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Horizons et debats  >  archives  >  2014  >  N° 14/15, 7 juillet 2014  >  L’ultimatum de l’UE contre la Russie – un nouveau Rambouillet? [Imprimer]

«Il est pourtant clair que les cartes mentales des dirigeants du monde, en particulier en Occident, sont attachées au passé. Ils ne veulent ou ne peuvent pas reconnaître qu’ils devraient peut-être réviser leur vision du monde. S’ils ne le font pas, ils risquent de commettre des erreurs stratégiques désastreuses.»

Kishore Mahbubani. Le défi asiatique. Fayard 2008.
EAN13: 978-2-213-63752-5

L’ultimatum de l’UE contre la Russie – un nouveau Rambouillet?

par Williy Wimmer, ancien secrétaire d’Etat au Ministère fédéral allemand de la défense et vice-président de l’Assemblée parlementaire de l’OSCE

Les chefs d’Etats et de gouvernements de l’UE n’ont rien appris de leur visite à Ypres à l’occasion du centenaire du déclenchement de la Première Guerre mondiale en 1914. L’ultimatum visant la Russie équivaut à un Rambouillet II. Et quand est-ce qu’on passera à l’attaque?

Une récente enquête effectuée par une fondation d’Allemagne du Nord a clairement démontré à quel point le soutien de la population allemande à l’égard de l’orientation martiale du gouvernement fédéral et du Président, de l’UE et de l’OTAN envers la Russie, est faible. Peter Gauweiler, chef adjoint de la CSU et député du Bundestag de Munich, a mis l’accent sur ce constat dans son important discours, tenu devant les diplômés de l’Université de la Bundeswehr de Hambourg. La décision de l’Union européenne, présentée par les présidents sortants Barroso et van Rompoy, va accentuer cette aversion pour de très bonnes raisons. Est-ce qu’en Europe le moment est à nouveau venu de lancer des ultimatums à l’instar de celui lancé en 1914 à la Serbie?
L’Union européenne demande à la Russie d’entrer, dans un délai de 72 heures, en négociation sur le «plan de paix» du président ukrainien. Et sinon, va-t-on riposter par la force dès 5 h 45?
On a l’impression que la Commission européenne et le Conseil européen à Bruxelles, représentés par les messieurs susmentionnés, sont totalement dérangés et qu’ils veulent absolument précipiter le continent dans le malheur. Nul besoin d’avoir visité Ypres avec ses immenses cimetières militaires, pour découvrir à quel point ce langage et cette attitude sont fatals.
Il y a précisément 15 ans, on a emprunté ce chemin «avec succès», en voulant forcer la République fédérale de Yougoslavie, par de soi-disant «négociations» à Rambouillet en France et en rupture avec les prétendus «Accords de Vienne», à des pourparlers internationaux, afin d’obéir au dictat de l’OTAN qui exigeait le passage par la Yougoslavie. Afin que Belgrade le comprenne bien, l’OTAN avait présenté des projets qui correspondaient en détail aux plans d’Adolf Hitler envers la Yougoslavie lors de la Seconde Guerre mondiale. Rambouillet était – aujourd’hui, nous ne le savons que trop – seulement le prétexte pour la guerre qui suivit peu de semaines plustard avec le bombardement de Belgrade. Lors de la guerre de Yougoslavie, l’OTAN avait encore fait le détour abject par les morts de Racak, que l’OSCE, représentée à Pristina par William Walker, voulait absolument attribuer à la Serbie.
Les sanctions économiques envisagées représentent-elles le pas intermédiaire avant que des violences éclatent pour de bon? Ce que les Etats-Unis ont déjà causé en Irak, en Syrie et au Moyen- et Proche-Orient tout entier ne leur suffit pas? Ne peuvent-ils pas se contenter d’y avoir mis le feu aux poudres? Faut-il attiser une guerre contre la Russie? Après la guerre olympique de la Géorgie contre la Russie on ne peut faire autrement que de penser que des attaques se préparent dans l’ombre d’événements sportifs internationaux. L’Europe politique pratique-t-elle l’exact opposé de l’esprit olympique, selon lequel la paix et un esprit pacifique doivent régner sur des événements tels qu’au Brésil aujourd’hui?
Pourquoi donc un ultimatum contre la Russie, pourquoi des sanctions économiques? Pourquoi la Chancelière allemande ne s’active-t-elle pas auprès du «Bundestag» et en fait «sa cause»? Pourquoi – et c’est là que ça doit avoir lieu – ne dit-elle pas aux dames et aux messieurs au sein du parlement allemand, et par eux au public allemand, où elle voit les raisons, qui justifient un tel comportement envers un voisin européen qui nous a accordé il y a 25 ans le passage à l’unité étatique de notre nation? Que se passe-t-il dans la tête de la Chancelière qui a prêté serment sur le bien-être du peuple allemand? N’est-ce pas sa versatilité qui a empêché, sous un prétexte cousu de fil blanc, un accord de coopération avec l’Ukraine il y a deux ans? Seulement à cause de la dame à la natte blonde en couronne, à qui la plupart des Allemands ne souhaitent pas attribuer la moindre influence sur les intérêts allemands? Madame la Chancelière préfère manifestement prendre la voie administrative par Bruxelles, afin de ne pas devoir dire la vérité au peuple allemand et de nous refuser toute explication.
Nous sommes déjà habitués à ce que le secrétaire général de l’OTAN braille d’une manière ignoble et attise à chaque occasion la haine contre la Russie. Ses exposés le prouvent. Lorsque certains procédés russes à la frontière russo-ukrainienne soulèvent ou soulèveront des questions: pourquoi l’OTAN, l’UE, la Chancelière et le ministre des Affaires étrangères ne consultent-ils pas l’OSCE, conçue pour cela? Que les Britanniques soient félicités pour avoir publiquement annoncé la nouvelle voie qu’ils prendront en tant qu’avant-poste de l’Europe. Bruxelles vante des sanctions économiques et augmente par là le risque d’une guerre en Europe. Cameron en même temps, fait signer des accords d’un montant de plusieurs milliards entre BP et Rosneft, une entreprise russe. Naturellement, cela ne va empêcher ni Londres ni les puissants à Washington de continuer à pousser l’Europe de l’Union européenne dans le désastre. L’ultimatum de l’UE envers la Russie, n’est rien d’autre.    •
(Traduction Horizons et débats)