Qu’est-ce que la leucémie a à voir avec les chromosomes ­dicentriques et les microbilles de tritium noires?

Conséquences sanitaires d’une expérience nucléaire près de Hambourg

L’article ci-dessous évoque les circonstances tragiques qui, dans l’Elbmarsch près de Hambourg, ont provoqué des leucémies et continuent de le faire. Elles n’ont toujours pas été élucidées.
bha. Depuis la fin de 1989, 15 enfants ont été atteints de leucémie et 4 en sont morts. Or on a découvert chez eux des chromosomes dicentriques et dans les lymphocytes, il n’y a guère que les radiations qui peuvent les produire. Leur répartition dans les cellules est un indicateur fiable du rayonnement alpha. Ces enfants habitent/habitaient à proximité immédiate de la centrale nucléaire de Krümmel et de l’Institut de recherches nucléaires de la Gesellschaft für Kernenergieverwertung in Schifffahrt und Schiffbau (GKSS). Comme la GKSS avait refusé d’aider à élucider cette affaire, des spécialistes en radiobiologie, médecine, techniques de mesures, toxicologie et physique ont eu à cœur d’étudier avec compétence, précision et dévouement tous les facteurs qui pouvaient avoir déclenché les leucémies.

En 2000, on a découvert dans le sol des deux rives de l’Elbe des microbilles de métal lourd de différentes tailles. Elles proviennent d’une expérience visant à combiner les processus de fission nucléaire (comme dans les centrales) et de fusion nucléaire (comme dans la bombe à hydrogène). (cf. Strahlentelex n° 480-81)

Quand sur une période de 18 ans 15 enfants sont atteints de leucémie dans des villages proches les uns des autres, il doit y avoir une cause objective, ou est-ce qu’un mystérieux esprit malin exercerait ses ravages à partir des installations nucléaires? Les deux hypothèses sont vraies. Bien que les causes des leucémies survenues dans les villages de Geesthacht, de Tespe et d’Obermarschacht – villages situés sur les bords de l’Elbe près de Hambourg – aient été étudiées scientifiquement, les autorités compétentes et les institutions nucléaires responsables n’ont pas l’honnêteté de reconnaître cette cause. Il s’agit là d’un cas tragique d’étouffement de la vérité qui est d’ailleurs la règle en matière d’accidents nucléaires.
Les spécialistes avaient découvert l’«esprit malin». Ils publièrent les résultats et exigèrent des mesures. Le Dr Sebastian Pflugbeil, président de la Société de radioprotection de Berlin a publié dès 1992 les résultats des recherches sur le site www.strahlentelex.de.

Quelles ont été les conclusions des spécialistes?

«On peut considérer comme établi un cas d’accident radioactif survenu le 12 septembre 1986 dans la zone des installations nucléaires de Geesthacht. Non seulement des produits de fission et d’activation mais également du combustible nucléaire et des produits bruts ont été libérés dont on peut constater aujourd’hui encore la présence dans les environs. Pendant 12 heures, la concentration radioactive dans l’atmosphère a été 400 fois plus élevée que la contamination en Allemagne du Nord lors de la catastrophe de Tchernobyl. La contamination de la population s’est produite essentiellement par inhalation de substances radioactives à ce moment-là et plus tard encore. Ces substances proviennent de l’expérimentation d’un système hybride, c’est-à-dire d’une expérience nucléaire au cours de laquelle les processus de fission et de fusion devaient entrer en jeu simultanément. Ni le protocole expérimental ni la composition du produit n’ont été rendus publics. Cette dernière a été déduite des résultats de différentes campagnes de mesures de radionucléides dans les environs. Nous nous fondons sur les mesures des poussières qui s’étaient déposées sur les toits, lesquelles ont révélé la présence de transuraniens et de strontium 90, produit de fission. Les mesures de radioactivité du sol effectuées de manière exhaustive de 2001 à 2004 ont, quant à elles, révélé des proportions importantes de thorium et d’uranium telles qu’on peut s’attendre à les trouver dans le combustible des réacteurs à haute température (entre 2:1 et 10:1).

L’analyse des causes des leucémies a permis d’établir qu’en septembre 1986, la GKSS a procédé à une expérience dans laquelle des microbilles ont été utilisées lors d’essais préliminaires qui relèvent manifestement de la technologie nucléaire. On connaît très bien les microbilles de tritium dans le procédé de fusion par confinement inertiel (ICF). Or divers scientifiques les ont décrites après en avoir trouvé sur les toits de roseaux et des échantillons de sol de l’Elbmarsch et de l’Elbgeest. (cf. Strahlentelex n° 488-8)

Les esprits malins n’existent que dans les contes. La réalité, c’est ici les radiations libérées lors de l’accident. Il semble que ce soit la seule cause des leucémies. La fusion par confinement inertiel s’utilise aussi bien à des fins pacifiques que militaires et c’est sans doute pour cette raison qu’on a caché les vraies causes des leucémies.

Ce sont les isotopes de thorium découverts qui contribuent le plus à l’irradiation de la population. Les voies de contamination qui entrent en ligne de compte pour les leucémies sont l’exposition somatique des enfants en bas âge, l’exposition dans le ventre de la mère et la transmission génétique par des parents exposés aux radiations avant la conception de l’enfant. La dose trouvée dans la moelle osseuse des enfants en bas âge est de 97 mSv, celle des gonades adultes de 10 mSv. La dose embryonnaire est négligeable. Les leucémies observées chez les enfants de la zone de Geesthacht s’expliquent de manière incontestable. Les facteurs de risques qui subsistent doivent être étudiés et éliminés afin que la région cesse d’être qualifiée de «zone endémique».    •

Résumé tiré de: Das Elbmarsch-Leukämiecluster: Betrachtungen zum Dosiswirkungs­zusammenhang anhand der beobachteten Kontaminationen bei Geesthacht, décembre 2006, auteurs: Inge Schmitz-Feuerhake, Sebastian Pflugbeil, Heinz-Werner Gabriel (www.elbmarsch.org).http://www.elbmarsch.org

(Traduction Horizons et débats)

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