Face aux conséquences catastrophiques de plus en plus évidentes de l’utilisation des armes à l’uranium et à l’uranium appauvri (UA), il était grand temps que l’Assemblée générale des Nations Unies mette cette question à son ordre du jour. On ne peut plus ignorer les quantités de victimes en Irak, en Afghanistan, en Somalie, en Bosnie, en Serbie, au Kosovo, au Liban et parmi les soldats de la coalition. On ne peut plus dissimuler les conséquences de la contamination: en plus de nombreuses maladies, on observe des cas toujours plus nombreux de cancers, de déficience immunitaire, de dommages génétiques irréversibles dans les populations, de même que des dommages chez les animaux et une contamination de l’environnement à long terme. On dissimule et minimise les dangers des armes à l’uranium. Pour ce faire, on utilise les grands moyens: vol de dossiers, d’échantillons de tissus, de sang, d’urine et de sol destinés aux recherches, campagne menée contre Doug Rokke, ancien spécialiste du Pentagone en matière d’UA qui demande l’interdiction immédiate de ces armes, le fait que le professeur Asaf Durakovic – ancien responsable de la médecine nucléaire au sein de l’organisme destiné aux vétérans américains, qui a une expérience de plus de 30 ans en radiobiologie et qui a travaillé pendant 19 ans pour les Forces armées américaines – ait été forcé de quitter les Etats-Unis, sa vie étant en danger, les trois tentatives d’assassinat à l’encontre du professeur Siegwart-Horst Günther, qui a été le premier à parler des conséquences dévastatrices de ces munitions pour le peuple irakien, surtout pour les enfants, le fait que l’OMS ait interdit à Keith Baverstock de publier les résultats de ses recherches sur ces armes. Les choses sont claires: les personnes visées avaient toutes tenté de parler des souffrances de millions de victimes et de demander qu’on mette fin à cette folie. Les dispositions du droit international sont très claires. Elles interdisent sans ambiguïté l’emploi de ce type d’armes. Aucune interdiction spécifique n’est nécessaire car le droit humanitaire condamne fondamentalement toutes sortes d’armes du passé, du présent et de l’avenir. (cf. Uranwaffeneinsatz: eine humanitär-völkerrechtliche Standortbestimmung de Manfred Mohr, in: Humanitäres Völkerrecht – Informationsschriften, Heft 1, 2001, pp. 27-34) Les aérosols céramiques, nanoparticules produites par les armes à l’uranium lorsqu’elles atteignent leur cible et qu’elles brûlent se dispersent loin au-delà et longtemps après l’explosion. Ces particules sont emportées par le vent et inhalées par la population civile longtemps encore après la fin des combats. Elles empoisonnent et détruisent les cellules. Il s’agit donc là d’armes de destruction massive interdites par le droit international; en effet, celui-ci interdit d’attaquer la population et les biens civils. Il interdit les armes dont les effets ne sont pas limités dans le temps et dans l’espace. Toutes les armes qui nuisent à l’environnement sont interdites. Depuis la 2e Déclaration de la Haye du 29 juillet 1899, il est interdit d’utiliser des «projectiles qui ont pour but de répandre des gaz asphyxiants ou délétères», poisons auxquels il faut sans doute ajouter la poussière d’uranium, qui est toxique en tant que métal lourd et radiotoxique. Ajoutons que les dispositions du droit international lient tous les Etats: même un Etat qui ne possède pas d’armes à l’uranium est tenu de tout faire pour éviter que l’on n’utilise des armes illégales. La nouvelle tentative des Etats non-alignés à l’Assemblée générale de l’ONU donne l’occasion à tous les autres pays d’agir en commun pour mettre fin à cette folie des guerres génocidaires. La Sous-commission pour la promotion et la protection des droits de l’homme de la Commission des droits de l’homme de l’ONU a, en 2001 déjà, commandé une étude sur les armes de destruction massive, qui range expressément – malgré l’opposition des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne – les armes à l’uranium appauvri parmi les armes de destruction massive. (www./rense.com/general33/du.htm) La Suisse aussi prépare un rapport. Il faut espérer qu’elle prendra ses responsabilités de membre de la communauté internationale en défendant le droit international humanitaire et la protection des personnes et des générations futures des pays touchés. Grâce aux articles de ce numéro, Horizons et débats entend faire en sorte que la question des armes à l’uranium soit débattue largement afin que l’on cesse immédiatement d’utiliser ces armes et que l’on se demande comment limiter les dommages qu’elles ont causés jusqu’ici.
Erika Vögeli
Résolution adoptée par l’Assemblée générale des Nations Unies
L’Assemblée générale, guidée par les buts et principes énoncés dans la Charte des Nations Unies et les règles du droit international humanitaire, résolue à promouvoir le multilatéralisme en tant que moyen essentiel de faire progresser les négociations sur la réglementation des armements et le désarmement, convaincue que, l’humanité ayant davantage conscience de la nécessité de prendre immédiatement des mesures pour protéger l’environnement, il faut, face à tout événement risquant de compromettre ces efforts, s’employer d’urgence à mettre en œuvre les mesures nécessaires, tenant compte des effets potentiellement néfastes de l’emploi d’armes et de munitions contenant de l’uranium appauvri sur la santé et sur l’environnement, 1. prie le Secrétaire général de solliciter les vues des Etats Membres et des organisations internationales compétentes sur les effets de l’emploi d’armes et de munitions contenant de l’uranium appauvri, et de lui présenter un rapport sur la question à sa soixante-troisième session ; 2. décide d’inscrire à l’ordre du jour provisoire de sa soixante-troisième session une question intitulée «Effets de l’utilisation d’armes et de munitions contenant de l’uranium appauvri». 61e séance plénière du 5/12/2007
Source: www.un.org (Résolution A/RES/62/30)
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