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21 octobre 2014
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Horizons et debats  >  2010  >  N°48, 13 decembre 2010  >  De la grande richesse de la culture chrétienne [Imprimer]

De la grande richesse de la culture chrétienne

Réflexions sur l’exposition «888 crèches de Noël de 70 pays» à Lichtensteig dans le Toggenburg

par Urs Knoblauch

Dans les salles de l’«Erlebniswelt Toggenburg» (espace expérience) à Lichtensteig on peut admirer en ce moment une collection de ­crèches unique avec un tour d’horizon de 888 représentations magnifiques de ­crèches de plus de 70 pays du monde. C’est le mérite de la collectionneuse Rosmarie Risch de Lichtensteig dans le Toggenburg d’avoir cédé une grande partie de sa merveilleuse et ­unique collection de crèches à la «Kultur­stiftung Toggenburg», responsable du musée. On a ainsi la certitude que ce trésor culturel reste accessible au public. Pendant des mois, les collaborateurs du musée ont établi à titre bénévole les scènes de l’exposition avec d’originelles petites cabanes en bois bordant une ruelle de Noël avec beaucoup d’ambiance dans laquelle les différentes ­crèches sont mises en valeur. Dans des vitrines on peut également admirer des ­crèches du monde entier, collectionnées par Rosmarie et Alex Risch lors de leurs voyages à travers l’Europe, dans les pays de l’Est, en Amérique du Sud et dans d’autres parties du monde. Du Brésil, où vit un fils de la famille, viennent 26 représentations de crèches.

L’exposition montre le rayonnement dans le monde entier de la culture chrétienne, et l’histoire et les rencontres personnelles liées à chaque crèche. Pour la collectionneuse c’est une part précieuse de son intérêt pour les ­crèches. La multitude de formes, de matériaux et de scénarios est fascinante, elle s’étend de ­crèches richement décorées jusqu’aux miniatures de la grandeur d’une coquille de noix.

L’étoile de Bethléem

Lors du vernissage très bien fréquenté, la collectionneuse de crèches Evelyne Gasser de Lenzburg, liée d’amitié avec le couple Risch, a fait une introduction dans l’art des crèches de manière compétente. «En 1350 a été décrété à Rome que la crèche de Noël comporte les figurines suivantes: la Sainte Famille, le bœuf et l’âne, les bergers, les rois, des anges et la comète. […] L’arrangement des figurines a également une signification profonde: A gauche Marie et l’âne, car c’est lui qui l’a portée jusqu’à Bethléem et qui l’accompagnera en Egypte, avec le groupe des bergers. A droite, c’est la place de Josef et du bœuf, cet animal calme qui, dans la nuit froide, a réchauffé l’enfant Jésus avec son souffle. C’est de ce côté que viennent aussi les rois avec leur suite, accompagnés du cheval, du dromadaire et de l’éléphant. Les couleurs des vêtements de Marie se composent d’une robe rouge, la couleur de l’amour et de la divinité. Le manteau bleu signifie la fidélité et c’est le symbole de la chrétienté. S’y ajoute un voile blanc qui signifie la pureté. Josef porte un vêtement jaune et un manteau brun ou bleu violet. Il est représenté comme un homme d’un certain âge et il s’appuie avec sa main gauche sur son bâton et regarde au loin. […] Les bergers dans le champ entendent en premier le saint message des anges et se précipitent vers la crèche. Ils apportent des dons: Du lait, du pain, une peau de mouton et des fruits et ils jouent pour l’enfant Jésus des airs sur leurs flûtes, cornemuses ou cornes de bœuf. Bouleversés, ils s’agenouillent devant la crèche, le vieux berger aux cheveux gris, l’homme dans la force de l’âge porte une salière, le jeune porte un agneau sur son épaule et le garçon avec l’étoile en paille, eux tous accourent.»

Une grande traditionet une culture variée

Les crèches de Noël actuelles ont une longue tradition dans l’histoire culturelle. Ensemble avec le conte de Noël ils donnent un aperçu du vécu religieux et quotidien de cette ­époque à l’Occident et à l’Orient. Les images peuvent être admirées dans des livres et dans les églises comme par exemple les mosa­ïques magnifiques dans l’église Sant’Appolinare à Ravenne ou Santa Maria Maggiore à Rome. La plupart des gens ne savaient pas lire, mais les images pouvaient leur conter l’histoire, ainsi ils pouvaient participer à la vie de l’église. Dans leur existence difficile, le monde religieux leur a donné de l’espoir et de l’orientation. Autour de 500 après J. Chr. de nombreuses représentations de crèches ont déjà existé et l’enfant Jésus dans la ­crèche avec le bœuf et l’âne au centre. Le personnage de Marie s’est seulement ajouté au Moyen-Age, plus tard aussi le saint Joseph. Avec l’âge roman et gothique un scénario de crèche riche s’est développé avec beaucoup de figurines et d’animaux, comme les bergers avec leurs troupeaux, des chameaux et des gens de l’Orient. Les «trois sages» le jeune Gaspard venu d’Afrique avec sa peau basanée et son turban, le vieux roi Melchior venu d’Europe et Balthazar d’âge moyen venu de l’Inde, de l’Orient, apportent leur cadeaux. Ils représentent les trois âges de l’homme et les trois continents.
La Réformation a interrompu ce développement de crèches et leur culture, et c’est seulement avec le concile de Trente (1545-1563) qu’on a fait revivre les scènes bibliques pour Noël et pour Pâques. Naples possède la culture de crèches la plus connue avec des figu­rines pleines de caractère. A l’âge baroque a été créée, semblable aux constructions des églises, une culture de ­crèches très riche. C’est à l’âge des Lumières que les forces ecclésiastiques et laïques se sont rapprochées de plus en plus des bases de l’existence humaine. Jusqu’aujourd’hui les crèches ont leur place non seulement dans les familles catholiques, mais généralement dans les maisons et les églises. Dans beaucoup de familles, les crèches sont transmises de génération en génération. De cette manière de mer­veilleuses crèches de familles, des crèches d’étables, des crèches avec des paysages ou bien des crèches orientales de toutes les grandeurs, formes et matériaux ont été transmises. Des spectacles de la nativité avec des adultes, des enfants et des animaux ont aussi une ­longue tradition jusqu’aujourd’hui.

Une crèche pour le fourrage dans l’étable, «parce qu’il n’y avait point de place pour eux dans l’hôtellerie»

A part tous ces chefs d’œuvres artistiques de crèches, le lieu du conte de Noël est tout à fait au centre. Dans l’évangile selon Saint Luc, dans la Bible, nous est transmis que la Sainte Famille a trouvé un gîte dans une simple étable et que l’enfant Jésus avait été mis dans la crèche, «parce qu’il n’y avait point de place pour eux dans l’hôtellerie». Ce conte est de grande actualité, proche de la vie, il nous indique les messages de la sollicitude, de la modestie, de la gratitude et de l’amour du prochain.
La représentation du «bon berger» nous renvoie également vers une symbolique profonde de l’éthique chrétienne. Cette orientation nécessaire aux vertus chrétiennes de la sollicitude et de l’amour du prochain devrait de nouveau être encouragée, enseignée à la jeunesse avec des projets développés en commun. Ce sont les attitudes morales et hu­maines de la prévenance, de la sympathie, de la justice sociale, de la dignité humaine. Ainsi les Dix Commandements sont également d’actualité: «tu ne diras point de faux témoignage contre ton prochain», «tu ne déroberas point» et «tu ne tueras point», mais on retrouve aussi ce message dans toutes les constitutions élaborées par les peuples des Etats nationaux, dans la Charte de l’ONU et surtout dans le premier article de la Déclaration universelle des droits de l’homme: «Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison, de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.»

A la place du «n’importe quoi» une orientation vers  l’étique chrétienne

La culture, ce n’est pas seulement de la consommation et du divertissement, mais elle contient une tradition riche dans le sens de «l’héritage culturel immatériel» (Unesco), du savoir artisanal, technique et artistique et beaucoup de biens culturels hérités. Ainsi le «Message culturel 2012-2015» de la Confédération Suisse (2010) à l’attention du Parlement de la Confédération de 2010 souligne aussi l’importance du maintien et du développement de l’artisanat artistique dans sa diversité dans nos quatre régions culturelles et linguistiques, dans les cantons et dans les communes. Tous les spécialistes, mais aussi des «organisations de profanes y jouent un grand rôle», et il y est souligné que la «transmission des traditions vivantes aux adolescents» doit être encouragée. Le bien culturel populaire, l’art du fer forgé, les travaux textiles, le travail du bois témoignent d’une grande maîtrise. Surtout dans les travaux du bois qui montrent une grande richesse dans les bâtiments, les meubles et les outils, dans la sculpture sur bois et les travaux du charpentier en témoignent. La sculpture sur bois, les travaux textiles et autres formes de l’artisanat populaire représentait une occupation importante pour les paysans pendant les longs hivers. L’exposition des crèches montre la multitude des ­formes culturelles d’élaboration et de matériaux de beaucoup de pays du monde. La créativité, le sens des formes se développent seulement dans le travail, dans l’amour et dans la maîtrise des matériaux et leur expression. La culture chrétienne occidentale qui a ses racines dans la culture orientale est riche en témoins.
Souvent cependant, l’estime de la propre culture recule devant l’admiration de cultures étrangères dont beaucoup de gens font connaissance lors de voyages culturels.

La crèche de Noël comme bien culturel des familles

C’est surtout dans la période de Noël que se montre la grande richesse de la culture chrétienne occidentale. La crèche de Noël in­dique avec sa représentation de la naissance du Christ et le conte de Noël les valeurs morales importantes du concept de vie chrétien.
Dans les familles suisses, surtout dans les familles catholiques, la crèche de Noël a sa place fixe et elle est très importante pour les enfants. Avec l’œcuménisme, un développement enrichissant a eu lieu. Des souvenirs personnels d’enfance de la période de Noël dans la propre famille s’éveillent. La crèche construite par le père, avec les figurines pré­cieuses et les animaux de la famille du sculpteur sur bois de Brienz Huggler-Wyss, ont été installés solennellement chez nous. L’évènement annuel de la messe de Noël dans la petite église de montagne avec un père capucin impressionnant ayant travaillé longtemps dans les montagnes du Pérou, revient en mémoire.
C’est très réjouissant qu’en Suisse, dans de nombreux cantons, communes et églises, dans les pays des environs et dans le monde entier aient lieu des spectacles de la Nativité avec des enfants et des adolescents. Par exemple au village valaisan de Loye-Grone, où dans une chapelle la naissance du Christ est jouée avec des animaux vivants et les gens du village. Le chemin de la Crèche à Estavayer-le-Lac ou la «Ammeler Krippe» à Amden SG valent la peine d’être vus. A Gamborogno au Tessin, on peut admirer 30 crèches au milieu du village. La plus grande crèche du monde a sa place au «Diorama Bethléem» à Einsiedeln. Là, le conte de Noël a été créé par le sculpteur sur bois du Tyrol du sud Ferdinand Pöttmesser avec plus de 450 figurines sculptées à la main et habillées à l’orientale de façon très naturelle et composées par des spécialistes dans un concept global. En 2005 le Diorama a été transmis à une fondation.    •

Informations: L’exposition «888 Krippen aus über 70 Ländern» dans l’«Erlebniswelt Toggenburg» à Lichtensteig est visible jusqu’à Pâques 2011.
(Mercredi, samedi, dimanche de 10h30 à 16h30, dernière entrée à 15h30) www.erlebinswelttoggenburg.ch
A Lenzburg, la collection de crèches d’Evelyne et Martin Gasser est visible jusqu’au 6 février 2011 burghalde@lenzburg.ch
Il existe aussi une «Association suisse des amis des crèches», www.krippen.ch
Le Diorama à Einsiedeln est ouvert de Vendredi saint à la fin octobre et du premier dimanche de l’Avent jusqu’au 6 janvier de 13h à 16h (tél. 055 412 54 83, www.diorama.ch