité morale des élèves et de susciter des états d’angoisse».7
Au niveau de l’UE on commence également enfin à s’occuper de la thématique. Le commissaire de la Justice de l’UE, Frattini, se prononce en faveur d’une prise de conscience renforcée sur les conséquences pos­sibles surtout des jeux de tueurs et exige pour la totalité de l’UE des standards fondamentaux et des critères communs pour la protection des jeunes.8 Début juin, Frattini a ouvert à Berlin le premier «Forum de l’UE pour les droits des enfants» et contre la pornographie d’enfants. «‹Cette pornographie virtuelle sur Internet›», a mis en garde lors de ce Forum la ministre de la Justice allemande, «‹est parfois seulement le préliminaire à un véritable abus sexuel.› […] Il faudrait partir du principe que l’abus d’enfants sur Internet abaisse le blocage contre l’abus dans le monde réel.»9 Dans l’intérêt de nos enfants il est à souhaiter que les déclarations d’intentions bienveillantes se manifestent aussi dans le nouvel amendement de la stratégie de l’UE des droits de l’enfant et dans les directives de télévision de l’UE.
En Suisse, début juin, le parlement s’est aussi occupé d’interventions à propos de la lutte contre les images pornographiques et de violence, diffusées par Internet et les téléphones mobiles. En raison d’une motion10 d’un conseiller aux Etats zougois, le Conseil national s’est occupé de la demande d’interdire l’offre et la distribution de pornographie sur les portables et la consommation volontaire de pornographie dure pour lutter ainsi contre les délits pédo­philes. A l’avenir, la consommation de représentations de violence illégales devra également être punie à cause de leurs effets de désinhibition.11

Polémique de journalistes «incorporés»

Jusqu’à aujourd’hui, les lobbyistes de l’industrie des films et des jeux ont finalement réussi à empêcher que de tels projets de loi soient réalisés, et ce sont certains représentants des médias et des journalistes qui jouent un rôle peu glorieux.
Dès qu’un de ces projets de loi est déposé, il y a des journalistes qui le minimisent et des experts autoproclamés apparaissent pour le mettre en question, le faire paraître douteux. Les initiateurs sont dénigrés et on polémise contre eux.
Ainsi, dans aucun compte-rendu sur les effets de la violence des médias, la remarque manque qu’il est controversé que cette violence ait des effets négatifs. Et en général, on ajoute que la science n’a pas de réponse unitaire en ce qui concerne les effets négatifs de la violence des médias, qu’il y a même une dispute entre scientifiques sur cette question. «Avec cette astuce, les représentants des médias, journalistes et parfois même des scientifiques essayent de dissimuler ce problème des effets néfastes de la violence des médias.12
La polémique contre l’homme politique concerné ne manque pas non plus dans les comptes rendus. Ainsi le ministre de l’Intérieur bavarois qui a créé la notion de «Killer­spiele» (jeux de tueurs) et qui est un défenseur décidé de la demande d’interdiction, est toujours discrédité et présenté comme trublion conservateur ou comme fondamentaliste. L’étiquette de «fondamentaliste» est donnée pour éveiller chez le lecteur une association d’idées sombres avec les prétendus fondamentalistes islamiques. Après ça, qui veut se mêler à la discussion de son projet de loi avec un tel politicien ou même se solidariser avec lui? C’est peut-être cet exemple de l’Allemagne qui a amené le conseiller aux Etats zougois et «combattant contre la pornographie sur les téléphones mobiles» (Kämpfer gegen Pornographie auf Mobiltelefone, NZZ) à se défendre contre le reproche de trahir son attitude libérale avec la remarque personnelle: «Je ne suis pas un fondamentaliste, je déteste le puritanisme.»13
D’autres arguments polémiques contre les initiatives de loi pour la limitation de la violence du petit écran et de la pornographie sur Internet sont: «Des dispositions pénales n’ont que des effets limités» ou «les cas prouvés d’effets négatifs de la violence des médias ne sont que des cas isolés» ou bien «par l’ingérence du législateur des comportements de citoyens de bonne réputation sont criminalisés».
Contre ces faux arguments rabâchés, on peut dire que les lois reflètent toujours les normes des sociétés qu’elles représentent, donnent une orientation du comportement, et que même les enfants et les adolescents les comprennent comme des limites à ne pas dépasser. C’est aussi une lapalissade de dire que les parents, les enseignants et les éducateurs doivent être informés de ces dispositions pénales et que nous, les adultes, devons discuter avec les jeunes de leur comportement de consommation de médias et les effets de cette violence de divertissement.
Que les effets négatifs de la violence des médias ne sont pas des cas isolés, est prouvé d’une part par les nombreux cas de crises de folie meurtrières dans des écoles aux Etats-Unis et en Allemagne, mais d’autre part aussi par des études scientifiques récentes qui ont demontré une relation signifiante entre l’utilisation des médias, un manque de succès scolaire, la violence juvénile et des crises chez les jeunes.14 Le criminologue Christian Pfeiffer constate: «Un adolescent sur trois risque de s’enliser dans le piège de la télévision, d’Internet et des jeux vidéos.»15
Sur le dernier argument bidon des journalistes «incorporés» déclarant que, par l’ingérence du législateur, le citoyen de bonne réputation serait criminalisé, le lecteur ne peut que s’étonner. Est-ce qu’ils nous prennent pour des imbéciles?

Elaborer un point de vue fondé

Des représentants des médias et des journalistes essayent donc de faire battre en retraite les initiateurs de projets de lois raisonnables et souhaitables visant à mieux protéger nos enfants et adolescents, et de miner de tels projets de loi allant à l’encontre de l’industrie des films, de la télévision et des jeux. Des parents, des enseignants et des éducateurs se sentent laissés pour compte, inquiets et déconcertés, bien que leur bon sens leur dise que ces nouveaux médias ne peuvent être «sains» pour les enfants.
Comme parents, enseignants et éducateurs nous n’avons pas le choix, nous devons nous forger notre propre point vue qualifié sur cette question, pour pouvoir opposer notre opinion fondée aux désinformations et aux «spins» des reportages des médias. De plus il faut exiger avec insistance l’application de lois déjà existantes pour limiter la violence du petit écran et la pornographie sur Internet. Enfin, avec nos enfants et adolescents, nous pouvons – avec l’empathie nécessaire – très bien parler de cette forme malsaine du divertissement ainsi que des loisirs et des motifs de l’industrie du film et des jeux.    •

1    Voir entre autre Spitzer, M. (2005). Vorsicht Bildschirm! Stuttgart et Hänsel R. et R. (2006). Da spiel ich nicht mit. Donauwörth.
2    Schneider (2006). Geleitwort,
in: Hänsel R. et R., ibid., p. 8.
3    Kollmann, K. (2007). Eltern machen offenbar Kinder (unbeabsichtigt) dumm, in: www.heise.de/tp/r4/artikel/25/25067/1.html
4    Projet de loi de l’Etat libre de Bavière du 2 février 2007 in: Bundesrats-Drucksache, 76/07
5    ibid.
6    «Beckstein prescht mit Killerspiel-Gesetzesplan vor», in: Spiegel online du 5/12/06
7    Décision du tribunal administratif de Karlsruhe du 15 mars 2006
8    Cf. «Justizministerium untersucht EU-weite Sanktionen gegen ‹Killerspiele›», in: www.hwise.de/newsticker/meldung/print/85590
9    «EU-Forum für ‹Rechte der Kinder› und gegen Kinderpornographie gestartet», in: www.heise.de/newsticker/meldung /print/90589
10    Motion: demande au parlement
11    «Ständerat will Pornographie auf dem Handy verbieten», in: NZZ online du 5/6/2007
12    Schneider, H.J. (2006). Geleitwort,
in: Hänsel R. et R., ibid.
13    Rolf Schweiger: «Handy-Pornos verbieten», in: www.espace.ch/artikel_379369.html
14     Cf. Mössle, Th. Et al. (2006). Mediennutzung, Schulerfolg, Jugendgewalt und die Krise der Jungen, in: Zeitschrift für Jugendkriminalrecht und Jugendhilfe, 3/06
15    Spiegel online du 27/4/2004