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Les multinationales et l’ONU par Lilly Merz et Diethelm Raff Les multinationales font partie du nouvel appareil de pouvoir de l’ONU. Au sommet de Johannesburg, on a parlé d’un prétendu partenariat entre le privé et le public (public private partnership). Les multinationales reçoivent même un soutien particulier parce que grâce à leurs énormes profits, elles peuvent mieux répondre aux conditions posées par les Nations unies que les petites et moyennes entreprises. Aussi exigent-elles de l’ONU et des gouvernements que l’on impose beaucoup plus de conditions aux autres entreprises. Cela leur convient parfaitement, car cela augmente leur domination. En effet, ces conditions supplémentaires mèneront beaucoup d’entreprises à une faillite certaine. La grande influence des multinationales se manifeste déjà par leur seule présence. BMW, par exemple, avait sa propre exposition au centre où avaient lieu les négociations. Timothy Wirth, président de l’United Nations Foundation – la fondation du patron de CNN Ted Turner – siège dans différentes commissions de la Conférence. Cette fondation a dépensé pendant les quatre dernières années 900 millions de dollars pour imposer les objectifs de l’ONU dans le monde entier. Environ 200 multinationales, parmi lesquelles Shell, Syngenta, Toyota, Hewlett-Packard, DuPont, Suez (eau) etc., étaient présentes au Sommet, et elles y furent fort courtisées. Leurs représentants distribuaient partout leurs brochures dans lesquelles elles mettent en évidence le caractère durable de leur action et posent en même temps leurs exigences. Font partie du groupement des multinationales les sociétés suisses ABB, F. Hoffmann-La Roche, Holcim, Nestlé, Novartis, SGS, Swiss Re, Syngenta, UBS, Zurich Financial Services Group et les sociétés allemandes Adidas-Salomon, Allianz, BASF, Bayer, Daimler-Chrysler, Degussa, Deutsche Bank, Gerling-Konzern Insurances, Heidelberger Zement, Henkel et VW. Liberté du commerce Ces exigences portent avant tout sur la liberté du commerce dans le monde entier ainsi que, notamment, sur la lutte contre la corrruption, sur la stabilité et l’application des lois, ce qui est important pour les affaires. Pour que les organisations non gouvernementales (ONG) et l’ONU les laissent tranquilles, elles se soumettent de leur plein gré à des exigences telles que l’égalité des sexes, les droits du travail et les contraintes écologiques qui figurent à l’article 4 du programme d’action. La personne doit être soumise à une gouvernance mondiale De même que les organes de l’ONU et les ONG, les multinationales se plaignent du manque de docilité des hommes. C’est pourquoi elles exigent que la gouvernance mondiale soit complétée par une meilleure gouvernance locale. Aussi les autorités locales doivent-elles être beaucoup plus impliquées dans le processus de direction mondiale. Le chef du groupement des multinationales, Mark Moody-Stuart de Business Action for Sustainable Development, lui-même patron du deuxième consortium minier du monde, veut donc améliorer la gouvernance locale. Il néglige le fait que le développement durable dépend des seuls individus, que partout dans le monde, on est habitué à agir au sein de familles et de villages. Le document reste muet sur ces communautés constituées librement par les hommes dans le monde entier et sur le fait qu’elles jouent un rôle capital dans le développement. L’UE sous la tutelle des multinationales? Le 1er septembre, jour des multinationales, l’actuel président de l’UE Anders Fogh Rasmussen a exposé les objectifs essentiels de la politique européenne: • développement économique durable, • liberté du commerce et accès à tous les marchés, • suppression des subventions de l’UE à l’agriculture et augmentation de l’aide au développement, c’est-à-dire aux organes de l’ONU. Philips Watts, directeur de la Conférence mentionnée ci-dessus, a déclaré que l’économie convenait au développement durable et que le développement durable était bon pour l’économie (comprenez pour les multinationales). Kofi Annan, Secrétaire général de l’ONU qui doit son poste aux Etats-Unis, s’est félicité de ce que, contrairement au Sommet de Rio de 1992, les multinationales soient complètement impliquées dans le partenariat avec l’ONU, les ONG, les gouvernements et les syndicats. Il a lancé l’avertissement suivant: «Si nous ne voulons pas être soumis à des pressions, notamment de la part de la jeune génération, celle-ci va prendre ses propres décisions et mettre la pression sur les gouvernements, il nous faut tous collaborer afin d’avancer dans la même direction. Ensemble nous pourrons diriger les volontés, si nous le voulons.» La mission des citoyens dans ce jeu de pouvoir consiste à assumer leurs responsabilités. Il faut renforcer la vie familiale et communale, les relations internes avec les autres hommes dans tous les domaines, acheter les produits des petites entreprises et des paysans, créer des coopératives dans tous les secteurs, y compris des coopératives de consommateurs, et s’opposer à tout centralisme. De plus, il s’agit de défendre et de développer les droits des individus et des petites unités, de promouvoir et de développer partout la démocratie directe, d’accroître la résistance contre le nouvel appareil de pouvoir, laquelle devient un droit naturel quand le citoyen se voit privé de sa liberté naturelle. • |