par Renate Hänsel
Les parents et les enseignants s’inquiètent de plus en plus sur la manière dont leurs enfants et adolescents comsomment les médias électroniques. Le temps passé devant l’écran augmente constamment, les contenus sont de plus en plus douteux, sans parler de l’occupation intensive avec les miniordinateurs et magnétoscopes installés dans les portables sophistiqués, ce que les parents observent avec consternation. Un nombre croissant d’intéressés participent à des soirées informatives sur le thème de la violence dans les médias, avant tout des parents et des enseignants qui recherchent des informations sur les effets de telles occupations sur les adolescents et sur la manière dont on peut exercer dans certaines circonstances une influence au niveau pédagogique. Deux réunions informatives à ce sujet ont eu lieu en Mittelfranken (Allemagne) dans un centre scolaire à Erlangen et dans un lycée à Höchstadt à chacune desquelles ont participé près de 100 personnes.
Quels sont réellement les contenus des jeux informatiques utilisés la plupart du temps par les garçons? Qu’est-ce qui captive tant les joueurs? Comment la recherche scientifique juge-t-elle les effets? De quelle manière les éducateurs peuvent-ils exercer une influence pour limiter les dégâts?
Qu’est-ce qui fascine les jeunes gens?
Il est infiniment précieux qu’un adolescent, ayant lui-même joué excessivement, se sente responsable d’épargner à d’autres adolescents ces meurtres insensés et cette tuerie sauvage et qu’il transmette ses expériences dans cette intention. Ainsi, un étudiant en médecine âgé de 20 ans a montré à l’aide d’extraits de jeux de quoi il s’agit réellement dans ces jeux et a analysé le mécanisme épouvantablement simple, mais tentant, qui fascine les jeunes: le joueur se meut comme représentant d’une bonne puissance dans des mondes obscurs dans lesquels un danger guette à chaque coin; pour se libérer, il tire dans une sorte d’autojustice. On parvient à des succès au moyen de tirs rapides et de meurtres et on gagne du pouvoir sur les autres par exemple avec le jeu counterstrike qui, du fait que c’est un jeu de groupe, attise davantage encore le sentiment de concurrence. Celui qui manque d’assurance et qui est seul et se sent inférieur aux autres, peut se sentir ici comme le «King» s’il a réussi à la fin le plus grand nombre de coups – le mieux c’est un tir dans la tête, car cela compte davantage. Le jeune homme déclare que le fait de jouer pendant des heures rend naturellement agressif et qu’on ne peut plus différencier clairement au niveau émotionnel la réalité de la virtualité. En réponse à la question de parents voulant savoir ce qu’il en était des jeux moins violents, il a indiqué qu’il s’agit dans la majorité des cas de jeux de force même si la violence est souvent subtile et pas reconnaissable au premier abord.
Rapport avec la «culture de guerre»
Le rapport avec la «culture de guerre» de notre temps a été également un point central abordé cet après-midi et cette soirée-là. On sait depuis longtemps et cela a été publié plusieurs fois que l’armée américaine – en manque de recrues – encourage la relève au moyen de tels jeux Internet. Après une poursuite de terroristes captivante au Proche-Orient, on atterrit par un lien sur une page informant sur le recrutement de l’armée américaine. Un vétéran de la guerre en Irak a décrit lors d’un entretien avec une psychologue comment les marines américains, qui ont participé à l’envahissement de l’armée arméricaine en Irak, voient le rapport de leur disposition à tuer avec les jeux informatiques: l’inhibition de tuer est réprimée au moyen des jeux egoshooter, un processus de déhumanisation a lieu. Le jeune vétéran a rapporté que les jeux de tueur avaient tant modifié le sentiment des jeunes hommes qu’ils éprouvaient une satisfaction et des sentiments de réussite quand ils atteignaient un but, c’est-à-dire tuer un être humain. Quelques-uns se trouvaient même dans un état d’enivrement: «They are addicted to kill.» [Ils sont avides de tuer.] Cette réaction des sentiments profondément pervertie est possible parce qu’ils ont déjà appris, pendant leur enfance et leur adolescence, qu’ils peuvent exercer un pouvoir en s’y entraînant à l’ordinateur au moyen des jeux de tueur. De tels jeux sont juste une partie des nombreux éléments de notre culture de violence médiatique actuelle, qui se répand toujours plus avec emprise sur nos jeunes. Des forums existent sur Internet, dans lesquels l’anorexie devient un culte, où la nostalgie de mourir et l’automutilation sous forme de rituels sont propagées, et où des méthodes de suicide sont discutées; ces forums exercent une influence destructrice en accaparant les adolescents et en les détournant d’activités utiles dans les relations humaines.
Que faut-il faire?
Que peuvent faire les parents, les enseignants et tous ceux qui ne veulent pas regarder passivement ces pratiques? Nous conseillons à une enseignante, à une pédagogue et à une jeune psychiatre de choisir une voie pratiquable, celle comprenant trois principes, c’est-à-dire éteindre, informer et développer un sentiment de compassion par des activités alternatives. Ces trois stratégies composent un ensemble, l’une ne fonctionne pas sans l’autre. De quoi s’agit-il?
Eteindre
Grâce à 16 leçons d’informations, des enseignants d’une école primaire de Californie ont pu convaincre leurs élèves de troisième et quatrième année, de renoncer volontairement pendant quatre semaines à utiliser les médias électroniques et ensuite à limiter leur consommation à une demi-heure par jour. Cette école a connu, en comparaison avec l’autre école qui faisait partie de l’étude mais où un tel enseignement n’a pas eu lieu, un recul de 50% du comportement violent des enfants à l’école, lors des récréations, sur le chemin de l’école et pendant les loisirs. C’est le résultat d’une étude approfondie effectuée par la faculté de médecine de l’Université de Stanford. Maintenant, on a repris la même étude dans de nombreuses écoles américaines avec le même résultat écrasant, ceci au moyen du programme de Stanford [SMART = Student Media Awareness to Reduce Television (formation chez l’étudiant de la conscience médiatique pour réduire la télévision] rendu public depuis. Quand les enfants et les adolescents ont leurs propres appareils électroniques dans leur chambre, la consommation médiatique est beaucoup plus grande, les contenus beaucoup plus violents et les résultats scolaires nettement plus mauvais. C’est le résultat obtenu par les vastes études effectuées par l’Institut de recherche criminologique de Basse-Saxe (Etude de Pfeiffer).
Informer
Bilan: Les spécialistes sont d’accord, il n’existe pas de dispute scientifique comme l’industrie du jeu l’affirme volontiers: la réduction de la consommation médiatique a des effets bienfaisants chez les enfants et les adolescents avant tout si cela se déroule suite à des entretiens informatifs et sérieux entre les parents/les enseignants et les enfants. Quand de tels entretiens sont bâtis sur un véritable dialogue, cela veut dire qu’une contestation est admise, mais que l’éducateur reste convaincant dans son rejet de toute violence – même virtuelle –, un refus ancré au niveau émotionnel peut se développer contre la pollution du monde intérieur. Les parents devraient refuser leur aide de toutes façons. Il n’est pas question d’installer des ordinateurs et des appareils de télévision dans la chambre des enfants, et les parents devraient clairement refuser de tolérer sous leur toit des actes méprisables même s’ils sont virtuels. Les droits de l’homme sont valables aussi au domicile parental! Les parents croient encore souvent à l’idée erronée qu’avec l’apparition de la puberté, ils n’ont plus d’influence sur leurs enfants. Il n’en est pas ainsi: des recherches dans le domaine de la psychologie de l’enfance et de l’adolescence ont montré à maintes reprises que les jeunes gens estiment tout à fait les opinions et les valeurs de leurs parents quand ceux-ci convainquent en tant que modèles.
Des activités alternatives
Si les écrans restent noirs, il reste beaucoup de temps pour d’autres activités alternatives. La recherche empirique peut nous indiquer des directives ici aussi sur les conditions de développement d’une personnalité prosociale, c’est-à-dire pacifique, coopérative et serviable. Le fait d’accomplir un acte de soutien et de ressentir la peine et la joie des autres renforce chez l’enfant la compassion, le lien avec ses semblables et le sentiment d’avoir une signification positive pour les autres. C’est pourquoi des activités prosociales, en premier lieu sous la direction des adultes, constituent un facteur de protection durablement efficace contre le danger d’hébétude et d’abrutissement de la violence médiatique. Une classe d’école primaire bricole des objets et fait des gâteaux pour les vendre et l’on fait don de l’argent récolté à une autre école primaire d’un pays sous-développé. La mère rend visite à une voisine malade et avec les enfants, elle réfléchit à la manière de lui faire un plaisir. Il y a d’innombrables possibilités – il faut seulement passer aux actes. Nous sommes trop peu conscients du fait que l’on fonde et cultive de cette façon chez nos enfants une orientation axée sur l’humanité; cela signifie que les succès vécus en aidant et en partageant la peine et les joies des autres restent et sont ancrés au niveau émotionnel – c’est la meilleure protection contre les emprises perverses et destructrices des forces cherchant à décomposer la société au moyen de médias électroniques. •
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