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Que se cache-t-il derrière le concept Armée XXI ? par le lieutenant-colonel P.-A. Karlen, officier de milice en activité En préambule, il est bon de rappeler qu’il n’y a pas de nostalgie d’Armée 61 et que ce système qui avait fait ses preuves, notamment suite au rapport Oswald et à l’introduction du règlement de service 80, a permis d’atteindre la fin du XXe siècle. Sous la pression d’une certaine gauche et dans la crainte que le GSsA parvienne à abolir notre défense, des travaux de réforme où l’on a confondu vitesse et précipitation ont amené Armée 95. Immédiatement, et à cause d’un manque de réflexion et de visions à long terme, sont apparus de sérieux dysfonctionnements organisationnels et institutionnels doublés de graves erreurs de planification au niveau des cadres et du personnel. L’échec était-il programmé afin de préparer le terrain pour le nouveau concept Armée XXI? Poser la question, c’est partiellement y répondre. Dès lors, il semble inquiétant de signer un chèque en blanc aux planificateurs du nouveau concept Armée XXI dont nous ne savons encore pratiquement rien. En effet, il n’y a pas eu de débat sur la modification du 4 octobre 2002 de la LAAM (Loi fédérale sur l’armée et l’administration militaire). Mis à part le fait qu’il a été très difficile d’obtenir les documents officiels et des informations fiables, on constate d’emblée que plus loin qu’une évolution, on se trouve face à une révolution fondamentale et anticonstitutionnelle quant aux grandes lignes, notamment au sujet de notre neutralité et de notre indépendance. Le concept apparaît comme peu transparent, voire sournois car les parlementaires n’ont vraisemblablement pas compris les enjeux et se sont fait abuser par des présentations se référant à l’interopérabilité et basées sur les bons sentiments. Il est évidemment réjouissant de se donner bonne conscience en se gargarisant d’arguments démagogiques évoquant la paix sous toutes ses formes: partenariat, promotion, coopération, collaboration, etc. On a déplacé les vrais problèmes et les questions de fond en se jouant des mots: c’est une démarche pernicieuse qui relève des nouveaux courants à la mode dans le domaine de la communication, respectivement de la publicité propre au marketing. Dans ce contexte, ce qui est inquiétant au plus haut point, c’est la discrétion avec laquelle on se donne les moyens de faire aboutir un processus pervers en évitant soigneusement d’amener le débat sur la place publique. En effet, les médias et les partis politiques de tout bord ne se préoccupent absolument pas de ce qui se trame dans les coulisses et en hauts lieux. Il est tout de même bizarre que l’on cherche à occulter toute l’opération en muselant l’opinion générale d’une part, et à conduire des réformes militaires au pas de charge d’autre part, alors qu’il n’y a aucun caractère d’urgence. Cela étant, l’organigramme définitif n’est pas établi car il existe probablement deux variantes: la première est une version lourde qui permettrait de passer en force et avec une certaine efficacité; les objectifs finaux (dépendance totale à l’OTAN) seront ainsi rapidement atteints et le peuple n’aura par conséquent rien vu, rien compris et surtout n’aura plus aucun moyen d’agir ni de réagir. Il est vrai que le Conseil fédéral et l’Assemblée fédérale veulent s’arroger le droit de régler par voie d’ordonnances non soumises à référendum des questions essentielles concernant l’armée (art.149). La seconde, une version plus légère et mûrement réfléchie pourrait apparaître si le référendum devait aboutir. En l’espèce, et au regard de la situation militaire qui n’est actuellement pas du tout menaçante, il semble vain de tenir un calendrier aussi serré. Mais, de source sûre, une trentaine de points réglant l’adaptation de l’armée suisse à l’OTAN jusqu’en 2006 ont déjà été signés dans le cadre d’accords bilatéraux de coopération. Certains de nos brillants planificateurs, formés pour la plupart dans des écoles militaires américaines, rêvent d’accéder à la cour des grands … Alors, voulons-nous réellement sacrifier notre armée de milice, creuset social où se sont rencontrés bon nombre de confédérés de toutes couches sociales, de cultures et de langues différentes? Voulons-nous également continuer à brader notre neutralité par tranches successives (présence de soldats lourdement armés à l’étranger, adhésion à l’ONU, accords avec l’Alliance) et perdre notre indépendance dans une aventure sans lendemain? A cette question, nous répondons par la négative tant il est vrai que: «La guerre! c’est une chose trop grave pour la confier à des militaires …» comme le disait Georges Clemenceau. Si rétablir la paix part toujours d’une bonne intention, ce genre d’engagement ne se conduit jamais sans dommages collatéraux. C’est pourquoi nous souhaitons ardemment que le référendum aboutisse afin que tout un chacun puisse vraiment savoir ce qui se cache derrière le flou artistique de notions telles que Partenariat pour la paix ou Service de promotion de la paix. • |