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Horizons et debats  >  archives  >  2016  >  No 4, 22 février 2016  >  L’Autriche veut sortir de l’UE [Imprimer]

L’Autriche veut sortir de l’UE

L’initiative pour la sortie de l’UE soumise au Parlement –le Parti autrichien de la liberté demande une consultation populaire

Interview de Helmut Schramm, co-responsable de l’Initiative populaire pour la sortie de l’Autriche de l’Union européenne

rt. L’engagement de la population pour une Autriche indépendante et la résistance contre une UE toujours plus despotique prend de l’ampleur.
En juin 2015, une coalition de divers mouvements écologistes et patriotiques, entre autres le mouvement indépendant «Initiative Heimat&Umwelt», a réussi à récolter 261'056 signatures pour une consultation populaire officielle, admise par l’Etat, ce qui fut totalement ignoré par les médias. C’est un énorme succès! 100'000 signatures auraient suffi. De ce fait l’initiative populaire optant pour la sortie de l’Autriche de l’UE a été soumise au Conseil national autrichien. Etant donné qu’en Autriche une initiative populaire même avec 261'056 signatures ne doit pas forcément être soumise au peuple, c’est au Conseil national de décider de la suite des opérations. En Suisse, les initiatives populaires présentées avec 100'000 signatures et les référendums (contre des lois adoptées par le Parlement) avec 50'000 signatures sont obligatoirement soumises au peuple. Dès la première audition au Conseil national une grande partie des conseillers nationaux firent la fine bouche. Les auteurs de l’initiative ont dû lutter pour chaque minute de temps de parole en faveur de leurs experts (Prof. Dr. Heinrich Wohlmeyer et Prof. Dr. Karl Al­brecht Schachtschneider) dans une commission préparatoire.
Le 27 janvier, lors du débat en plenum du Conseil national, le groupe parlementaire du FPÖ [Freiheitliche Partei Österreichs] déposa soudainement une demande pour une consultation populaire concernant la sortie de l’UE. Cela peut signifier un premier pas important pour la sortie de l’UE au niveau parlementaire, selon Inge Rauscher, responsable de l’Initiative populaire pour la sortie de l’UE, lors d’un communiqué de presse APA-OTS. A l’encontre des initiatives populaires, pour lesquelles il est, selon le droit autrichien, nécessaire de déposer sa signature publiquement avec adresse auprès des autorités communales ou municipales, il faut, pour une consultation populaire, une majorité pour ou contre (dans notre cas concernant la sortie de l’Autriche de l’UE) en déposant son bulletin de vote dans le secret des urnes. Même si les résultats d’une telle consultation populaire ne sont pas contraignants pour le gouvernement, aucun parti politique sérieux ne peut se permettre de les ignorer.
Ont voté en faveur de la demande du FPÖ l’ensemble de son groupe parlementaire, celui du groupe «Team Stronach» (du nom de celui qui a récemment fondé ce nouveau parti) ainsi que les trois parlementaires indépendants, donc au total 47 parlementaires. Ont voté contre la majorité du SPÖ/ÖVP/Verts/NEOS. (Les députés qui s’étaient prononcés avant les élections et même lors des débats du 27 janvier en faveur de la démocratie directe se sont également opposés). La demande fut refusée, toutefois la question restera intéressante pour un futur gouvernement de coalition.
Horizons et débats s’est entretenu de la situation actuelle en Autriche avec Helmut Schramm, l’un des responsables de l’«initiative pour la sortie hors de l’UE».

Horizons et débats: Comment se présente pour vous la situation actuelle de l’Autriche au sein de l’UE?

Helmut Schramm: En tant que fervent partisan d’une démocratie aussi directe que possible et du maintien de la neutralité de l’Autriche de 1955, je suis malheureux de constater la situation actuelle du pays. Les Autrichiens continuent de vivre dans une «particratie», dans une «démocratie de spectateurs» qui est bien éloignée du modèle suisse à succès. On en a une nouvelle preuve avec la manière dont le Parlement a traité l’Initiative pour la sortie de l’UE – loin d’un véritable débat démocratique –, avec l’envoi de soldats autrichiens dans des régions de guerre de l’OTAN, telles que le Mali et avec notre participation aux sanctions économiques de l’UE contre la Russie. Le chômage et les dettes publiques atteignent des sommets. Les salaires stagnent et nous ressentons tous massivement la perte du pouvoir d’achat depuis l’adhésion à l’UE.
Ce semblant de démocratie apparaît au niveau de l’UE encore plus clairement: les députés autrichiens au Parlement européen n’ont guère d’influence sur la compétence législative de l’UE. Ce Parlement ne fait que renforcer la législation au sein de l’UE, mais n’a aucune compétence législative. Chaque Etat a certes un représentant dans la Commission, au Conseil et dans le Conseil européen – mais ces personnes n’ont qu’une légitimation indirecte et très éloignée des populations. C’est ce que précise dans ses expertises le professeur de droit Karl Albrecht Schachtschneider.

Comment voyez-vous l’atmosphère dans la population autrichienne ?

La migration de masse provoque au sein de la population un rejet encore plus fort de cette UE défaillante. Les accords de Schengen et de Dublin ne sont pas respectés. Les frontières ouvertes et la politique d’invitation face aux prétendus «réfugiés» causent de grands dommages. L’Etat social en souffre énormément et on assiste à un échange successif du peuple autrichien. Cette position négative face à l’UE aura des répercussions lors d’élections. Les partis continuant à chanter les louanges de l’UE, en prétendant que c’est une réussite et un projet de paix, devront craindre pour leurs voix électorales. C’est une chance pour l’Autriche.

Quelles sont les options se présentant pour une sortie hors de l’UE?

Le FPÖ apparaît dans tous les sondages comme le parti le plus fort et il pourrait, lors d’une participation gouvernementale, s’entendre avec ses partenaires pour donner à la population la possibilité de prendre part à une consultation populaire demandant la sortie hors de l’UE, à l’instar des Britanniques qui pourront le faire d’ici peu. Ainsi, les autres partis ne pourront plus s’y opposer! Mais de toute façon, il faut continuer à œuvrer à la base, sans tenir compte des partis, pour faire un maximum de travail explicatif et informatif au sein de la popu­lation. La liberté n’a jamais été un don du ciel!

Merci bien pour cet entretien et nous vous souhaitons beaucoup de succès dans votre engagement.    •

L’Autriche et son adhésion à l’UE

rt. Les Autrichiens n’ont jamais été heureux de leur participation à l’UE. En 1994, les Autrichiens votèrent pour leur entrée dans l’UE, cela après une intense campagne en faveur de cette adhésion. Selon certains calculs environ un milliard de Schilling furent dépensés dans cette campagne en faveur de l’adhésion. On engagea même une partie du clergé dans cette campagne.
Six ans plus tard, en 2000, le pays prit conscience du style autoritaire de l’UE. Du fait que les Autrichiens avaient osé mettre en place un gouvernement ne convenant pas à l’UE – c’est-à-dire la coalition du FPÖ avec le parti bourgeois ÖVP – le pays fut pris en otage au nom des autres pays membres de l’UE et subit un boycott.
Des extrémistes de gauche venus d’Allemagne et de France se retrouvèrent en Autriche, afin de dépister des gens de droite pour les boycotter. En toute arrogance, l’UE mit sur pied un «Conseil des sages» qui devait juger le pays. Evidemment, ces «sages» nommés par l’UE n’étaient pas «sages» et ne bénéficiaient d’aucune légitimation démocratique. Toutefois, le monde politique autrichien soumis à l’UE accepta ce fait.
Peu après ce boycott, les Autrichiens apprirent qu’ils n’avaient plus le droit, dans leur propre pays, de déterminer la quantité du trafic de transit traversant le Brenner. Plusieurs plaintes des populations concernées en Tyrol demeurèrent sans écho de la part de Bruxelles.
La population autrichienne n’aime pas manger des denrées alimentaires génétiquement manipulées, même si elles sont «autorisées» par Bruxelles. Les Autrichiens durent se battre pour défendre leurs droits contre les dirigeants bruxellois. A l’aide d’une initiative populaire massivement soutenue par la population, ils s’opposèrent vigoureusement à la culture illimitée d’organismes génétiquement modifiés (OGM), ce qui fit reculer la bureaucratie de l’UE, fortement soumise à la multinationale Monsanto. (Actuellement, l’UE cherche à introduire des produits alimentaires OGM par des voies détournées).
La neutralité inscrite dans la Constitution a, elle aussi, de quoi souffrir. 25 des 28 Etats membres de l’UE sont largement dominés dans leur politique étrangère par l’OTAN, transformée en une organisation belliciste s’immisçant dans le monde entier. Notamment les «grands» pays se soumettent aux ordres venant de Washington sans aucune remise en question. Cela crée naturellement des pressions grandissantes sur l’Autriche pour la faire participer à des soi-disant «missions pacifiques» bellicistes.