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20 septembre 2014
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Horizons et debats  >  2012  >  N°29, 16 juillet 2012  >  Pourquoi revenir à sa propre monnaie? [Imprimer]

Pourquoi revenir à sa propre monnaie?

Quelques réflexions de principe

par Friedrich Romig*

Le champ de manœuvre de la politique monétaire dépasse celui qui consiste à organiser, influencer et réglementer un domaine spécifique de la technique afférente à l’économie de marché. La monnaie d’un peuple reflète tout ce que ce peuple veut, fait, souffre, est. L’état d’une monnaie «reflète toute la vie sociale et politique […], l’essor et la régression, les révolutions, les succès et les échecs, l’état de la politique intérieure, la force et la faiblesse des gouvernements […], la situation géographique et politique d’un peuple, les possibilités objectives et subjectives de son économie, son attitude face à l’économie et à l’avenir, sa morale et son énergie, tout ce que les notions ‹d’esprit d’un peuple› et de ‹caractère d’un peuple› recouvrent. Rien ne montre mieux de quel bois est fait un peuple que sa politique monétaire.»
Tous ceux qui se livrent à des réflexions sur les changes, le crédit et le système bancaire et les publient ou font partie de ceux qui en formulent la politique devraient retenir ces propos de Joseph Schumpeter, un des grands économistes que notre peuple a engendrés. La culture d’un peuple et sa monnaie forment un tout qui ne saurait être scindé.
Ces liens résultent déjà de la nature de la monnaie et du crédit. De par sa nature, la monnaie est un produit du régime juridique de l’Etat. Législateur, l’Etat détermine la constitution de la monnaie et du crédit. Ce faisant, il indique ce qui a cours comme monnaie sur son territoire et qui est habilité à battre monnaie et à octroyer des crédits. La souveraineté monétaire fait partie des droits inaliénables de l’Etat. C’est une des absurdités de notre époque que l’Etat n’exerce pas lui-même ces droits, qu’il les transmette à une organisation «privée» ou «indépendante», non étatique, sur laquelle il n’a aucune influence et qui n’assume aucune responsabilité à son égard. La prétendue indépendance de la banque centrale a toujours été relative. Si la volonté de mener une politique de la monnaie et du crédit justifiée fait défaut, une banque centrale manque de tout pouvoir, quel que soit son degré d’indépendance».
La Banque fédérale d’Allemagne s’est opposée en vain à la renonciation au DM. Actuellement, l’impuissance de la FED ou de la BCE se manifeste de nouveau. Elles doivent toutes deux approuver et financer les programmes de sauvetage et de stimulation et les trains de mesures conjoncturelles adoptés par les décisionnaires politiques. Parfois, ces décisionnaires s’imposent cependant à la politique comme la solution du problème ou comme le sauveteur, tel Jean-Claude Trichet lors de la faillite de la Grèce au début de 2010.
La monnaie,
moyen de paiement reconnu par l’Etat
Selon la «théorie monétaire» (G.  F. Knapp, 1905) irréfutable et donc incontestée, la monnaie au sens strict est le moyen de paiement reconnu par l’Etat (pièces, billets). En reconnaissant la monnaie comme telle, l’Etat donne un effet libératoire à des paiements correspondant à des «unités monétaires» et à des obligations fiscales qu’il détermine. Grâce à sa reconnaissance par l’Etat, cette monnaie est aussi un «moyen de circulation» entre particuliers. En général, ce sont aujourd’hui les banques centrales érigées ou reconnues par l’Etat qui émettent les pièces et billets et «créent» ainsi de la monnaie, conformément aux compétences conférées par l’Etat et sous sa surveillance.
Le crédit génère toute la monnaie, au sens strict comme au sens large. Comme son nom l’indique, il est fondé sur la «confiance». Grâce au régime juridique qu’il crée et maintient, «l’Etat est la monnaie». Si le régime juridique dépérit et que l’Etat perd la confiance mise dans le maintien de ce régime, la monnaie perd sa valeur. Si même l’Etat s’écroule, les citoyens n’accepteront plus la monnaie comme moyen de paiement. Après l’écroulement marqué par la Seconde Guerre mondiale, l’Allemagne et l’Autriche ont connu la «monnaie cigarette», le troc s’est répandu. Il est important de comprendre que toute perturbation de l’ordre civil et de la paix sociale par des grèves, des soulèvements, des insurrections, des troubles, des perturbations, un recours à la violence, la terreur, les incendies, la corruption, les scandales bancaires et les escroqueries sur une grande échelle réduisent la confiance en l’Etat et en sa monnaie et conduisent à une fuite dans les valeurs réelles ou dans les devises, ce qui attise de nouveau l’inflation, réduit la valeur extérieure de la monnaie («cours du change») et renchérit les importations nécessaires. La vigueur du DM, du florin hollandais, du franc suisse et du schilling par rapport aux monnaies méridionales (Italie, Portugal, Espagne et Grèce) était due pour une bonne part à l’établissement d’un régime pacifique, à une politique de péréquation sociale, de coopération des partenaires sociaux et de priorité des facteurs réels sur la lutte des partis. Dans une union monétaire, des régimes divergents entraînent des pertes de bien-être et des tensions entre les Etats qui, si elles se creusent, peuvent faire éclater l’union.
Les divergences de régimes et la perte de souveraineté expliquent pourquoi la Grande-Bretagne, le Danemark et la Suède, bien que pays matures de l’UE, sont restés d’emblée à l’écart de l’union monétaire et ont renoncé à adopter l’euro malgré ses «avantages» tant prisés. Malheureusement, l’Autriche s’en est abstenue, elle a été intégrée dans l’union monétaire par les vaines promesses de Schüssel & Cie, bien que Mock, ministre des Affaires étrangères, eût promis solennellement le maintien du schilling avant l’adhésion à l’UE.
La monnaie, étalon de la valeur
La monnaie est non seulement un moyen de conservation de la valeur, un moyen d’échange, un moyen de paiement et un moyen de circulation, mais aussi, dans une mesure éminente, un étalon des valeurs par lequel tous les biens et services sont jaugés et, par conséquent, mis en relation les uns avec les autres. Cet étalon s’applique même à des personnes et à des groupes de personnes dont les prestations sont évaluées et payées sous forme de salaires, d’émoluments, d’honoraires, de bonifications ou de primes. L’insertion de personnes et de groupes de personnes dans l’évaluation monétaire générale donne à la monnaie son caractère social. Comme Adam Müller l’affirmait, elle acquiert ainsi son caractère copulatif. Elle ne permet pas uniquement «l’échange de marchandises contre la monnaie», elle n’est donc pas seulement un «moyen d’échange», mais elle facilite de nombreuses manières, dans l’économie, la «communication» (N. Luhmann et J. Habermas) entre les membres de la société. En raison de cette contribution à la communication, il incombe à l’Etat d’assurer la stabilité, la constance de cet étalon et, partant, le maintien du pouvoir d’achat de la monnaie. Si l’Etat n’assume pas cette responsabilité ou la reporte sur des institutions non étatiques, telles que la Commission de l’UE, la BCE, le FMI, la troïka ou le groupe Eurofin, il accuse une défaillance politique, perdant ainsi son influence sur sa monnaie et sa politique de crédit.
Maintien du pouvoir d’achat
Afin de tenir compte de l’ampleur de cette responsabilité dans le maintien du pouvoir d’achat, il faut considérer, dans le trafic des paiements, le peu d’ importance que joue actuellement la monnaie sous la forme de pièces et de billets. Dans une économie moderne, entre 80 et 95% des paiements s’effectuent sans espèces, par jeu d’écritures de compte à compte, de banque à banque. Il s’agit là d’un fait essentiel dans la «création du crédit». L’essence de la création du crédit se comprend mieux si l’on suppose que l’économie ne comprend qu’une seule banque et que tous les paiements s’effectuent sans espèces. Toute monnaie serait alors scripturale. Le trafic interbancaire ou «clearing» se rapproche fortement de cette pratique. Dans un tel système économique, seul le système des banques et du crédit «crée le crédit» en octroyant des droits de tirage ou des lignes de crédit, auxquels recourent les débiteurs (ce sont les banques entre elles, les divers particuliers, les entreprises, les communes et l’Etat) pour des paiements à leur personnel et à leurs fournisseurs. Le volume de la monnaie ou du crédit circulant est accru par tout crédit auquel il est recouru. Il convient de se débarrasser de l’idée naïve que les banques seraient de simples «intermédiaires» mettant des crédits à disposition dont le volume est égal aux dépôts en banque de la clientèle. La tâche des banques est de créer de la monnaie et du crédit. Elles génèrent pour l’essentiel la «fiat money» dénoncée à tort. Les dépôts d’épargne sont la conséquence de la création de crédit et non la cause du crédit.
Limites de la création de crédit
Cette idée est essentielle pour déterminer les limites de la création de crédit. Si l’augmentation du volume du crédit correspond à la croissance durable de l’économie, il n’y a rien à redire à la création de crédit par les banques: elle est positive. Si la création de crédit est à l’unisson de la croissance économique, le service de la dette assure le paiement d’intérêts, mais le crédit n’est jamais remboursé comme agrégat de la comptabilité nationale. Aussi longtemps que les entreprises et les Etats prospèrent, les crédits ne sont pas remboursés mais élargis. C’est ce que montrent les statistiques de presque tous les Etats modernes. La diminution du volume du crédit est généralement la conséquence d’une baisse de dynamisme et de productivité, d’une mauvaise répartition des flux de crédits ou de spéculations irresponsables qui détruisent les actifs des banques et donc la monnaie des crédits. Si la destruction de cette monnaie est considérable, voire catastrophique, le système économique entre en crise, comme cela s’est produit à maintes reprises ces dernières années.
Pour éviter les crises, il est extrêmement important que l’Etat se réserve le contrôle des volumes et des objectifs de la création de crédit et l’exerce réellement. Il peut être réalisé par une stricte régulation ou la nationalisation des banques, la participation de l’Etat aux banques privées ou la mise en place d’organes de surveillance qui contrôlent l’attribution des crédits. Cela n’a rien à voir avec une «expropriation des banques». La situation actuelle dans laquelle l’Etat laisse les établissements de crédit faire ce qu’ils veulent et se porte garant de leur «dettes pourries», de leurs mauvaises spéculations et opérations sur produits dérivés n’est pas défendable devant la communauté des citoyens et des contribuables. L’Etat doit prendre préventivement toutes les mesures qui s’imposent et édicter tous les règlements nécessaires pour empêcher les faillites bancaires. Rien n’est plus catastrophique pour l’économie que le tarissement des flux de crédits dû à la perte de confiance des banques entre elles et celle des déposants dans la solvabilité des banques. Une fois que la confiance a été ébranlée, la remise en route des flux de crédits peut coûter extrêmement cher à l’Etat. Les «plans de relance», la préférence accordée aux investissements dans les infrastructures, etc. sont certainement une mauvaise thérapeutique pour guérir les défauts du système des crédits. Ils ne font que saper la stabilité de la monnaie et, comme l’a dit le ministre Steinbrück, ils «consument» les fonds budgétaires. Et il est encore plus irresponsable de financer la consommation de l’Etat par le crédit. C’est le moyen garanti de faire faillite, comme le montre parfaitement l’exemple de la Grèce.
L’argent doit être
au service de l’économie du pays
Dans l’intérêt de l’économie du pays, les banques doivent accorder leurs crédits exclusivement à des emprunteurs indigènes et seulement exceptionnellement à l’étranger. Des exceptions particulières sont des pays comme la Suisse ou le Luxembourg qui, zones refuges manquant de possibilités d’investissement, ne peuvent placer dans le pays l’afflux colossal de devises. Pour tous les autres pays s’impose la règle suivante: Les crédits à l’exportation, dont l’Etat garantit le service de la dette par l’intermédiaire d’une banque de contrôle ou de la banque centrale, doivent être soumis à des conditions et à des critères qui garantissent l’amortissement et les intérêts. La garantie à l’exportation servant à préserver l’emploi n’a aucun sens, l’époque de l’«économie des cadeaux» (Bernhard Laum) est révolue. Il faut être conscient que tout octroi de crédits à l’étranger représente un affaiblissement de la productivité de l’économie indigène.
Financement du budget
Le renoncement de l’Etat à la création de crédit pour financer son budget nuit également à l’intérêt général. Quand, par ce renoncement, l’Etat se contraint à émettre des emprunts à taux élevés - et éventuellement à l’étranger - qui sont achetés par les banques privées capables de se refinancer à la banque centrale ou à la BCE à des taux directeurs peu élevés, il procure aux banques un profit indu car dans ce cas également c’est lui, c’est-à-dire sa banque centrale, qui procède à la création de crédit. L’Etat est le «maître de la monnaie» et du crédit: «C’est au souverain à donner le crédit et non à le recevoir!» Il ne doit se soumettre ni aux marchés financiers ni aux banques; ce sont les banques qui doivent se soumettre à l’Etat. Ce n’est pas l’Etat qui doit payer des intérêts aux banques, mais les banques à l’Etat. Lorsque John F. Kennedy a voulu appliquer ces principes qui auraient fait sauter le système de la FED, il a été assassiné. Mais cela n’enlève rien à la valeur des principes.
L’Etat est responsable
de la monnaie et de la politique du crédit
Seul l’Etat est responsable de sa monnaie. Il doit reprendre en main la politique de la monnaie et du crédit, car c’est l’instrument le plus important de sa politique économique et sociale. Renoncer à sa politique de la monnaie et du crédit est un crime politique très grave. En Allemagne, ce crime a été commis par le ministre des Affaires étrangères Genscher et par le chancelier Kohl, en Autriche par Wolfgang Schüssel, Benita Ferrero-Waldner et Klaus Liebscher, ancien président de la banque centrale soumis aux politiques. En Autriche, l’euro a été introduit en 1999, bien que le ministre des Affaires étrangères Mock et la totalité du gouvernement aient, quelques jours encore avant le référendum sur l’adhésion à l’UE en 1994, assuré que «le schilling serait conservé». Aujourd’hui, tous les Autrichiens savent que le gouvernement et les médias les ont entraînés dans l’UE et l’euro au moyen de centaines de mensonges, de tromperies et de promesses non tenues. Cela a profondément ébranlé la confiance dans l’Etat et nui gravement au système politique de la démocratie des partis. Aujourd’hui, selon le quotidien «Der Standard», 82% des citoyens ne font plus confiance aux politiques. Dans les années trente du siècle dernier, la perte de confiance et le krach bancaire avaient entraîné un renversement politique.
L’euro est une monnaie faible
Derrière l’euro, il n’y a ni Etat fort ni union politique qui, à en croire l’ancien chef économiste de la BCE Otmar Issing, n’existera jamais en raison notamment du «principe démocratique». («Frankfurter Allgemeine Zeitung» du 6/12/08, p. 11). Une union monétaire sans union politique est vouée à l’échec. C’est ce que le Prix Nobel Milton Friedmann nous a inculqué peu avant sa mort (2006). L’économiste de Harvard Martin Feldstein, qui fut le conseiller économique du président Reagan et est aujourd’hui président du National Bureau of Economic Research, a posé très sérieusement dans le quotidien «Die Presse» (6/12/08, p. 4) la question suivante: «L’euro va-t-il survivre à la crise?» Il a mentionné les causes pertinentes de l’échec attendu, causes que l’ancien président de la Hessische Landesbank, l’économiste W. Hankel, a évoquées dans une conférence donnée à Vienne le 9 octobre 2008: «L’Etat et la monnaie sont liés et ne doivent pas être séparés.» Pour Hankel («Die Eurolüge», 2008), l’union monétaire a eu pour conséquence que l’ancien bloc de monnaies fortes (Allemagne, Autriche, Benelux) «subventionne» chaque année les autres Etats de l’UE par des excédents de la balance des paiements courants de 250 milliards d’euros, en leur épargnant la dévaluation de leur propre monnaie qui s’imposerait à défaut. Ce «soutien» exorbitant n’apparaît dans aucun budget de l’UE. Le «Figaro» a appelé ces tributs un «Versailles sans guerre». La stagnation économique en Allemagne et la hausse des salaires réels en Allemagne (et en Autriche) sont dus à ces tributs. Ils affaiblissent non seulement l’ancien bloc des pays aux monnaies fortes, les «locomotives», mais l’Europe tout entière. Lorsque les locomotives ne tirent plus le train, il n’avance plus. L’affaiblissement a commencé lors de l’union monétaire et gagne maintenant l’euro. Sa valeur fond comme neige au soleil. Depuis l’introduction de l’euro en 1999, le prix de l’or – unique critère fiable pour les monnaies faibles – a été multiplié par 3,5. Cela correspond à un taux d’inflation d’environ 10% par année. Cette estimation coïncide avec les expériences de la ménagère qui fait ses courses tous les jours et pour qui les indices manipulés ne comptent pas. Elle doit, comme toute personne sensée, parvenir à la conclusion que «la BCE est incapable de lutter efficacement contre l’inflation».
Il est de fait que la BCE laisse le volume du crédit augmenter 5 fois plus vite que ne le fait le PNB. Comme l’avaient prévu des centaines d’économistes, le «Pacte de stabilité et de croissance» ne valait pas le papier sur lequel il était écrit. Depuis la création de l’union monétaire, les critères de stabilité n’ont pas été respectés. Et lorsque des pays à monnaie faible comme la Grèce ont adhéré à l’union monétaire, il n’a plus été possible de stopper l’effondrement de cette dernière. Aujourd’hui, nous tirons ce boulet et ne pouvons pas nous en débarrasser.
Déformation du système
de la monnaie et du crédit
C’est pourquoi il est urgent d’en revenir aux principes dérivés de la nature de la monnaie et du crédit. Ils nécessitent une réforme du système actuel de la monnaie et du crédit et la réintroduction des monnaies nationales. Nous devrions avoir tiré les leçons du désastre financier dans lequel l’union monétaire européenne et la globalisation des marchés financiers nous ont entraînés, réintroduire très rapidement les monnaies nationales et renforcer la surveillance des banques et des marchés financiers. Nous le savons pour en avoir fait l’expérience douloureuse, l’insuffisance d’une surveillance bancaire peut facilement porter atteinte à toute l’économie, voire ruiner des Etats, telle l’Islande. L’Etat est contraint de contrôler les banques et la finance, ne serait-ce que par la nécessité de contrôler la création de crédit. Le retour aux monnaies nationales ne posera pas plus de problèmes que n’en a posé le passage à l’euro. Et le renforcement du contrôle – qui existe déjà – des mouvements de capitaux et du trafic des paiements avec l’étranger ne devrait guère se heurter à des difficultés. Il joue de toute façon un rôle important pour stopper le bradage de l’Autriche par les spéculateurs et empêcher les délocalisations à l’étranger qui ne sont pas dans l’intérêt général de l’Autriche et obligent l’Etat à constituer d’énormes garanties pour les banques, qui peuvent conduire à la faillite si elles doivent être réalisées. De toute façon, les grandes banques sont trop importantes dans l’Etat et la société pour qu’on les laisse agir à leur guise.
Résumé des thèses
Voici un résumé des thèses pour les lecteurs pressés … et pour les lecteurs patients:
La monnaie naît du crédit et le crédit naît de la confiance.
–    «L’Etat, c’est la monnaie». Il détermine, par sa définition du régime juridique, ce qu’est la monnaie et ce qui «est considéré comme» de la monnaie par ceux qui lui font confiance.
–    Par sa politique de la monnaie et du crédit, l’Etat doit justifier la confiance que lui portent les citoyens et veiller à maintenir le pouvoir d’achat.
–    «L’Etat et la monnaie sont liés et ne doivent pas être séparés» (Hankel). Abandonner sa monnaie nationale, c’est renoncer à la souveraineté de l’Etat.
–    Ce n’est pas l’Etat qui doit être soumis aux banques mais les banques à l’Etat. Ce n’est pas à l’Etat de payer des intérêts aux banques mais aux banques de les payer à l’Etat.
–    «C’est au souverain à donner le crédit et non à le recevoir!» Il appartient au système du crédit de donner à l’Etat le droit de créer du crédit et de soumettre cette création au contrôle de l’Etat. Au lieu d’émettre des emprunts, l’Etat devrait avoir le droit de financer ses déficits budgétaires en recourant au crédit franc d’intérêts de la banque centrale.
–    Une politique de la monnaie et du crédit axée sur le bien commun nécessite l’abandon de l’euro et de la BCE et le retour aux monnaies nationales.

L’auteur espère que d’autres personnes que les militants d’Occupy Wall Street, d’Attac ou même que la «Gauche» de monsieur Gysi montreront la voie à nos politiques, à nos banquiers et à nos directeurs de banques centrales. Dans la première moitié du XXe siècle, une bonne théorie de la finance, de la monnaie et du crédit a déjà donné des résultats irréfutables qui ne doivent pas être ignorés impunément par les politiques. Avant l’euro de Maastricht, quelque 700 économistes avaient adressé une mise en garde. La catastrophe actuelle n’est pas une surprise pour eux, mais les responsables de cette faillite sont les politiques qui ont créé l’euro, ne veulent pas reconnaître l’échec de cette monnaie et font que disparaissent en fumée des parts importantes de la richesse nationale.    •
(Traduction Horizons et débats)

*    L’auteur enseigne l’économie politique et la politique économique. Il a constamment tenté de s’exprimer dans la presse au sujet des vaines tentatives de sauver l’Union monétaire européenne.
www.andreas-unterberger.at/2012/04/der-geplante-verfassungs-putsch-im-mai/?s=Romig
www.andreas-unterberger.at/2011/09/unter-die-eu-finanzdiktatur-mit-neuem-ijanschlussij/?s=Romig
www.andreas-unterberger.at/2011/07/der-tanz-auf-dem-vulkan/?s=Romig
www.andreas-unterberger.at/2011/07/lieber-herr-schaeuble/?s=Romig
http://www.andreas-unterberger.at/2011/04/30-milliarden-verpulvert/?s=Romig
www.andreas-unterberger.at/2011/02/gescheitert/?s=Romig
www.andreas-unterberger.at/2010/12/raus-aus-dem-euro-und-das-sofort/?s=Romig
www.andreas-unterberger.at/2010/11/sind-werner-faymann-und-josef-proell-grosbetruegerij/?s=Romig